Grand triomphateur de l’édition 2020, Tadej Pogacar va laisser quelques traces dans l’histoire de la Grande Boucle. Qu’il s’agisse de son origine, de sa jeunesse ou de son inexpérience, la victoire du coureur slovène a quelque chose d’exceptionnel. Sans parler de son incroyable moisson de maillots.
C’était une quasi-certitude depuis près de deux semaines : un Slovène allait remporter le Tour de France pour la première fois. Primoz Roglic semblait devoir être le pionnier slovène, mais cet honneur revient donc à Tadej Pogacar. La Slovénie est la 15e nation à inscrire le nom d’un des siens au palmarès de la Grande Boucle. Ces dix dernières années auront d’ailleurs consacré l’internationalisation de l’épreuve avec un premier succès pour l’Australie (Cadel Evans, 2011), la Grande-Bretagne (Bradley Wiggins, 2012, suivi par Chris Froome et Geraint Thomas), la Colombie (Egan Bernal, 2019) et donc la Slovénie en 2020 grâce au jeune Pogacar.
22 ANS MOINS UN JOUR
Il y a un an, Egan Bernal remportait le Tour de France à 22 ans et 6 mois. Une performance déjà historique, puisque le Colombien devenait le plus jeune vainqueur depuis François Faber en 1909. Bernal n’est même plus le plus jaune lauréat sur les deux dernières éditions. Tadej Pogacar a établi un nouveau record de précocité dans l’ère moderne puisqu’il s’impose à 22 ans moins un jour. Il a fêté son anniversaire hier. Une seule édition a consacré un coureur plus jeune que le Slovène. C’était en 1904, lors de la 2e édition. Henri Cornet l’avait emporté à moins de 20 ans (19 ans et 355 jours exactement).
COUP D’ESSAI,
COUP DE MAÎTRE
Au-delà de sa jeunesse, c’est le fait de voir Tadej Pogacar triompher dès sa première participation qui l’installe dans un cercle particulièrement fermé. On n’avait plus vu un débutant en jaune à Paris depuis Laurent Fignon en 1983. Il n’est que le 12e dans l’histoire du Tour à s’imposer d’entrée. Maurice Garin fut par définition le premier en 1903, lors de la toute première édition. Henri Cornet (1904) et Louis Trousselier (1905) en ont fait de même.
Mais après ces trois éditions initiales, il a fallu attendre l’après Seconde Guerre mondiale pour voir des novices s’imposer. La liste ne regorge que de noms illustres. Parmi eux, trois des quatre quintuples vainqueurs du Tour, Jacques Anquetil (1957 pour son premier succès), Eddy Merckx (1969) et Bernard Hinault (1978). Mais aussi Jena Robic (1947), Fausto Coppi (1949), Hugo Koblet (1951), Felice Gimondi (1965) et, donc, Laurent Fignon (1983). Si Egan Bernal était tout jeune l’an passé, le Colombien avait déjà pris part au Tour de France l’année précédente.
JAUNE, BLANC, POIS : L’INCROYABLE RAZZIA
Jamais un coureur slovène n’avait remporté le moindre maillot distinctif sur le Tour. Tadej Pogacar était déjà assuré du maillot blanc récompensant le meilleur jeune de cette édition 2020. Mais il a triplé la mise samedi lors du contre-la-montre de la Planche des Belles Filles. Non seulement il a raflé le maillot jaune, mais aussi le maillot à pois de meilleur grimpeur. Il a dépossédé Richard Carapaz en signant le meilleur temps de l’ascension dans la Planche, classée en première catégorie.
Depuis la création du maillot blanc en 1975, aucun coureur n’avait ramené à Paris trois maillots distinctifs. Dans l’histoire, un seul autre coureur avait dominé trois classements sur un même Tour de France. Il s’agit d’Eddy Merckx, qui avait réussi cet exploit pour la première fois en 1969. Le naissant Cannibale avait alors décroché le jaune, les pois mais aussi le maillot vert du classement par points. A noter que si le maillot blanc avait existé à l’époque, Merckx, 24 ans en 1969, l’aurait également remporté pour un quadruplé inédit et sans doute inégalable. Mais la performance de Pogacar, surtout pour un champion aussi jeune, n’en apparait pas moins exceptionnelle. n