Pour les habitués des vacances de fin décembre et du nouvel an à l’étranger, l’horizon n’est pas attractif. Pour les personnes à pouvoir d’achat, les destinations du Sud algérien sont une alternative de luxe. Mais, encore faut-il, trouver une place d’avion et une chambre d’hôtel…

Par Sihem Bounabi
La cherté des billets d’avion vers les destinations classiques de fin d’année comme la France ou la Turquie, les conditions drastiques d’accès aux visas de séjour et les restrictions sanitaires assombrissent le ciel de ceux qui ont l’habitude de prendre le large en cette période de vacances hivernales. Réouverture des vols internationaux ou pas, beaucoup d’entre eux vont être «cloués au sol», selon la formule d’un professionnel du voyage et se résigner à choisir d’autres moyens de loisir et de décompression pour terminer 2021.
Dans le palmarès qui rend nerveux les vacanciers algériens ou ceux qui ont l’habitude de rejoindre leurs familles et leurs proches résidant à l’étranger, c’est la cherté du billet d’avion qui trône au premier rang. Le prix du ticket de transport aérien et la difficulté d’avoir une place avec une réservation garantie sont devenus cette année un «véritable frein» aux départs de fin d’année sauf pour les personnes et les familles obligées, ajoute le même professionnel, gérant d’une agence.
Le débat sur le prix du ticket a même pris une tournure politique lorsque le Premier ministre et argentier du pays s’est exprimé dessus. Il y a près d’un mois, en effet, Aïmene Benabderrahmane est monté au créneau pour annoncer une commission d’enquête sur les prix pratiqués par Air Algérie et ses concurrentes sur le marché algérien. «Des décisions seront prises pour en finir immédiatement avec ce problème», avait-il clamé. Mais, plus d’un mois après, plus aucune nouvelle n’a été donnée de cette commission chargée de lever l’énigme de la cherté des billets, certains équivalant à la dépense pour un voyage transatlantique, Europe-Etats-Unis.
En attendant les résultats de cette commission, les Algériens, qui disposent des moyens pour s’offrir des vacances, cherchent à se rabattre sur les destinations domestiques, notamment les dessertes touristiques du Grand Sud algérien. Mais là aussi, ils découvrent que le prix d’une place sur un vol d’Air Algérie a atteint des niveaux que les agences de voyages ne parviennent à expliquer, le pavillon national ne communiquant pas du tout sur ce sujet.
Ils se heurtent aussi à un nombre de vols insuffisant et à la cherté de l’hébergement dans les hôtels.
Selon, Mohamed Chaïb, président du Forum des agences de voyages, précise que «face à la cherté du billet d’avion, des prix des hôtels, qui ne jouent pas le jeu, et à la réticence aux formules bivouacs, la trêve hivernale dans le sud reste destinée à une certaine catégorie de personnes qui ont les moyens pour ce type de voyage». «Même s’il y a des efforts de communication pour cibler une certaine clientèle, friande de cette formule, c’est insuffisant et l’accès à ce genre de voyage reste difficile à une grande partie des familles algériennes au vu de la cherté des prix d’avion et de l’hébergement». «Les mesures de protection contre le coronavirus sont désormais intégrées et et applicables, mais la véritable contrainte, c’est le prix des billets et de l’hébergement au niveau des hôtels», renchérit-il. Néanmoins, admet-il, «l’activité des agences de voyages a timidement repris avec un taux de plus ou moins 30%». «Les destinations de Tamanrasset, Djanet et Timimoun, connaissent en ce moment un regain d’intérêt», ajoute-t-il.
Nacéra Moumen, directrice de l’agence «Voyage du cœur», confirme que «toutes les réservations de formules de voyages organisés à destination du Sud algérien affichent complet, surtout depuis l’annonce des vacances scolaires d’hiver de trois semaines». «Selon ce que je constate chez les confrères et consoeurs de la profession, les destinations du Sud algérien sont prises d’assaut. Car le dépaysement est garanti et qu’il est devenu compliqué de voyager vers l’étranger» , explique-t-elle. «Les hôtels étatiques font des efforts sur les prix, mais cela reste assez cher pour le budget des familles algériennes avec une chambre à 9 000 DA, en plus des frais de restauration».
Par rapport au nombre insuffisant d’avions à destination des villes du Sud algérien, Mme Moumen lance un appel aux autorités concernées, notamment aux responsables d’Air Algérie, d’augmenter le nombre de vols à destination de Tamanrasset et Djanet, qui affiche déjà complet, soulevant la «nécessité de vols quotidiens et des dessertes avec des Boeing pour permettre à un plus grand nombre de personnes de prendre l’avion et non pas des ATR comme cela fait maintenant, ce qui réduit énormément le nombre de passagers». «Tous mes clients préfèrent l’avion au bus, malheureusement, je n’arrive pas à satisfaire leur demande ni à travailler de manière positive avec Air Algérie pour qu’elle puisse répondre aux besoins durant cette période des vacances scolaires d’hiver».
Quel bilan pour l’année qui s’achève ? Mohamed Chaïd estime que pour 2021 «les jeux sont faits». «Il y a une timide amélioration, mais rien de plus. C’est pour cela que l’on prépare déjà 2022 avec l’espoir d’une nette amélioration à partir du mois de mars prochain à condition que la situation sanitaire continue à se stabiliser, et aussi une véritable relance de la destination Algérie aussi bien pour le tourisme national qu’international.