Au moment où la plupart des partis de la mouvance des Frères musulmans algériens s’activent dans le jeu des alliances et du regroupement, le mouvement El Islah semble entamer un nouveau cycle de crise, jusqu’ici resté dans l’anonymat.

En effet, l’arrivée en 2015 du député Filali Ghouini à la tête du secrétariat général d’El Islah en remplacement de Djahid Younis n’avait pas rencontré de grande résistance, du moins en apparence. Mais, dans le fond, le mouvement traversait déjà une crise qui ne disait pas son nom et qui a connu son épilogue lors du dépôt de plainte de la part du conseil consultatif présidé par Hamloui Akkouchi, un des détracteurs de Ghouini, le 10 juillet 2016.
Si la plainte a été introduite il y a six mois, le tribunal administratif de Bir Mourad Raïs n’a tranché que jeudi dernier en faveur des ex-dirigeants, à savoir Djahid Younsi et ses partisans. La sentence du gel des activités de Filali Ghouini en tant que SG du parti est applicable même si ce dernier a le droit de faire appel de la décision du tribunal administratif devant le Conseil d’Etat. Selon nos informations, le tribunal a prononcé le gel des activités du SG actuel,
Filali Ghouini, ce qui équivaut au retour à la tête de cette formation islamiste de Djahid Younis comme SG, comme l’a décidé le conseil consultatif quelques jours avant la plainte.
Cependant, il n’est pas encore sûr que ce soit le cas. En effet, les deux camps refusent jusqu’à maintenant de s’exprimer sur le sujet, alors que la confusion bat son plein. Nos tentatives de joindre les responsables des deux parties sont restées vaines. Il faut dire que la crise que traverse cette ancienne formation de Abdallah Djaballah se déroule à huis clos.
Pour rappel, c’est en 2015 que Djahid Younsi, SG de l’Islah, a démissionné lors d’un conseil consultatif extraordinaire qui a plébiscité Filali Ghouini comme nouveau SG. Ce changement a été vécu dans le calme et n’a pas été suivi d’un tapage médiatique, mais il était clair que Djahid Younsi subissait des pressions de la part des membres du conseil consultatif en raison de sa proximité avec Ali Benflis, notamment dans le regroupement appelé «Pôle du changement». D’ailleurs, une fois nommé au poste de SG,
M. Ghouini a sorti El Islah de cette coalition de partis qui ont soutenu la candidature de Benflis à l’élection présidentielle de 2014.
Entre-temps, le parlementaire opérait un rapprochement avec l’autre parti islamiste fondé par l’ex-ministre du MSP, Ammar Ghoul, alors que les cadres de l’Islah refusaient ce rapprochement à cause de la ligne politique opposée des deux partis. L’un faisant partie de l’opposition et l’autre du gouvernement. Et c’est là où le conseil consultatif décide d’« un retrait de confiance à Filali Ghouini » lors d’une session en juillet 2016 à Bordj Bou Arreridj tout en le remplaçant par l’ex-SG Djahid Younsi. Le refus de Filali Ghouini de se soumettre à la décision du conseil consultatif a conduit l’affaire devant la justice quelques jours après. Maintenant que les plaignants ont eu gain de cause en première instance réussissant à neutraliser le SG Filali Ghouini, le parti semble se retrouver dans une impasse à la veille d’une échéance électorale importante. L’appel devant le Conseil d’Etat prendra encore du temps et risque de coûter très cher à cette formation politique islamiste, qui voit ses homologues de la même mouvance nouer alliances et regroupements.<