Par Feriel Nourine
En dépit du regain de forme spectaculaire qu’il manifeste, ces derniers mois, à travers une série interminable de sommets à l’actif des deux références européenne et américaine, le marché pétrolier reste toujours sous la menace d’un retour en arrière.
Ceci d’autant que le principal paramètre qui détermine l’évolution des cours de l’or noir, à savoir la pandémie de la Covid-19, est toujours là, pesant lourdement sur les prévisions établies en matière de croissance de la demande mondiale. Si celle-ci s’est, depuis l’automne dernier, rétablie de son effondrement de l’année dernière sous l’impact de la crise sanitaire, les indices de son évolution sont en train d’être remis en cause en cette conjoncture marquée par un retour en force du coronavirus dans plusieurs pays consommateurs de brut, dont notamment les énergivores Chine et Inde. En témoigne le dernier rapport mensuel de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), publié jeudi, faisant état d’une nouvelle révision à la baisse de son estimation de la croissance de la demande pétrolière mondiale pour 2021, sous l’effet de la décélération de la reprise en Chine et en Inde au troisième trimestre.

Alors qu’elle tablait sur une croissance annuelle de 5,82 millions de barils par jour (mbj) en octobre, et de 5,96 mbj en septembre, l’organisation a reconsidéré ses calculs et estime que la demande pétrolière mondiale aura bondi de 5,7 mbj sur l’ensemble de l’année 2021. «Les révisions sont dues essentiellement à la demande plus lente qu’anticipé venant de la Chine et de l’Inde au troisième trimestre 2021», explique l’Opep.
A noter que sur un an, le PIB de la Chine a augmenté de 4,9% au troisième trimestre, contre +7,9% au deuxième, poussant le FMI à réviser en baisse, en octobre dernier, ses prévisions d’expansion pour ce pays, moteur de la croissance mondiale, en tablant sur 8% pour l’année (-0,1%).
Dans les estimations de l’Opep, l’année 2022 devrait évoluer au même rythme que cette fin 2021, selon la même source. En ce sens, l’Opep table sur une demande mondiale de 100,6 millions mbj, soit tout juste 500 000 barils par jour de plus que la consommation de 2019, avant la pandémie.
La réaction du marché au rapport de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole a été celle de cours en recul, vendredi, sur respectivement l’Inter Continental Exchange et le New York Mercantile Exchange. Pour ce jour de clôture hebdomadaire, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en janvier abandonnait 18% par rapport à la clôture de jeudi, à 81,89 dollars. De son côté, le West Texas Intermediate (WTI) pour le mois de décembre perdait 1,47% à 80,39 dollars. Malgré des sommets tutoyés mercredi matin, les deux contrats de référence affichent un léger retrait par rapport à l’évolution globale de la semaine.
Mais les estimations contenues dans le tout frais rapport de l’Opep ne seraient pas l’unique facteur à avoir contraint le marché au recul observé vendredi. S’il tend à limiter quelque peu la hausse récente des cours du brut, le rapport de novembre «n’a apporté que des changements marginaux aux estimations de l’offre et de la demande pour cette année et l’année prochaine», nuancent les experts d’ING.
Par conséquent, il faudrait l’impact sur les investisseurs des rumeurs faisant état d’une possible intervention américaine pour répondre à l’insuffisance de l’offre de brut. Celle-ci porterait sur la libération d’une partie des réserves stratégiques de pétrole (SPR) du pays, constate-t-on. Après avoir tenté, en vain, l’Opep+ à une ouverture moins prudente de ses robinets, les Etats-Unis tentent, depuis la dernière réunion ministérielle de l’Alliance, à maintenir la pression en affirmant qu’ils allaient «examiner la gamme complète d’outils» à leur disposition pour remédier au «déséquilibre entre l’offre et la demande» de pétrole, qui fait monter les prix.
Affirmation du porte-parole du Conseil américain à la Sécurité nationale, estimant que «le moment est venu pour les principaux pays producteurs de stabiliser les prix de l’énergie et de s’assurer que les prix élevés n’entravent pas la reprise économique mondiale actuelle». Dans le même ordre d’idée, le président américain Joe Biden dira qu’«il existe d’autres outils dans l’arsenal que nous devons utiliser avec d’autres pays au moment opportun». Le locataire de la Maison-Blanche répondait alors à une question de la presse sur un éventuel feu vert de l’administration américaine pour l’utilisation des réserves stratégiques.

Le pétrole algérien progresse de 9,69 dollars en octobre
Les cours du Sahara Blend, le brut de référence algérien, ont progressé de 9,69 dollars en octobre dernier, soutenus notamment par des fondamentaux solides du marché pétrolier, a indiqué l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dans son rapport mensuel publié jeudi. La moyenne mensuelle des prix du brut algérien est passée de 73,85 dollars/baril en septembre dernier à 83,54 dollars en octobre, soit une hausse de 13,1%, selon la même source. Le prix du brut algérien est établi en fonction des cours du Brent, brut de référence de la mer du Nord, côté sur le marché de Londres avec une prime additionnelle pour ses qualités physico-chimiques appréciées par les raffineurs. La hausse du Sahara Blend intervient dans un contexte d’augmentation des prix de brut au marché mondial en octobre, soutenus par des fondamentaux solides du marché pétrolier et les perspectives de reprise de la demande pétrolière pendant les mois d’hiver, ainsi que la baisse continue des stocks de pétrole dans les principales régions consommatrices, selon l’Organisation. L’Opep indique, par ailleurs, que la production de l’Algérie en octobre dernier avait atteint 949.000 barils par jour, soit une hausse de 12.000 barils par rapport à la production moyenne de septembre (937.000 baril/jour).