Eclipsée par le drame des incendies de forêt qui sévissent dans les wilayas du nord du pays, la situation épidémique
reste toujours préoccupante et des problèmes, notamment celui de l’approvisionnement des hôpitaux en oxygène, persistent. A cela est venu s’ajouter le décès de deux résidentes enceintes travaillant dans les services Covid

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PAR INES DALI
Une situation qui nécessite une solution urgente afin d’épargner les vies de ces femmes exerçant dans un milieu à haut risque de contamination, surtout que la vague actuelle de la pandémie du nouveau coronavirus est dominée à hauteur de 92% par le variant Delta à rapide propagation et forte contagiosité, selon l’étude de l’Institut Pasteur d’Algérie.
S’il est vrai que les chiffres des contaminations au Covid-19 ont baissé jusqu’à moins de 800 cas par jour après le pic de près de 2000 cas en juillet, il ne s’agit surtout pas de perdre de vue que c’est une baisse relative, car ne sont répertoriés dans le bilan quotidien que les cas positifs testés par RT/PCR et déclarés au ministère de la Santé. D’autres tests, comme les RT/PCR effectués chez les privés et tous les tests antigéniques (chez le privé et le public) ne sont pas déclarés, de même qu’il y a des personnes atteintes mais qui sont asymptomatiques et échappent, donc, au contrôle.
Comme indiqué à maintes reprises par les spécialistes de la santé, les chiffres ne reflètent pas la réalité de la situation épidémique qui, elle, est perceptible sur le terrain. Il ne faut pas se dire que la troisième vague de cette pandémie est passée, mettent-ils toujours en garde. Les hôpitaux pleins de malades graves et la difficulté d’approvisionnement en oxygène sont des éléments qui démontrent que la vigilance n’est pas un vain mot face aux problèmes que peut rencontrer le citoyen sain du Covid lorsqu’il passe au stade de malade atteint de Covid. Cela d’autant que malgré la baisse des contaminations, le nombre de décès, lui, reste toujours dans une proportion élevée. Des vies sont perdues tous les jours.
Le cas des résidentes enceintes est à regarder de plus près. On se rappelle que l’année dernière. Une jeune médecin de 29 ans exerçant dans un hôpital à Sétif était décédée des suites du Covid-19. Ce qui a posé la question de savoir si les femmes du personnel soignant doivent continuer à travailler dans un milieu «hostile» à leur état de gestante. Les deux cas récents décès des deux résidentes enceintes, l’une à Tizi Ouzou et l’autre à Constantine, remettent cette question sur le tapis.
Le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), Dr Lyès Merabet, situe la responsabilité à deux niveaux, à savoir le ministère de la Santé et les responsables des services dans lesquels exercent ces médecins. Ce sont «deux médecins en formations spécialisées et deux femmes enceintes, il faut le signaler. A travers ces deux exemples, le SNPSP rappelle le recours qui a été déjà adressé au ministère de la Santé suite au décès enregistré à Sétif il y a une année», a-t-il d’abord tenu à noter dans un entretien à TSA. Il poursuit en indiquant qu’à cette époque déjà, l’attention du ministère de la Santé a été attirée et celui-ci a été «saisi officiellement pour que le personnel féminin de la santé, surtout les femmes enceintes, soient préservées».
Risque sur les femmes enceintes du personnel soignant
A ce titre, la proposition de «libérer ce personnel et de le mettre en congé de confinement sanitaire» a été faite à la tutelle ou, «au minimum, il faut les éloigner des services où elles seraient plus exposées que d’autres tels que les urgences, les réanimations et les services pneumologie où on reçoit des patients qui pourraient les exposer à une grosse charge virale», selon le président du SNPSP. «Il faut aussi rappeler que cette latitude est laissée au niveau des gestionnaires des établissements voire aux chefs de services qui savent très bien qu’ils ont des femmes enceintes qui travaillent dans leurs services. Ils n’ont rien fait», a-t-il expliqué avant de trancher : «Il faut parler de la responsabilité du ministère de la Santé mais il y a aussi de celle des responsables des services au niveau des structures hospitalières».
L’autre problème qu’il faut solutionner en urgence est celui de l’oxygène. Il continue à se poser un peu partout à travers les hôpitaux du pays, selon le Dr Merabet qui cite Alger et d’autres wilayas comme Laghouat et Djelfa, Msila Blida et dans l’Ouest comme Mascara. La situation est aggravée par les incendies dont les plus importants sont enregistrés dans certaines wilayas, comme Tizi Ouzou et Béjaïa, selon le Dr Merabet qui explique que les blessés ont été exposés à une forte intoxication à l’oxyde de carbone et nécessitent, eux aussi, une oxygénothérapie.
Les témoignages sur ce problème crucial d’oxygène se font tous les jours. Celui du Pr Abderrahmane Sidi Saïd de l’hôpital Lamine-Debaghine (ex-Maillot) de Bab El Oued est poignant. Il affirme qu’ils ont un grand problème d’approvisionnement en oxygène et que récemment, le personnel a dû «attendre, vainement, jusqu’à une heure tardive de la nuit, l’arrivée de 2000 litres d’oxygène». «On consomme en moyenne 6000 litres par jour et on reçoit 2000 à 3000 litres par jour, il y a donc des insuffisances. Avec 150 malades accueillis par jour, la demande sur ce produit vital a augmenté de façon «notable» alors qu’elle n’est pas satisfaite par les approvisionnements reçus quotidiennement», a-t-il alerté.
Ceci alors que cet hôpital dispose d’une «capacité de stockage d’oxygène de 28.000 litres et de 4 évaporateurs, en plus de 200 obus d’oxygène», a encore fait savoir le Pr Sidi-Saïd. «Très souvent, nous recevons de l’oxygène liquide et il faut savoir que chaque litre d’oxygène liquide transformé en oxygène gazeux donne environ 850 litres d’oxygène», a-t-il expliqué, avant de souligner un «dysfonctionnement» dans cet approvisionnement en oxygène que s’ils recevaient des quantités en adéquation avec leur moyens de stockage, ils auraient «une autonomie de 5 à 6 jours». Il attire, par ailleurs, l’attention sur un autre problème, celui de manque de don de sang, alors que cette structure hospitalières effectue des opérations chirurgicales, du moins celles urgentes, qui nécessitent non seulement de l’oxygène en salle de réanimation mais une transfusion sanguine. C’est dire que les problèmes sont multiples. Mais loin de se décourager, le Pr Sidi Saïd souhaite que des solutions soient apportées «rapidement pour l’oxygène, un produit primordial et indispensable dans la prise en charge des malades Covid».

«Se préparer à une quatrième vague»
Le problème d’oxygène, loin d’être maitrisée dans les hôpitaux en raison du nombre de malades graves reçus quotidiennement, donne une idée que le nombre en baisse ne doit pas conduire à l’abandon de la vigilance. Il y a, certes, une «nette décrue observée ces derniers jours avec une baisse de moitié des cas de contaminations en deux semaines, mais il faut se détromper et rester vigilants, les chiffres réels sont bien plus nombreux et il y a encore des formes graves de la maladie de Covid-19 dans les hôpitaux», a mis en garde, pour sa part, le Pr Salah Lellou, pneumologue à l’EHU d’Oran.
La baisse des contaminations, selon lui, s’explique par le fait qu’il y a plus de gens qui appliquent les gestes barrières, beaucoup qui se font vacciner, en plus du confinement partiel. «Ce sont autant d’éléments qui ont favorisé la décrue, mais il faudra persévérer dans cette démarche et continuer à vacciner au maximum pour espérer en finir avec cette 3e vague à la fin du mois d’août», a-t-il recommandé. Mais ce n’est pas fini. «Il faut aussi s’attendre, peut-être, à une 4e vague. Pour que celle-ci ne soit pas plus meurtrière, il faudra vacciner et prendre toutes les précautions pour y faire face, comme on l’a vu dans d’autres pays au nord de la Méditerranée où ceux qui ont le plus vacciné ont le moins de cas graves». Dans ce sens, indiquant que la plupart des cas hospitalisés ne sont pas vaccinés, il estime qu’il faudra, peut-être, penser à une troisième dose de vaccin anti-Covid-19 pour les premiers qui ont reçu l’antidote en janvier-février. Il me semble que c’est le seul moyen de porter un coup de grâce à cette pandémie», a-t-il conclu.