Dépasser la crise politique, dans laquelle se débat le pays depuis le 22 février dernier, doit passer inéluctablement par l’étape du dialogue. Une option à propos de laquelle il y a consensus, que ce soit de la part du pouvoir, de la classe politique, du mouvement populaire qui semble de plus en plus avancer en roue libre comme en cyclisme, en attendant d’avoir des balises sur l’orientation à prendre en fonction du rapport de force sur le terrain ou de toute autre partie susceptible d’agir dans le contexte actuel et brouillé.

En somme, tous les Algériens, sans exception, voient dans le dialogue la manière la plus civilisée de trouver une issue pacifique à une crise qui – et on ne le dira jamais assez – n’a que trop duré.
Après avoir appelé à un dialogue où «l’Etat dans toute ses composantes, y compris l’Institution militaire, ne sera pas partie prenante», le chef de l’Etat, Abdelkader Bensalah, a assuré, dans son discours à la nation prononcé le 3 juillet dernier, que «le processus de dialogue sera lancé incessamment» et que celui-ci «sera conduit et mené en toute liberté et en toute transparence par des personnalités nationales crédibles, indépendantes, sans affiliation partisane et sans ambition électorale. Des personnalités qui émergent du fait de leur autorité morale ou de leur légitimité historique, politique ou socioprofessionnelle, les rendant éligibles à l’accomplissement de cette noble mission et qui seraient de nature à les aider à conduire et à faciliter ce dialogue».
Il avait alors qualifié le dialogue d’«urgent» et «plus que nécessaire». Deux semaines plus tard, et alors que tout le monde s’accorde sur l’urgence du dialogue, la composante du panel de personnalités devant le mener n’est toujours pas connue. Les Algériens, sans nul doute, sont tous dans l’attente de savoir qui présidera, d’une certaine manière, aux destinées de leur révolution pacifique.
De leur côté, les partis politiques, les personnalités nationales, ainsi que les associations, syndicats et autres organisations s’activent, à leur manière, en intensifiant les contacts et les consultations en vue de préparer le dialogue national inclusif.
En fait, ils n’ont pas attendu que le pouvoir appelle au dialogue pour s’y mettre, mais pour bon nombre d’entre eux, faut-il le noter, ils ont commencé leurs consultations dès le début de la crise.
Même si des divergences persistent entre eux, chacun ayant sa propre vision et son mode opératoire pour une sortie de crise, il n’en demeure pas moins que des efforts forts louables sont perceptibles en ces temps de doute et d’appréhension face à l’impasse. Pour l’heure, deux grands pôle émergent, celui appelé les «Forces de l’alternative démocratique» et celui appelé les «Forces du changement», le premier ayant organisé une conférence nationale de dialogue le 26 juin dernier et le second un forum national de dialogue le 6 juillet.
Mais ces deux pôles, au-delà des divergences qui les séparent, présentent tous deux des préalables – érigés presque en principes, oserons-nous dire – sur lesquels ils disent qu’ils ne comptent pas céder avant d’aller au dialogue avec le pouvoir. Il s’agit de l’instauration d’un climat de confiance et d’apaisement, de la libération des détenus d’opinion et du départ de tous les symboles du système décrié, en commençant par le gouvernement Bedoui.
Les «Forces de l’alternative démocratique» qui, rappelle-t-on, ont dû se résoudre à tenir leur conférence de dialogue au siège du RCD faute d’obtention d’une autorisation de la part des services concernés pour une autre salle plus indiquée, ont déclaré qu’ils ne voyaient aucun inconvénient à se rencontrer avec l’autre pôle, à savoir les «Forces du changement», pour débattre sur «le dialogue et la façon dont ils voient la sortie de crise». Idem pour les «Forces du changement» qui se disent prêtes à discuter avec les «Forces de l’alternative démocratique» pour le même but. Sauf que dans la pratique, et malgré toute la bonne foi des deux blocs, les divergences semblent l’emporter sur les convergences. On serait tenté de dire que les deux blocs se regardent en chiens de faïence, alors qu’ils pourraient, selon des observateurs, arriver à aplanir leurs divergences et sortir avec une feuille de route ou une plateforme unifiée à présenter au pouvoir. Jusqu’à présent, il semble que chaque partie se contente de dire et de redire qu’elle est disposée à discuter avec l’autre, mais sans que rien de concret ne soit réalisé. Un état de fait qui a fait dire à un politologue que «les partis de l’opposition sont défaillants puisqu’ils n’arrivent pas à s’entendre et à présenter une plateforme commune au pouvoir».
En attendant que les partis de l’opposition s’entendent entre eux et que, de son côté, le pouvoir annonce la composante du fameux panel devant mener le dialogue, c’est le dialogue qui reste otage des réalisations des uns et des autres et, par conséquent, le sort de la révolution pacifique de tout un peuple.<