Alors que les cours du gaz naturel ont atteint des records en Europe et en Asie, les prix du pétrole ont, à leur tour, atteint des sommets inégalés depuis trois années en raison
de la décision de certains producteurs de l’électricité de se réorienter vers le brut. La demande a ainsi grimpé d’un cran, entraînant une flambée des prix pétroliers mondiaux.

Par Hakim Ould Mohamed
Les prix de référence du gaz naturel en Europe ont clôturé, la semaine dernière, à plus de 100 dollars par MWh ; un record. A l’origine de cette flambée figure la baisse des approvisionnements russes à travers le gazoduc traditionnel, le Yamal-Europe en l’occurrence ; la Russie semble se prêter au jeu de la surenchère face à une Europe indécise quant à la mise en service du Nord Stream II. Mardi dernier, les flux de gaz transportés par le Yamal-Europe ont chuté de plus de la moitié, a rapporté Reuters, citant Gazprom. Cette baisse de l’offre coïncide avec une forte demande en prévision de la saison hivernale et d’une économie mondiale en phase de rémission des conséquences désastreuses de la pandémie de la Covid-19. Ainsi, l’autre facteur contribuant à la hausse du prix du gaz est la hausse de la demande, notamment en Europe et en Asie.
Le gouvernement chinois a ordonné, vendredi, aux services publics d’électricité de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour garantir un approvisionnement suffisant en gaz, pétrole et charbon pour l’hiver. La nouvelle a immédiatement fait grimper les prix du GNL sur le marché au comptant et provoqué de nouvelles vagues sur un marché européen déjà mal alimenté. La crise du gaz, qui sévit en Europe depuis le mois dernier, oblige désormais les services publics à se tourner vers le pétrole et même le charbon après des années passées à éviter les combustibles fossiles. Cependant, ceux-ci coûtent cher aussi. En fait, comme Bloomberg l’a rapporté jeudi, certaines compagnies d’électricité européennes ont demandé de l’aide aux fournisseurs de charbon russes, mais ces derniers ont signalé qu’une augmentation importante des exportations de charbon était peu probable en raison de contraintes liées à leurs capacités de production. Si tous les services publics européens passent au charbon, cela entraînera une énorme augmentation de la demande de charbon que la Russie à elle seule ne peut pas satisfaire dans un délai aussi court. Cela nécessiterait également un approvisionnement d’autres pays, des Etats-Unis par exemple, mais la situation y est similaire partout ailleurs.

Le pétrole comme substitution au gaz
Cela a entraîné un appétit pour le pétrole brut, ce qui fait grimper davantage une demande mondiale qui semble se remettre des conséquences du choc pandémique. La forte hausse des cours du gaz à la fois sur le marché européen et asiatique, et d’un degré moindre en Amérique, a entraîné une augmentation des cours du pétrole, un combustible devenu plus compétitif, une partie de la demande dédiée à la production d’électricité et au chauffage étant susceptible de se reporter vers l’or noir cet hiver. C’est dans ce contexte tendu qu’intervient, aujourd’hui, la réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avec ses partenaires parmi les producteurs non-Opep. Certains analystes tablent sur une décision en faveur de la hausse de l’offre à l’issue de la réunion des pays siégeant dans l’Opep+. Plusieurs facteurs plaident en faveur de cette décision, dont la hausse de la demande et la crise gazière qui sévit en Europe et en Asie. Dit autrement, l’ampleur du basculement du gaz vers le pétrole va peser dans les discussions pendant cette réunion, même si le ministre saoudien du Pétrole a estimé qu’il était nécessaire d’attendre pour pouvoir estimer la demande des centrales électriques. L’autre facteur plaidant en faveur d’une hausse de la production de l’Opep+ est lié aux pressions exercées par les grands consommateurs, à savoir les Etats-Unis, la Chine et l’Inde ; le Président américain rappelant à l’Opep la nécessité de contribuer à la reprise post-Covid de l’économie mondiale. En tout état de cause, les spéculations vont bon train sur les intentions de l’Opep+ d’injecter plus de brut sur le marché. Alors que les prix sont toujours proches de la barre des 80 dollars le baril, le Brent s’échange autour de 78 dollars le baril et le WTI autour de 75 dollars le baril. Selon des délégués de l’Opep+ repris par Reuters, les pays producteurs siégeant dans l’Opep+ pourraient décider d’augmenter leur production au-delà des 400 000 barils par jour programmés. La hausse pourrait être de 200 000 à 400 000 nouveaux barils par jour en plus des 400 000 b/j programmés par la réunion de juillet dernier.
Si peu d’observateurs tablent sur un quelconque changement de politique, ils sont nombreux à croire que la crise énergétique actuelle devrait encourager les producteurs de pétrole à réagir et ouvrir davantage les vannes. Tous les regards sont désormais tournés vers l’alliance des producteurs ; les consommateurs guettent la moindre décision de nature à apaiser les tensions aussi bien sur le marché gazier que pétrolier. n