Fait-il bon vivre au cyberparc de Sidi Abdellah ? Pas vraiment, répondent les pousses d’entreprises qui ont fini par y prendre racine sans véritablement produire les fruits attendus. 9 800 m² mis en place spécialement pour accompagner les jeunes porteurs de projets et les start-up technologiques en leur offrant les conditions «immobilières» de travail les plus appropriées afin qu’elles se soucient uniquement de leur projet et le rende viable pour le marché.

Le tout, en baignant dans un écosystème propice à l’innovation, à l’échange et au remue-méninge entre jeunes chefs d’entreprise eux-mêmes et ceux qui ont acquis assez d’expérience pour pouvoir la partager par la suite ! En principe. Car sur le terrain, malgré les investissements «immobiliers» consentis et les facilités accordées, les opérateurs qui y louent un bureau, les porteurs de projets et start-up sont unanimes à regretter le manque de soutien et d’accompagnement réels, loin du potentiel promis du cyber-parc de Sidi Abdallah. «Pour moi, il y a deux grands problèmes. Le premier, c’est l’éloignement du site, ce qui s’ajoute à l’absence de moyens de transport. L’accès au cyberparc est difficile, ce qui n’est pas pratique», nous confie l’un des gérants d’une start-up implantée au niveau de ce cyberparc. «D’autre part, l’incubateur a pour mission de jouer le rôle de facilitateur pour la mise en réseau des entreprises et l’accès aux marchés publics ; ce qui n’est pas le cas ». Un autre locataire va même jusqu’à poser le problème ô combien trivial de la qualité de l’accès Internet, qui avoue que c’est un «comble» le fait d’établir le constat d’un débit très moyen, «quasiment le même que celui que nous avons dans nos foyers», en étant aux antipodes de ce qu’est censé offrir un fleuron des technologies de l’information et de la communication en Algérie. «Au-delà de la faiblesse du flux, le coût de la connexion reste élevé. On ne peut pas parler d’économie numérique dans ce genre de conditions», estime-t-il.
Un expert en TIC qui tient à garder l’anonymat nous confie pour sa part que «l’écosystème du cyber-parc de Sidi-Abdallah n’est pas favorable». «Le site géographique est une calamité», lance-t-il, avant de rappeler une anecdote. Il y a trois ans : «une délégation de parlementaires de l’APN, lors de l’ancienne mandature, est allée visiter le lieu. Elle avait mis deux heures pour y parvenir. La délégation s’était perdue en cours de route», sourit l’expert qui a eu à collaborer avec plusieurs start-up basées au niveau du cyberparc. «Il y a également des contraintes d’ordre administratif très pesantes, un ami implanté là-bas gère de la logistique à travers son système de géolocalisation. Son système se retrouve hors jus, il n’y a pas de groupe électrogène alors qu’il a des clients qu’il doit gérer», raconte-t-il, ajoutant qu’il est nécessaire, outre le règlement de ces contraintes, d’associer les universitaires, car «l’université algérienne est pourvue de grands talents en TIC» et c’est ainsi qu’on pourra impliquer la recherche en l’érigeant comme atout à l’innovation et faire travailler les jeunes entreprises installées au cyberparc. «Mais pour le moment, plusieurs opérateurs quittent l’incubateur dès qu’ils en ont l’occasion pour s’offrir de meilleures conditions d’exercice de leur activité», regrette notre interlocuteur.