Le président de l’Union nationale des opérateurs de pharmacie (Unop) Abdelouahed Kerrar a appelé, hier, les autorités à rationaliser et à clarifier certains aspects de l’industrie qu’il défend par ailleurs.

Par Nadir Kadi
Le responsable de la structure professionnelle, invité sur les ondes de la Chaîne III, a en ce sens expliqué que les près de 170 producteurs du secteur avaient, aujourd’hui, besoin d’une orientation claire : «Il faut un chef d’orchestre qui définisse les produits qui relèvent de la souveraineté sanitaire.» Le responsable, qui reste toutefois optimiste, assure que le «bilan» de la crise sanitaire actuelle sera fait «ultérieurement» et ira dans le bon sens. L’une des principales conclusions, prédit déjà Abdelouahed Kerrar, sera de changer le mode de fonctionnement du secteur : «Cette pandémie va changer les approches sanitaires, les localisations de fabrications et les politiques de santé elles-mêmes.»
Expliquant ainsi que la gestion de l’industrie pharmaceutique était une question de souveraineté et plus encore en «temps de crise». Le président fait savoir que l’industrie algérienne du médicament et des produits de santé a joué son rôle durant la pandémie de la Covid-19 : «Nous avons une industrie pharmaceutique, nous fabriquons tous les médicaments utilisés contre la Covid-19, nous avons quatre fabricants d’oxygène et deux autres qui vont recevoir leur agrément.» Une situation qui aurait ainsi donné un avantage stratégique au pays : «En temps de pandémie, les prix des produits augmentent, ce qui fait que la production locale est non seulement une assurance d’apprivoisement, mais aussi une garantie de coûts raisonnables.» Le responsable de l’Unop tenant pour preuve la hausse du prix du Paracétamol sur le marché mondial, «passé de 6 dollars le kilogramme avant la crise à 12 dollars à l’heure actuelle». Et la même tendance à la hausse est également à l’œuvre en ce qui concerne «le tarif du transport depuis les producteurs en Asie», passé de 4 000 dollars pour un conteneur à plus de 12 000 dollars. Une situation due à la crise mais aussi aux profiteurs de guerre : «Il faut aussi dire que ce sont des situations où il y a très probablement de la manipulation». Quant à la question du manque d’oxygène médical, et plus globalement de la gestion du secteur face à la hausse des contaminations, Abdelouahed Kerrar reconnaît que l’Algérie «comme d’autres pays» rencontre des difficultés, «nous savions que notre système de santé avait des lacunes (…) et ce qui arrive aujourd’hui était prévisible (…) Je pense que le pays essaie de contenir cette crise comme il le peut». Il a toutefois expliqué que le manque d’oxygène relève de la gestion et non de la production. En ce sens, tout en rappelant que le pays a «multiplié sa production par 10 au cours de la dernière décennie», le président de l’Unop avance que les problèmes en ce qui concerne l’oxygène au niveau de différents hôpitaux sont le résultat «de problèmes structurels de gouvernance», notamment la multiplicité des entreprises, le manque de «coordination» ou les difficultés de «transport» et de «stockage». Et dans cette logique, Abdelouahed Kerrar estime que certaines de ces aberrations de gestion sont en voie de règlement : «Avant que la question de l’oxygène ne soit gérée par une cellule de crise au niveau du Premier ministère, des camions partaient de Ouargla pour d’alimenter Batna, au moment où Ghardaïa était alimentée via une usine située au nord du pays.»
Le responsable appelle également à clarifier la législation en ce qui concerne les «essais cliniques». Il explique en substance que l’incertitude entoure toujours cette étape, pourtant indispensable pour toute homologation de traitement : «Les textes existaient quand tout était géré par le ministère de la Santé, mais, aujourd’hui, nous ne savons pas si c’est le ministère de l’Industrie pharmaceutique qui s’en occupe.» Une situation «regrettable» pour Abdelouahed Kerrar qui fait savoir «qu’une entreprise adhérente de l’Unop, qui fabrique deux antiviraux, a voulu réaliser des essais cliniques de ses produits contre le virus de la Covid-19. Cependant, ce projet initié dès le mois d’avril 2020 est resté sans lendemain. Elle n’a toujours pas pu réaliser son essai sur l’association de deux antiviraux (…), entre-temps, des laboratoires iranien et égyptien ont tenté de le tester avec certains résultats. Si nous l’avions fait, cela aurait redoré le blason de l’Algérie».