Exception faite de ce probable rebond de la production des hydrocarbures, prévu par le FMI pour 2019, cette institution de Bretton Woods s’est montrée très pessimiste à propos de l’évolution des indicateurs macroéconomiques, sur fond de crise politique qui risque de compliquer davantage l’équation. « Les perspectives sur le très long terme restent globalement inchangées, mais les prix du pétrole devraient rester inférieurs aux prévisions de l’automne pendant plusieurs années », souligne d’emblée le Fonds monétaire international dans son nouveau rapport mettant sous les feux de la rampe les économies de la région MENA (Afrique du Nord et Moyen-Orient). Le FMI a tenu à mettre en garde d’emblée sur les risques d’une longue période de faibles prix du pétrole.
L’impact sur la production et les finances publiques constitue un autre problème commun aux pays de la région, en particulier certains exportateurs de pétrole, dont l’Algérie, le Bahreïn et Oman, avertit le FMI. Outre les risques liés à la faible rentabilité du baril du brut, les plus gros risques sont, par-dessus tout, de nature géopolitique et politique, liée essentiellement aux troubles internes que connaîssent certains pays de la région MENA. « Les risques géopolitiques sont élevés », estiment les experts du FMI.
« Plusieurs pays de la région se trouvent en situation de conflit ou viennent d’en sortir.
De plus, les incidences et le rythme d’événements géopolitiques majeurs, notamment les tensions entre l’Inde et le Pakistan, les grandes manifestations et l’incertitude politique en Algérie, la possibilité d’un cheminement vers la paix en Afghanistan et les sanctions à l’encontre de l’Iran, ne sont pas encore clairs », souligne le FMI dans son dernier rapport.
Il souligne sur sa lancée que cette incertitude « pourrait accroître la sensibilité des investisseurs au risque pour l’ensemble de la région, ce qui entraînerait des sorties de capitaux et des pressions sur les taux de change, et pourrait ainsi réalimenter la volatilité des prix du pétrole et l’incertitude régionale ». Une consolation, néanmoins ; « la croissance de l’Algérie devrait être légèrement plus élevée en 2019, sous l’effet d’un rebond de la production de pétrole et de gaz ». Cependant, avec cette instabilité chronique que connait le management de Sonatrach, et qui dure depuis maintenant plusieurs années, risque de compromettre les belles projections d’un rebond de la production des hydrocarbures cette année.
L’année dernière, la compagnie publique des hydrocarbures a réalisé l’une de ses pires contreperformances avec, au tableau, une décroissance de -8,2% dans le secteur pétrolier et gazier. Cependant, ce probable rebond de la production risque d’être effacé par les prévisions d’une longue période de bas prix sur le marché international.
C’est pourquoi, les projections à moyen terme, estime le FMI, « dépendent fortement du degré de mise en œuvre des mesures d’ajustement et de la série de réformes préconisées, lequel est désormais incertain compte tenu des derniers événements politiques ».
L’institution de Bretton Woods appelle au retour sans délai à la politique des réformes structurelles et ambitieuses, faute de quoi, les évènements politiques que connait l’Algérie depuis le 22 février dernier rendraient le projet de sortie de crise aussi complexe que coûteux. La baisse des prix prévus du pétrole va également peser sur les soldes courants, accentuant les pressions liées aux engagements de l’Opep, en termes de production et aux sanctions américaines à l’encontre de l’Iran, fait constater le FMI.
Le solde des transactions courantes de la région devrait chuter de 5,3% du PIB en 2018 à 0,9 % du PIB cette année, ce qui laisse entrevoir une augmentation des risques dans les pays présentant déjà des soldes extérieurs fragiles, dont l’Algérie, le Bahreïn et Oman, souligne l’institution de Christine Lagarde. Le rééquilibrage budgétaire dans la région a débuté en 2014, suite à la chute des prix du pétrole, mais il a marqué le pas avec leur rebond l’an dernier.
Il devrait continuer de ralentir cette année malgré la baisse attendue des prix du pétrole, pendant que des expansions budgétaires sont attendues en Algérie, en Arabie saoudite et en Iraq », lit-on dans le dernier rapport du FMI sur la région MENA.
Il avertit sur sa lancée que le ralentissement du rééquilibrage budgétaire, conjugué à la baisse attendue des prix du pétrole, accentuerait la vulnérabilité à court terme de certains pays disposant d’un espace budgétaire limité, du fait notamment d’une dette publique élevée.<