« Il est exclu que l’Algérie ouvre une quelconque zone de rétention. Nous sommes déjà confrontés aux mêmes problèmes. Nous procédons à des reconductions, mais nous le faisons selon des arrangements que nous avons avec les pays voisins», a déclaré hier le chef de la diplomatie, dans un entretien avec RFI. En décrypté, Abdelkader Messahel

voulait dire qu’Alger n’acceptera pas d’être pour le partenaire européen un sous-traitant de la question migratoire et de la crise politique qu’elle provoque au sein des Etats membres de l’UE. Il voulait dire, également, qu’Alger n’entend pas ouvrir un canal bilatéral avec Bruxelles ou avec les pays des vingt-huit pour traiter le dossier de la migration. Et que tout échange, en ce qui le concerne, doit se faire selon le droit international et les conventions signées dans ce cadre. « Je ne m’intéresse pas directement à ce que les Européens peuvent faire. C’est leur affaire. Je crois que les Européens ont suffisamment de capacités, de moyens et d’imagination pour gérer ce genre de situation », a-t-il déclaré, coupant ainsi court face aux aspirations européennes de faire de l’Algérie un sous-traitant d’accueil des migrants. « Quand il s’agit de la migration clandestine, il faut que les choses soient bien comprises. Nous connaissons les mêmes phénomènes, nous devons lutter contre la migration clandestine, dans le cadre des conventions des Nations unies, dans le cadre de l’arrangement avec les pays d’origine et les pays de transit », a-t-il souligné, ajoutant que « c’est ce que nous faisons en tous les cas en tant qu’Algérie ». Face à la crise migratoire, de nombreux pays européens tentent de «délocaliser » la gestion de la question migratoire en cherchant des accords avec des pays tiers notamment situés sur la rive sud de la Méditerranée. Certains, à l’instar de la France, ont déjà installé des structures, notamment au Niger, pour l’examen des personnes éligibles au droit d’asile. D’autres, comme l’Italie, cherchent à établir avec les autorités libyennes des relations assez fortes pour la création de centres de rétention pour migrants clandestins. L’idée est ancienne. Elle date déjà de l’époque de la Libye de Kadhafi. Elle est ressuscitée aujourd’hui avec davantage d’acuité et de difficultés au regard de l’intensité des flux migratoires vers la Sicile et les problèmes politiques et de sécurité qu’ils créent, au point que la nouvelle élite politique au pouvoir à Rome en a fait son cheval de bataille. Pour l’Algérie, donc, selon son ministre des Affaires étrangères, il n’est pas question de camps de regroupement ou d’avant-ports d’accostage pour les migrants clandestins. C’est aux Européens de trouver une solution à une crise migratoire qui, rappelons-le, trouve ses origines largement dans la chute sanglante, en 2011, du régime de Kadhafi et la déstabilisation de la Libye auxquelles des puissances européennes ont pris part. Ce n’est pas dit, mais c’est fortement suggéré par M. Messahel, qui estime également que les critiques formulées par les ONG contre l’Algérie pour son traitement des migrants les engagent seules et que leurs critiques « ne sont pas innocentes ». « Maintenant, que l’Algérie soit critiquée, nous savons dans quel contexte on fait face aux critiques. Mais ce n’est pas innocent, c’est une campagne que certains essaient de mener contre l’Algérie », a-t-il affirmé. Ajoutant: « Nous sommes très sereins, car ce que nous faisons, nous le faisons dans le cadre du respect de nos lois. Nous le faisons dans le cadre du respect de la dignité humaine et nous le faisons dans le cadre de la concertation avec les pays de transit. » Rappelons que l’Algérie avait vivement réagi en mai dernier à la succession d’accusations et de critiques émanant d’ONG et même du Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies qui l’ont accusée de « rapatriements arbitraires et massifs » de migrants. Pour Alger, il s’agit d’« une campagne malveillante ». <