Le traitement de la crise sanitaire a abordé ce week-end un nouveau virage marqué manifestement par de nouvelles mesures et des appels à davantage de rigueur, une évolution qui n’indique pas moins un sentiment d’alerte chez le gouvernement et une crainte d’un retour à la case départ dans le combat contre le Covid-19 depuis le mois de mars dernier.

Cette crainte se vérifie selon toute vraisemblance par l’amorce d’un discours autrement plus ferme contre les potentiels contrevenants qui ne respecteraient pas les règles de protection édictées par les autorités sanitaires. Cette évolution marque également la difficulté de l’autorité à faire appliquer et respecter les mesures barrières jusqu’à assister à des scènes incompréhensibles en parfaite contradiction avec les exigences de la conjoncture, à l’image des autorisations administratives accordées à des partis politiques pour tenir leurs congrès qui ont drainé des foules pour des activités sans aucune incidence sur la vie des Algériens ni sur l’avenir du pays.
Dans ce registre, il semblerait qu’entre l’Exécutif et les autorités locales, il y a une faille qui participerait dans la non-application des mesures de prévention et leur suivi, une réalité à laquelle a été confronté à plusieurs reprises le ministre de la Santé lors de ses visites, notamment dans les wilayas les plus touchées par la crise sanitaire.

Lacunes et déficit de coordination
Signe d’une peur qui a gagné les officiels, le premier magistrat du pays a pointé des dysfonctionnements lors la réunion de travail tenue jeudi dernier avec le Premier ministre, des membres de l’Exécutif, des responsables des corps de sécurité ainsi que les walis des wilayas ayant enregistré ces derniers temps un nombre de plus en plus élevé de contaminations (Alger, Oran, Biskra, Sétif et Ouargla). Comme il fallait s’y attendre, le président Tebboune a exprimé «son inquiétude face au nombre croissant des cas de Covid-19, ce qui a induit une saturation des structures sanitaires dans certaines wilayas, aggravée par une mauvaise répartition des moyens entre hôpitaux». Il a cité, à ce propos, «le cas de la capitale où, sur les 5 700 lits que totalisent les 13 hôpitaux, 643 seulement sont réservés aux malades de la Covid-19», affirmant par la même occasion que «si la responsabilité des gestionnaires locaux était établie en raison de l’absence de coordination entre eux, et parfois même avec leur tutelle, il n’en demeure pas moins qu’elle est partagée avec les citoyens qui n’observent pas les mesures de prévention, suivies de par le monde». M. Tebboune a exprimé par ailleurs son insatisfaction quant à la stratégie de communication suivie jusque-là, d’où son instruction à l’effet de revoir cette stratégie «basée sur la simple énonciation des chiffres» et d’accomplir un effort d’explication sur fond de mobilisation pour une meilleure adhésion aux règles de prévention.
La stratégie de communication doit plutôt «s’appuyer sur des explications plus pertinentes à travers les radios locales et des messages plus éloquents pour sensibiliser les citoyens aux dangers du non-respect de la distanciation physique et des mesures de prévention dans les lieux de rassemblement», ajoute-t-on encore, tout en plaidant pour un «durcissement des sanctions à l’encontre des contrevenants».
Pour sa part, le Dr Mohamed Bekkat-Berkani, membre du Comité de suivi et de lutte contre le coronavirus, n’est pas allé par quatre chemins pour désigner une situation plus qu’inquiétante. «Toutes les régions d’Algérie sont concernées par cet effet rebond de la maladie. La situation est alarmante», a-t-il lancé jeudi. «Nous avons constaté les jours passés, voire les semaines dernières, une tendance haussière des cas diagnostiqués particulièrement dans certaines wilayas. Nous avons aussi une augmentation inquiétante du nombre de cas des membres professionnels de santé et beaucoup de décès», a-t-il noté en matière de constat avant d’appeler à trouver des solutions «au plus vite pour freiner la propagation».
M. Bekkat, même s’il recommande «le confinement ciblé», n’a pas hésité à plaider «des mesures extrêmes parce qu’il y va de la santé publique» sonnant l’alerte en déclarant que «l’Algérie est à la croisée des chemins». Pointant également des «dysfonctionnements, notamment en termes d’exécution des recommandations», ainsi que «l’indiscipline» du citoyen, Bekkat a évoqué des failles dans «le transfert d’autorité aux niveaux politico-administratif et sanitaire».
Il a cité, dans ce sens, «des directeurs de la santé ou d’hôpital qui n’arrivent pas à suivre les décisions» de l’Exécutif… <