Après la découverte de deux cas du variant britannique du coronavirus en Algérie, l’heure est à la prudence et à une vigilance nettement plus accrue, en raison de la particularité de ce variant qui consiste en une contagiosité plus rapide que la souche initiale de Covid-19, et du nombre élevé de décès qu’il peut causer. En cas de la poursuite du relâchement constaté, c’est un retour à la case départ qui guette le pays.

Les spécialistes du secteur de la santé, sans dramatiser ni diminuer du caractère sérieux de la situation, expliquent dans des termes scientifiques le comportement du variant britannique et les effets qu’il peut induire, tout en insistant sur les recommandations nécessaires en de pareille situation. L’insistance sur les mesures barrières découle du fait que nombre de la population semble y avoir renoncé après avoir été rassurée sur la stabilité de la situation épidémiologique. Mais cette situation épidémiologique «relativement stable» depuis des semaines ne peut être préservée si le port du masque de protection et la distanciation physique dans les lieux publics continuent d’être ignorés par de nombreux citoyens qui mettent ainsi leur vie en danger et la vie d’autrui, en risquant d’attraper le variant britannique qui a, désormais, fait son incursion sur le sol algérien.
«Le variant britannique est plus dangereux que le Covid-19 et sa dangerosité réside dans sa transmission qui peut être jusqu’à huit fois plus rapide que le virus initial», a déclaré le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. Sa déclaration est confirmée par un autre membre du Comité scientifique, le Pr Mohamed Belhocine, selon lequel le variant britannique est «30% à 80% plus efficacement transmissible, autrement dit, il est au moins deux fois plus contagieux». Le Pr Belhocine, qui est épidémiologiste et expert international, a souligné également que le variant britannique entraine «une présence de virus dans le nez et la gorge bien plus élevée que la souche sauvage, c’est-à-dire la souche initiale du SarsCov2». Plus grave encore, «le risque de décès associé à ce variant est plus élevé par rapport à la souche originelle et on parle d’un risque qui est de 30% plus élevé», a lâché le Pr Belhocine sur les ondes de la Radio nationale.
Face au risque élevé aussi bien de la transmission que de la létalité liées au variant britannique, les professionnels de la santé appellent la population à redoubler de vigilance afin d’endiguer sa propagation. Mais pas seulement. Le Dr Bekkat Berkani estime qu’«il est nécessaire de prendre rapidement les mesures adéquates, à leur tête le lancement des enquêtes épidémiologiques qui pourront déterminer les personnes suspectées de porter le variant britannique afin de limiter sa transmission». Il poursuit qu’il est également «nécessaire de maintenir les frontières fermées», tout en confirmant «la suspension des vols de rapatriement durant tout le mois de mars prochain après la découvertes des deux cas de variant britannique». Il a, néanmoins, écarté l’éventualité d’un retour au confinement total en raison de «la situation épidémiologique qui reste maitrisable».

L’appréhension des personnels de la santé
Pour sa part, le Dr Lyès Merabet, membre du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), n’a pas caché l’appréhension des personnels de la santé face à ce variant. «Les personnels appréhendent l’arrivée du variant britannique. Ils sont préoccupés et craignent de voir à nouveau les hôpitaux pleins, voire saturés de malades portant ce variant après l’accalmie de ces derniers temps», a-t-il révélé, tout en préconisant, à son tour, des enquêtes rapides. «Après la découverte par l’Institut Pasteur d’Algérie des deux cas confirmés de variant, il faut aller rapidement vers les enquêtes épidémiologiques afin de savoir s’il y a d’autres cas et de les isoler rapidement», a-t-il dit. Sur ce chapitre, le Dr Bekkat Berkani, qui est également président du Conseil national de l’Ordre des médecins, estime qu’il faut «une à deux semaines pour connaitre l’évolution de la situation épidémiologique avec cette nouvelle donne qu’est le variant britannique».
Mais en attendant, «il est absolument nécessaire de revenir à une application rigoureuse des mesures de prévention», a souligné le Dr Merabet. «Il faut respecter les protocoles sanitaires et les gestes barrières. Il faut relancer les campagnes de sensibilisation pour alerter la population sur les risques encourus par le relâchement et insister, surtout, sur le port du masque, la distanciation physique et le lavage des mains», a-t-il ajouté.
«Dans le cas où le relâchement se poursuit, c’est carrément un éventuel retour à la case départ qui nous attend. Tous les efforts de lutte contre cette pandémie auront été vains», a averti le président du SNPSP.
«Il est nécessaire de continuer à respecter les mesures de prévention avec un confinement ciblé plus ou moins rigoureux, des protocoles sanitaires spécifiques à différents secteurs, un contrôle strict des points d’entrée aux frontières et, à l’échelle individuelle et par-dessus tout, il faut absolument se conformer aux gestes barrières», a insisté le Pr Mohamed Belhocine.
Le vaccin efficace contre le variant britannique
Devant tant d’appréhensions, l’ensemble des professionnels de la santé alertent sur l’obligation du respect des gestes barrières, tout en ouvrant une fenêtre sur l’espoir suscité par la vaccination. Ils déclarent que les vaccins sont efficaces également contre le variant britannique.
«Le vaccin conserve une efficacité globale autour de 60% ou plus contre les nouveaux variants, c’est-à-dire que sur la souche d’origine, les taux d’efficacité affichés par les différentes études par les différents vaccins restent valables, et même lorsqu’on donne ces vaccins dans des situations où ce sont les variants qui sont prédominants dans les populations, on reste avec un taux de couverture qui a un taux d’efficacité vaccinal autour de 60% ou même plus», a expliqué le Pr Belhocine. Ceci étant, «la solution réside maintenant dans l’accélération de la cadence de vaccination», estime Dr Bekkat Berkani.
Pour rappel, l’Institut Pasteur d’Algérie a annoncé, jeudi dernier, avoir «détecté sur des tests PCR positifs, datées du 19 février 2021, deux variants britanniques». Il a précisé que les deux souches mutantes ont été détectées chez un membre du personnel de santé de l’EHS de psychiatrie de Chéraga (isolé actuellement) et chez un immigré venant de France pour l’enterrement de son père. Le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derar, a rassuré que des analyses sont toujours en cours pour identifier d’autres cas éventuels de ce variant.