Le dialogue est l’option la plus sûre pour une sortie de la crise politique que vit l’Algérie depuis l’irruption du mouvement contre le régime en place, a relevé l’International Crisis Group (ICG), une organisation indépendante qui «s’emploie à prévenir les guerres et à élaborer des politiques qui construiront un monde plus pacifique», selon laquelle le pouvoir doit donner « des signes de changement».

PAR NAZIM BRAHIMI
«L’option la plus sûre et la plus sensée serait un dialogue ouvert entre le régime et les dirigeants de la manifestation sur les conditions d’une transition, globalement acceptable, reflétant les préoccupations les plus immédiates des manifestants, tout en rassurant le régime que le résultat ne conduira pas à un cycle de représailles», a estimé l’ICG dans sa dernière publication sur l’Algérie. Relevant que «créer une telle transition reviendrait à enfiler une aiguille à petits yeux», le centre a noté que «maintenant que l’Algérie s’est lancée dans son périple post-Bouteflika, il ne semble pas qu’il y ait de meilleure alternative». Pour la même source, «l’Algérie post-Bouteflika est à la croisée des chemins», ajoutant que cela «pourrait entraîner des réformes de fond et des mesures initiales pour changer le système». Crisis Group estime que les dirigeants «devront indiquer clairement que de véritables changements sont en cours : limoger les gouverneurs, dissoudre le Parlement et reporter l’élection présidentielle». Selon l’ICG, par-dessus tout, le pouvoir politique devrait engager immédiatement un dialogue avec les dirigeants de la société civile, acceptés par les manifestants, afin de parvenir à «un accord sur les grandes lignes» d’une transition politique qui permettrait de rétablir la confiance et d’éviter un cycle de violence incontrôlé. Pour l’organisation, le changement en Algérie «doit venir de l’intérieur et non de l’extérieur», estimant que «toute ingérence extérieure risque maintenant de miner la légitimité de la transition en cours».
En matière de gestion de la crise politique, Crisis Group explique que le régime «peut aussi avoir recours à ses tendances autocratiques et répressives plus habituelles», jugeant que cette dernière solution «pourrait en fin de compte aboutir à l’effondrement du système, mais à un coût humain beaucoup plus élevé». Toujours sur le registre de gestion de la crise et d’offre de solutions, ICG estime que «si le régime échouait, à savoir si les gens continuaient à se rassembler dans la rue pour réclamer une refonte complète du système, il pourrait choisir d’intensifier les mesures répressives afin de dissuader toute personne autre que les militants acharnés de participer à la campagne, puis de réprimer sévèrement le système». Mais dans l’atmosphère actuelle, ont ajouté les experts de Crisis Group, «même de telles mesures dissuasives risquent de ne pas mettre fin aux actions de masse».
Sur l’évolution du mouvement, il est noté que le «départ forcé de Bouteflika», le 2 avril, «loin de mettre fin au soulèvement, a encouragé les gens à réaffirmer leur objectif ultime». Il est aussi fait état du manque de leadership identifiable parmi les manifestants, ce qui «permet de mettre en scène une action de masse, mais pas de formuler un ensemble clair de revendications largement soutenues».
Au sujet des dernières arrestations d’hommes d’affaires, Crisis Group relève qu’«au lieu que le régime rassure les manifestants sur sa volonté de lutter contre le fléau de la corruption, qu’il s’agisse des partisans ou des opposants de Bouteflika, beaucoup pensent qu’il tente d’utiliser le prétexte d’une campagne anti-corruption pour se ressaisir, en se livrant à une campagne interne».<