Par Kahina Sidhoum
Même si la Russie ne cesse de clamer qu’elle n’est pas intéressée d’intervenir militairement en Ukraine et que son seul souci est de protéger ses frontières d’une installation des forces de l’OTAN à ses frontières – une ligne rouge pour Moscou – les puissances occidentales continuent de faire la propagande d’un «péril russe» sur un pays «démocratique» d’Europe de l’Est.
Derrière ce jeu de communication, une fausse menace : celle d’une réaction militaire des Etats-Unis et de ses alliés au sein de l’OTAN, un scénario «hautement improbable» selon le ministre britannique de la Défense Ben Wallace. Mais un vrai avertissement des Occidentaux d’affaiblir la Russie sur le front économique, là où elle accuse la plus grande vulnérabilité.
L’Ukraine «n’est pas un membre de l’Otan, donc il est hautement improbable que quiconque envoie des troupes en Ukraine face à la Russie», a déclaré le ministre britannique dans une interview vidéo diffusée jeudi sur le site de l’hebdomadaire britannique The Spectator. «Nous ne devrions pas faire croire aux gens que nous le ferions. Les «Ukrainiens en sont parfaitement conscients», a-t-il ajouté. En revanche, a-t-il concédé, il y a certainement des sanctions économiques profondes, sérieuses et durables qui pourraient être prises».
Lors d’un appel avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky vendredi 17 décembre, le Premier ministre britannique Boris Johnson a déclaré que Londres utiliserait «tous ses pouvoirs diplomatiques et économiques» pour empêcher toute «agression» russe à l’égard de l’Ukraine, selon Downing Street. Hier, samedi, le ministre de l’Economie allemand, l’écologiste Robert Habeck, a dévoilé un aspect des sanctions économiques possibles contre Moscou. Il a mis en garde contre de «sévères conséquences» pour le gazoduc controversé Nord Stream 2i. «Toute nouvelle action militaire ne peut pas rester sans sévères conséquences. Et on ne doit rien exclure» dans le cas d’une «nouvelle violation de l’intégrité du territoire» de l’Ukraine, a déclaré le ministre à l’édition dominicale du Frankfurter Allgemeine Zeitung, interrogé sur un éventuel échec de Nord Stream 2.
Le nouveau gouvernement allemand du social-démocrate Olaf Scholz, en place depuis moins de deux semaines, a affiché sa fermeté face à Moscou dans le dossier Nord Stream 2, même si le chancelier se montre jusqu’ici un peu plus évasif que ses alliés verts comme M. Habeck ou la nouvelle cheffe de la Diplomatie Annalena Baerbock. Cette dernière avait menacé «d’arrêt» pur et simple de Nord Stream 2 en cas d’escalade en Ukraine. Le gazoduc de 1.200 kilomètres, qui passe sous les eaux de la Baltique, de la Russie au nord-est de l’Allemagne, a toujours été défendu envers et contre tout par l’ancienne chancelière conservatrice Angela Merkel, en dépit des critiques de ses partenaires européens et américain. «D’un point de vue géopolitique, Nord Stream 2 était une erreur», a jugé M. Habeck. «Tous les pays ont toujours été contre sauf l’Allemagne et l’Autriche» a-t-il rappelé. «Le pipeline est désormais construit. Et la question de sa mise en service reste ouverte et doit être décidée selon le droit européen et allemand», a-t-il ajouté. Formellement, la décision de sa certification n’est pas attendue avant mi-2022, a récemment indiqué le régulateur allemand de l’énergie qui a suspendu la procédure cet automne en raison d’un obstacle juridique. Le feu vert des autorités allemandes est l’une des ultimes étapes avant sa mise en service. La Commission européenne doit ensuite également se prononcer sur l’homologation.
Les Américains et les Européens accusent depuis plusieurs semaines la Russie d’avoir massé des dizaines de milliers de soldats près de la frontière ukrainienne en vue d’une éventuelle invasion. Le Kremlin rejette ces accusations et se dit menacé par l’Otan.