Le gouvernement se lance dans le recensement des terres agricoles dédiées aux cultures stratégiques comme celle du blé et de la pomme de terre. Cette opération lancée par le département de l’Agriculture et du Développement rural revêt un double objectif : la mise à jour de l’information sur le secteur – un casse-tête non résolu depuis des décennies – et le développement de filières susceptibles de réduire la facture alimentaire algérienne et sa forte dépendance des marchés extérieurs. L’enjeu est considérable pour la sécurité alimentaire du pays.

Par Kahina Sidhoum
Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a annoncé hier par communiqué qu’une opération est en cours pour le recensement des parcelles dédiées à la production des cultures stratégiques. Cette opération, ajoute la même source, est menée sous l’autorité des walis du pays avec la collaboration des ministères de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire. Son objectif est de «géolocaliser, identifier les producteurs et évaluer les superficies et les rendements».
Il s’agit de «pouvoir doter le ministère de l’Agriculture de données statistiques précises permettant d’ajuster les politiques publiques de développement des filières des produits agricoles de large consommation». Il s’agit également «d’engager une nouvelle approche permettant la modernisation du secteur, l’augmentation des rendements et d’assoir une conception raisonnée, s’appuyant sur les potentialités réelles du pays». Une fois obtenues, ces données serviront à «la mise en place d’un nouveau plan de développement du secteur en orientant tous les systèmes de production vers la sélection des zones potentielles, à la mise en place de nouvelles mesures d’encouragement et de soutien aux producteurs en lien avec l’obligation de résultats sur la base de contrats de performance», indique le département de Mohamed Abdelhafid Henni.
Le débat sur les cultures stratégiques occupe l’actualité du secteur depuis plusieurs années. Il accompagne notamment l’expérience de lancement de culture de nouveaux produits agricoles tels le colza, le soja et le maïs pour lesquels il y aurait, semble-t-il, un réel engouement des agriculteurs et en direction desquels le gouvernement a lancé depuis peu d’années un programme d’encouragement. Fin juillet 2021, plus 134 500 hectares ont été consacrés aux cultures stratégiques dans le cadre du développement de l’agriculture industrielle sur les terres sahariennes, notamment dans les régions d’El Ménéa, Adrar, Ouargla et Timimoun.
En octobre 2021, un important colloque a été organisé à Mascara sur ce programme gouvernemental et ses «mécanismes» pour développer les cultures stratégiques qui sont celles, aussi, du blé et de la pomme de terre, deux produits si demandés sur le marché domestique que le premier est acheté à l’étranger par millions de tonnes par l’Office de céréales (OAIC) et que le second a atteint durant le ramadan dernier des prix records au détail. A Mascara, on a ainsi appris que le gouvernement dispose d’une «feuille de route» pour développer les cultures stratégiques.
La démarche recherchée est de «remplacer les produits importés par des produits nationaux afin d’assurer l’équilibre de la balance commerciale et réaliser le développement social et économique», avait-on indiqué. Elle vise aussi à «faire connaître les mesures prises par la tutelle pour développer les cultures stratégiques en intensifiant la culture du colza et souligner les mesures incitatives décidées en faveur des agriculteurs et des opérateurs économiques pour développer des filières agricoles à valeur ajoutée».

Guerre en Ukraine, l’inflammable nouvelle donne
Mais si la préoccupation de l’Exécutif à développer les cultures stratégiques n’est pas d’aujourd’hui, la cherté des produits de l’agriculture et de la terre sur les marchés internationaux la place désormais sous le signe de l’urgence. Ce qui indique que les gouvernements qui se sont succédé depuis une décennie au moins ont pris un retard considérable à s’occuper des questions agricoles et à anticiper leurs enjeux vitaux si bien qu’on parle aujourd’hui de nécessité à garantir la sécurité alimentaire du pays. Cet aspect a été abordé plusieurs fois en Conseil des ministres, notamment en mars dernier lorsque l’accent a été mis sur la disponibilité des produits agricoles stratégiques.
Fin avril, en conseil du gouvernement, l’accent a été mis également sur la nécessité de la collaboration entre les centres de recherche et les instituts techniques spécialisés – dont l’état des lieux a été fait à cette occasion pour étudier les moyens de les rendre plus performants et de les orienter vers des logiques tournées sur l’économie – et l’amont agricole algérien. Il est attendu de ces centres l’intensification de la recherche appliquée et la relance de la banque de gènes pour protéger les ressources génétiques et promouvoir la production de semences locales pour satisfaire les besoins des agriculteurs. En conseil du gouvernement, on a évoqué leur rôle pour renforcer les capacités nationales en production laitière et de viandes rouges à travers une réorganisation du Centre national de l’insémination artificielle et de l’amélioration génétique (CNIAAG).
In fine, la stratégie ciblée est de mutualiser l’ensemble des atouts des acteurs du secteur où qu’ils se trouvent pour contribuer à la sécurité alimentaire du pays, un objectif bien souligné dans le communiqué publié hier par le ministère de l’Agriculture. Le défi est de l’atteindre car depuis 2009-2010, les discours n’ont pas manqué sur le besoin de «performer» le secteur agricole national dans sa diversité en travaillant à la diversification de ses produits et de son rendement, en clarifiant la question du foncier qui continue de souffrir d’une pression considérable, sous l’effet notamment d’une politique gouvernementale tournée vers l’industrialisation du logement au détriment des surfaces exploitables comme on le constate dans l’Algérois, dans la Mitidja et dans les périphéries rurales des grands ensembles urbains, au prétexte qu’elles n’ont de rendement que marginal. En cherchant, enfin, à soustraire une partie de nos besoins alimentaires vitaux de la dépendance des marchés extérieurs. La facture alimentaire algérienne est estimée à plus de 8 milliards de dollars/an avec une forte probabilité d’un chiffrage plus important à la fin de cette année en raison des conséquences de la guerre en Ukraine sur les marchés mondiaux des produits agricoles. En 2021, un ancien ministre de l’Agriculture, Abdelhamid Hemdani, aujourd’hui remercié, avait déclaré que le pays compte réduire le volume des importations en produits alimentaires de 2 milliards USD à l’horizon 2024, notamment dans les produits céréaliers, les récoltes d’oléagineux, de fourrage et de sucrière….

Colza : une commission d’enquête dans l’Est du pays
Le ministre de l’Agriculture et du Développement rural Mohamed Abdelhafid Henni a dépêché une commission d’enquête au niveau des wilayas de l’Est du pays pour s’enquérir des difficultés rencontrées par les producteurs du colza, a indiqué mercredi le ministère dans un communiqué. «Suite aux difficultés et insuffisances constatées en rapport avec le programme de production de colza au niveau des wilayas de l’Est du pays (producteurs privés et fermes pilotes), le ministre de l’Agriculture et du Développement rural a dépêché une commission d’enquête sur les lieux», a précisé la même source. Cette commission, placée sous l’autorité de l’inspection générale du ministère, doit «enquêter avec diligence sur les anomalies et erreurs ayant conduit à une situation qui a mis en difficulté de nombreux agriculteurs ayant adhéré au programme colza pour la campagne 2021-2022», a ajouté le communiqué. A l’issue des conclusions de cette commission d’enquête, les décisions appropriées seront prises, a fait savoir le ministère.

Installation des commissions locales pour la campagne moisson-battage 2022
Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a annoncé, hier mercredi dans un communiqué, l’installation des commissions locales chargées du suivi et de l’évaluation de la campagne moisson-battage 2022. Ces commissions, présidées par les walis, regroupent les représentants du secteur à savoir l’administration agricole locale, les instituts techniques et scientifiques chargés des grandes cultures, ainsi que les organismes techniques de suivi des productions de semences et des céréales de consommation (l’OAIC et les CCLS), précise la même source. Sont aussi concernés, les représentants des céréaliculteurs affiliés à l’Union nationale des paysans algériens (UNPA), et aux chambres de l’agriculture de wilaya, les Conseils interprofessionnels au niveau de chaque wilaya.