Les travaux de la deuxième édition de la Conférence internationale des ONG africaines, membres de l’Ecosoc des Nations unies, se sont poursuivis hier à Alger pour la deuxième journée consécutive. Un événement qui a vu les participants se pencher sur la question de la crise migratoire en Afrique.

L’Union Africaine (UA) est, théoriquement, impliquée dans les dossiers qui préoccupent les pays africains et leurs gouvernements, y compris le problème de la migration clandestine ayant donné lieu à des conflits et des tensions entre Etats des deux rives de la Méditerranée et provoqué la montée d’un discours public de haine contre les migrants, notamment africains, tentant de gagner l’autre rive de la Méditerranée. L’occasion a été donnée, à Alger, au président du Parlement africain de la société civile, Dro Kesse Jean Claude, d’appeler l’institution panafricaine à faire preuve de « plus de fermeté » vis-à-vis de ses Etats membres, pour lui éviter d’être « faillible ». M. Kesse a invité l’UA à installer un « mécanisme de sanctions » contre les Etats qui n’adhèrent pas pleinement aux décisions de l’UA ou ne respectent pas leurs engagements.
Le président du Parlement est revenu en particulier sur le protocole de libre circulation de personnes, ratifié en juillet dernier à Kigali. Sur les 54 Etats membres, seulement 27 pays africains ont signé le protocole autorisant la libre circulation des personnes entre les pays signataires, alors que celui établissant la Zone de libre échange (ZLEC) a été signé par 44 pays. L’Algérie était parmi les Etats ayant reporté la signature dudit protocole « pour ne pas ouvrir la voie à la migration clandestine », avait expliquait le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Pour M. Kesse, le fait que des Etats membres échappent aux décisions de l’UA est un « signe de la faiblesse » de cette institution. Les Etats membres ne payent pas leurs cotisations sans qu’ils soient sanctionnés, dira M. Kesse. « L’UA ne sanctionne pas. Pourquoi voulez-vous que ses Etats membres ratifient les décisions de l’UA ou y adhèrent pleinement ?», s’exclame-t-il.
L’Algérie accusée « à tort »
C’est en ces termes que le président du Parlement africain de la société civile a réagi aux campagnes internationales menées, ces dernières années, par des médias et des ONG internationales visant l’Algérie et sa politique migratoire, notamment à l’encontre des Subsahariens. Le dernier rapport qui s’en est pris à l’Algérie est celui du rapporteur spécial de l’ONU, Felipe Gonzalez Morales, qui a appelé Alger «à cesser immédiatement les expulsions collectives de migrants vers le Niger ». Ripostant à ces déclarations, M. Kesse dira qu’« il ne s’agit pas de rapatriements racistes ou ethniques », mais d’un « raccompagnement de ces personnes vers leurs pays d’origine, suite à un partenariat conclu avec leurs pays d’origine et sous l’œil vigilant des Nations unies ». Abondant dans le même sens de prise de position aux côtés de l’Algérie, le même responsable a ouvertement défendu la vision de l’Algérie et sa politique migratoire, en exprimant ses doutes et réticences quant à la crédibilité des rapports stigmatisant l’Algérie. « Personnellement, j’estime qu’à chaque nation, sa politique qui lui permet de régler la question migratoire », ajoute notre interlocuteur. « L’Algérie est un Etat souverain qui sait pour quelles raisons elle reconduit ces migrants aux frontières », a-t-il soutenu, ajoutant que « les questions sécuritaires sont des questions internes à l’Algérie, » et que « l’Algérie sait pourquoi elle rapatrie ces personnes avec la collaboration des Nations unies et les pays d’origine des migrants ». C’est pourquoi, le Parlement africain de la société civile « soutient les efforts de l’Algérie et sa vision consistant à relever le défi de la migration et tous les défis auxquels est confronté le continent africain », expliquera-t-il.
Les pays pourvoyeur de migrants, comme ceux du Continent, « devraient travailler pour leur développement afin de pouvoir stopper le flux migratoire clandestin », prône encore M. Kesse, avant d’appeler la société civile à s’impliquer dans cette démarche. « Que les ONG participent activement au développement qui peut freiner de manière durable l’effet migratoire », martèlera-t-il.