Les défis économiques qui attendent le chef de l’Etat, actuellement en convalescence, sont titanesques et ne permettent plus aucune marge à l’indifférence et aux retards.

Par Hakim Ould Mohamed
Même si le cours du Brent a retrouvé des couleurs depuis quelques jours, le pays reste confronté à des problèmes importants qui résultent de la chute des prix du pétrole et des recettes en devises, voire en dinar, puisque la récession économique actuelle fait perdre au Trésor public d’importants revenus fiscaux. Les indicateurs de l’économie virent au rouge vermeil, alors que le gouvernement s’emploie à garder son calme et jouer à l’optimisme, mais il ne semble pas pour autant ignorer que l’équation budgétaire est complexe, étant donné que le pays fait face à un double choc, à savoir la chute des cours du brut et les conséquences de la pandémie du coronavirus sur l’économie. Les défis à venir sont aussi importants que les tensions financières que traverse le pays, nées de la tendance baissière des cours du brut amorcée depuis le début de l’année en cours. D’autant plus que cette rechute des prix intervient à un moment où le pays n’a plus aucune corde à son arc, exception faite des réserves constituées par la Banque d’Algérie et qui attendent d’être transformées en bons de Trésor pour pouvoir libérer la liquidité. C’est la énième solution dont dispose le gouvernement à même de remettre à flot les banques publiques, autrement dit ouvrir le capital de certaines d’entre elles, après que la liquidité ait entamé de nouvelles tendances à la baisse, alors que la remise en marche de la planche à billets risque d’aggraver les déséquilibres budgétaires, d’alimenter l’inflation et d’assombrir davantage les perspectives macroéconomiques. Les déficits promettent d’être abyssaux en 2021 et les leviers monétaires risquent d’être insuffisants à la fois pour résorber les déficits, libérer la liquidité, financer l’économie et couvrir les contrecoups sociaux du choc pandémique. C’est dire que les défis économiques qui attendent le chef de l’Etat, actuellement en convalescence, sont titanesques et ne permettent plus aucune marge à l’indifférence et aux retards. Le répit qu’offre la reprise du marché pétrolier n’est pas à la hauteur des besoins en financement qu’éprouve le pays, étant donné que l’équilibre du budget est tributaire d’un baril supérieur à 100 dollars, ce qui fait que la résorption des déficits par le moyen des revenus est pour le moins impossible. C’est-à-dire que l’équilibre budgétaire ne viendra pas du pétrole et le gouvernement doit diversifier ses ressources financières pour faire face aux besoins et aux déficits. Si les déficits s’annoncent importants, les besoins ne sont pas non plus des moindres, puisque le gouvernement devra à la fois remettre les banques et les entreprises à flot, soutenir l’investissement et la croissance, dont le moteur est en sérieuse panne des suites de l’impact de la pandémie et de la faiblesse des ressources, et soutenir le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises frappés de plein fouet par le choc pandémique. Les défis sont donc de taille, résultant à la fois du ralentissement économique et de la dégringolade des cours du brut. La loi de finances 2021, validée par le Parlement mais en attente d’être signée par le chef de l’Etat, offre quelques pistes, dont l’assouplissement des conditions d’investissement, le soutien à la production nationale en désavantageant l’importation et la régulation du commerce extérieur pour réduire le déficit de la balance des paiements, mais le gouvernement doit s’appliquer à nouveau à assainir les finances publiques, à mettre en place des réformes économiques structurelles et des ajustements budgétaires de fond en vue de diversifier le modèle de croissance, bâti sur le seul apport du secteur des hydrocarbures. Ces défis sont loin d’être sérieusement appréhendés, alors que l’action économique du gouvernement semble se limiter à éteindre les départs de feu dans le secteur public économique et à quêter une alternative à la planche à billets à même d’assurer la liquidité suffisante au secteur bancaire et non-bancaire. <