Si le sacre du Bayern Munich en finale face au PSG (1-0) a permis à un historique de remporter la timbale, cette nouvelle édition de la Ligue des champions, même inédite, a dessiné les contours du monde d’après. Sans Lionel Messi et Cristiano Ronaldo et les autres totems de la décennie 2010 ? Pas encore mais on s’y achemine tranquillement.
Dans le monde d’après, on sacre ceux qui gagnaient déjà avant. Dans le monde d’après, l’aristocratie européenne a encore la main sur le destin de la Coupe aux grandes oreilles. Dans le monde d’après, les riches bourgeois n’ont pas encore renversé la table même si toute leur épargne (encore que) y est passée. La révolution n’est pas encore officiellement déclarée. Le PSG l’a appris à ses dépens dimanche, dans une finale où les mots «expérience» et «ADN» ont symbolisé tout ce qui ne s’achète pas mais s’acquiert avec le temps. Mais les bases du Nouveau Monde sont désormais posées.

Lauréats de 8 des 13 dernières éditions
Dans le monde d’après, les idoles du monde passé sont fatiguées, frustrées. Fatigué comme Lionel Messi d’un projet barcelonais qui allait droit dans le mur et a fini par se le manger à pleine vitesse et aux yeux de tous. Frustré comme Cristiano Ronaldo de voir son pari Juventus se heurter à ses limites temporelles et financières.
Ces deux-là avaient redéfini à eux seuls les contours du monde d’avant : depuis 2008, bien aidés par la superpuissance des clubs dans lesquels ils évoluaient, Messi et Ronaldo avaient remporté 8 des 13 éditions disputées (5 pour le Portugais, 3 pour l’Argentin). En 2020, aucun des deux n’a vu les demi-finales, une première depuis 14 ans.
Faut-il tourner la page pour autant ? Avec eux, on n’est jamais sûr de rien. C’est souvent quand on les enterre trop vite que les immenses champions viennent vous rappeler qu’ils sont plus vivants que jamais. Mais, comme pour d’autres, la sensation que la décennie écoulée ouvre un nouveau chapitre. Ils seront toujours des personnages primordiaux mais peut-être plus uniques. Même constat pour les Mourinho, Guardiola et autres Simeone qui commencent à voir leurs modèles de management dépassés, franchement ringardisés même parfois.

Pour être fort partout, il faut dépenser beaucoup
Alors, table rase du passé ? C’est aller un peu vite en besogne. Reste que les victoires de Liverpool l’année passée et du Bayern cette saison tendent à rappeler que onze soldats talentueux seront toujours plus forts qu’un seul général en bataille, aussi dominant soit-il. L’enjeu désormais pour les plus gros clubs européens n’est plus uniquement d’attirer la dernière individualité forte mais surtout de dresser une équipe cohérente à leurs côtés.
C’est ainsi que les Reds ont construit une équipe qui semble armée pour durer et dominer, surtout si le délicieux Thiago Alcantara venait à compléter l’armada. C’est ainsi que le Bayern Munich a relancé ses anciens champions du monde en fin de course présumée pour accompagner Davies, Gnabry ou Coman vers une nouvelle ère où Lewandowski continue d’empiler les pions. C’est aussi en oubliant que Neymar et Mbappé ne pouvaient pas tout faire tout seuls que le PSG s’est pris les pieds dans le tapis en finale.
En revanche, dans le monde d’après, on dépense autant qu’avant. Ce Bayern a été construit de longue haleine mais les Bavarois n’ont pas hésité à claquer 115 millions sur les deux latéraux des champions du monde français (Lucas Hernandez et Benjamin Pavard) l’été dernier pour compenser des postes faibles. La rareté coûte cher, pour les anciens comme pour les nouveaux. Et ce mercato post-Covid, s’il semble moins animé pour les géants, montre que le marché peut continuer à se dérégler en toute tranquillité.

Identité marquée pour épopées marquantes
Finalement, le monde d’après a commencé bien avant. Quand les expressions Covid, Final 8 et huis-clos généralisé n’étaient pas encore des réalités auxquelles s’adapter. Avec Liverpool bien sûr, pour mettre fin au duopole Real Madrid – FC Barcelone entamé en 2014. Mais avec l’Ajax ou Tottenham également.
Cette année, Leipzig ou l’Atalanta ont réussi à se hisser à des hauteurs inattendues grâce à un projet de jeu collectif affirmé et en ont profité pour balayer des institutions bien installées qui ont eu tendance à oublier cette composante ces dernières années. Même l’OL, cohérent et efficace à défaut d’être romantique, s’est révélé à lui-même.
L’Inter d’Antonio Conte (si tant est qu’il reste), un Manchester United en pleine renaissance, le Séville surprenant de Lopetegui, le nouveau Chelsea intriguant mais franchement excitant de Franck Lampard voire le Borussia M’Gladbach ont déjà des têtes de trublions joyeux pour la prochaine édition. Rien de telle qu’une identité marquée pour des épopées marquantes.
Voilà donc le panorama qui se dresse pour ce monde d’après. Loin d’être une page blanche mais où la domination exacerbée de certains a fini par péricliter. L’heure n’est pas encore aux « nouveaux riches ». Mais elle n’est plus uniquement celle des vieilles maisons. Et c’est franchement rafraîchissant. n