Le World Trade Center Algiers a organisé hier à Alger la 6e édition de son cycle de conférences dédiées aux membres de son club, cette fois-ci consacrée à la cybersécurité.

L’événement, qui a eu pour thème «la cybersécurité dans le monde digital et l’écosystème mobile : la détection, l’investigation et la prospection de cybercrimes», a rassemblé nombre d’experts en la matière, parmi lesquels des Russes de l’entreprise Solare Security, spécialisée dans la lutte contre les cyber-attaques.

D’emblée, la cybercriminalité sous toutes ses formes pourrait rapporter 2 000 milliards de dollars, soit trois fois plus que ce que rapporte le trafic de stupéfiants à travers le monde, affirment les intervenants. « Dans quelques mois, le cybercrime pourra supplanter la drogue en termes de rentabilité », soutient Ahmed Tibaoui, directeur général du World Trade Center Algiers (WTCA). C’est ainsi qu’il motive la tenue de cette rencontre, d’autant plus qu’avec l’arrivée progressive des technologies de l’information et de la communication sous diverses applications dans la vie quotidienne ou du business des entreprises, les risques informatiques seront « le revers de la médaille » de la massification à venir des TIC. « Le cyberespace est une opportunité de prospérité des entreprises. Ce boom technologique avec tous ses bienfaits comporte cependant des effets secondaires qui peuvent impacter le bien-être des individus, mais aussi des entreprises et des Etats », poursuit le responsable du WTCA. Pour les experts, 2017 marque un tournant majeur en termes de cybercriminalité dans le monde, par le nombre de cas, leur ampleur et leur sophistication. L’Algérie a d’ailleurs subi son lot d’attaques, notamment Algérie Telecom qui a fait l’objet d’attaques déjouées courant novembre et l’agence de presse nationale APS dont le site Internet était resté hors service pendant plusieurs jours fin mars dernier, et ce, suite à une cyber-attaque. «Il ne peut y avoir de croissance économique sans confiance, et donc sans cybersécurité», estime, pour sa part, Mehdi Zakaria, président de l’Association algérienne des systèmes de sécurité informatique (AASSI). « Selon une étude réalisée par une compagnie d’assurance connue, sur le top dix des risques pour les entreprises, ceux liés aux cyber-attaques sont classés au troisième rang », indique-t-il, ajoutant d’autre part que tous les deux ans, l’AASSI réalise des rapports sur la maturité des entreprises algériennes en termes de cyber-sécurité. La dernière étude a démontré que moins d’une entreprise sur dix a mis en place un plan de continuité d’activité tandis que celles qui restent ignorent les démarches à suivre en cas de piratage. Autre chiffre, 7 entreprises sur 10 ne porteraient pas plainte pour une attaque informatique. « C’est une bonne chose que l’Algérie ait été touchée par plusieurs attaques d’ampleur, ça permet au citoyen et au chef d’entreprise d’être conscients, de ne pas penser qu’il s’agit de science-fiction et que cela n’arrive qu’aux autres », affirme-t-il encore. Par ailleurs, les intervenants à la rencontre sur la cybercriminalité ont partagé leur constat sur le fait que beaucoup de chefs d’entreprises activant dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) connaissent la loi 09-04 portant règles particulières relatives à la prévention et à la lutte contre les infraction liées aux TIC, « mais ils se ne prémunissent pas contre ce risque et ne portent pas plainte en cas de cyber-attaque », observent-ils. Pour le président de l’AASSI, il y a nécessité de mettre en place des data-centers afin de stocker les données des entreprises nationales : « Il existe 9 000 sites algériens en ‘.dz’, dont la quasi-majorité stocke ses données à l’étranger », déplore l’intervenant qui plaide également pour qu’il y ait obligation de déclaration des cyber-attaques par les entreprises. « Lorsqu’une entreprise stratégique est attaquée, il faut qu’elle puisse déclarer l’attaque à une agence gouvernementale apte à réceptionner ce type de déclaration », estime M. Zakaria, rappelant que la France a créé les OVI (organes d’importance vitale), rassemblant les entreprises sensibles, avec des dispositions propres à elles et à leur sécurité.