L’inquiétude va grandissante à mesure que l’Aïd El Adha approche en raison de la hantise de voir la pandémie du nouveau coronavirus prendre plus d’ampleur. Tous les professionnels du secteur de la santé, tutelle, praticiens et syndicalistes ne cessent d’émettre des alertes on ne peut plus explicites quant à une éventuelle flambée post-Aïd notamment, cela d’autant que les records qui ne cessent de s’enchainer en termes de nouvelles contaminations depuis un mois, donc bien avant que la célébration de la fête du sacrifice qui pointe du nez.

Il reste que les citoyens peuvent se prémunir d’une éventuelle infection au coronavirus en observant un rigoureux suivi des règles de prévention que les professionnels de la santé ne s’en lassent pas de réitérer surtout à l’adresse des citoyens récalcitrants, les sensibilisant que non seulement ils se font courir un risque à eux-mêmes mais aussi à toute personne de leur entourage. Mais devant l’ampleur du laisser-aller qu’il est loisible de constater dans pratiquement tous les lieux publics dans nos villes, la seule sensibilisation ne semble plus suffire. Dans ce contexte, Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique du suivi de l’évolution de la pandémie, même s’il note que «l’accélération de la transmission du virus est mondiale», a tenu à appeler à «plus de rigueur dans l’application de la loi en cette situation d’accélération de la pandémie, surtout que l’Aïd approche et que cela est synonyme de regroupements et de visites familiales». Pour lui, «les autorités locales, à leur tête les walis, doivent prendre les mesures adéquates contribuant à freiner la propagation de Covid-19, comme cela a été le cas dans certaines communes de la capitale où il y a eu fermeture de nombre de commerces et de marchés pour non-respect des règles d’hygiène et de prévention». Il explique, par ailleurs, que «les cas des nouvelles contaminations sont aussi le fait d’un plus grand dépistage», sachant que des citoyens vont eux-mêmes se faire dépister».

Patients en réanimation et forme grave de Covid en hausse
Devant l’aggravation de la situation épidémiologique, le Pr Amar Tebaibia, président de la Société algérienne de médecine interne, fait d’abord un parallèle avec la situation qui a prévalu suite au déconfinement juste après l’Aïd El Fitr qui a vu une montée en flèche des contaminations, avant de recommander une plus grande fermeté dans les décisions en appelant à un «confinement d’une semaine pour éviter la circulation entre les wilayas, puisque les visites familiales (hors wilayas) se font aussi après l’Aïd». Il en appelle, néanmoins, à un plus grand sens de responsabilité de la population même s’il reconnait que «nous sommes arrivés à cette situation déplorable à cause de certains manquements au respect des gestes barrières». Ce Professeur, qui est également chef de service de médecine interne à l’hôpital Birtraria, attire, par ailleurs, l’attention qu’il y a actuellement «plus de patients Covid chez lesquels se développe une forme grave de la maladie» ainsi qu’un «plus grand nombre de personnes admises en réanimation» au niveau de son service.
Le Pr Kamel Bouzid, chef de service du Centre Pierre et Marie-Curie du CHU Mustapha-Bacha, tire, lui aussi, la sonnette d’alarme devant le nombre d’infection au coronavirus parmi le personnel soignant de son service, ce qui pourrait entrainer carrément sa fermeture. Il a fait savoir, dans un entretien à TSA, qu’outre «deux malades qui sont décédés de Covid-19» il y a «une trentaine de membres de notre personnel qui sont infectés entre médecins, infirmiers, agents de sécurité, femmes de salle…» Si cette situation venait à perdurer, «on sera obligé de fermer parce que les personnels soignants positifs vont être confinés, avec ou sans traitement. Si on perd la moitié de l’effectif, fatalement l’activité de traitement du cancer en oncologie va s’arrêter, être suspendue», a-t-il révélé. Il estime, lui aussi, que la loi doit être respectée et que les forces de l’ordre doivent intervenir. «Il faut que la force publique soit déployée pour obliger les citoyens à porter le masque dans les lieux publics. Il y a des procès-verbaux qui sont prévus y compris l’emprisonnement. La loi le prévoit. Il s’agit d’appliquer la loi», a-t-il dit.
«Le non-respect de la distanciation sociale et du port du masque a fait que les contaminations ont explosé», a ajouté Dr Bouzid, rappelant que le collectif des professeurs des sciences médicales auquel il appartient a publié une déclaration dans laquelle disant que «l’Aïd El Adha n’était pas indispensable, car à l’évidence, l’achat, le transport et la consommation (du mouton) va multiplier les risques de la pandémie du Covid-19», comme ce fut le cas après l’Aïd El Fitr. Selon lui, «la crise a bien été gérée jusqu’au 15e jour du ramadan, où on a enregistré un premier pic quand il y a eu la distribution de la semoule. Le deuxième pic a eu lieu à l’occasion de l’Aïd El Fitr et un troisième pic a eu lieu début juillet. C’est parce que les mesures barrières n’ont pas été respectées». D’où son message à la population de «respecter les gestes barrières, porter un masque et respecter les distances entre individus».