Par Hakim Ould Mohamed
Conséquence directe de la réunion de l’Opep+, tenue lundi, les prix du pétrole ont dépassé les 82 dollars, hier. L’Opep+ a refusé d’augmenter la production au-delà des 400 000 barils par jour. La décision de l’Opep+ relance ainsi de plus belle les pires craintes quant à l’approvisionnement du marché, mais aussi sur les capacités de l’Organisation d’augmenter sa production, sur fond de baisse des investissements. Exception faite de l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et la Russie, qui ont récemment augmenté leur production, les autres membres de l’alliance ont tous vu leur production chuter cette année.
Il y a un an, l’industrie pétrolière a été complètement submergée par la vague pandémique de la Covid-19 ; la demande mondiale chutant d’un plus haut de plus de 100 millions de barils par jour, entraînant une dégringolade vertigineuse des cours. Le Brent avait atteint un plus bas de 17 dollars le baril à la mi-avril 2020. Aujourd’hui, alors que l’économie mondiale se remet plus rapidement que prévu des conséquences de la pandémie, une crise énergétique profile à l’horizon et fait dire aux analystes des pronostics d’un prix pouvant atteindre 100 dollars le baril avant la fin de l’année, dans la foulée d’une réunion de l’Opep+ qui aura déçu plus d’un. L’Opep et ses alliés, dirigés par la Russie, ont décidé d’injecter 400 000 b/j par mois jusqu’à ce que leur niveau de production combiné atteigne l’offre quotidienne d’avant la pandémie. En un mois, le brut Brent est passé de 72 dollars le baril à 79 dollars, atteignant 80 dollars le baril la semaine dernière, alors que la pénurie de gaz fait rage en Europe et en Chine. Cette crise a stimulé une demande encore plus importante de pétrole, devenu une alternative moins chère pour la production d’électricité. La demande de charbon a également grimpé en flèche, même en Europe, alors que les services publics avaient du mal à trouver des matières premières pour produire de l’électricité. C’est dans ce contexte que s’est tenue la réunion de l’Opep+. Tous les pays consommateurs de brut appelaient de leurs vœux à une augmentation de l’offre pour faire face à la demande. L’Opep+ n’a pas acquiescé au vœu des principaux consommateurs, dont les Etats-Unis, suggérant que ses membres s’en tiennent au calendrier de hausse de la production, à raison de 400 000 b/j par mois, initialement arrêté. La semaine dernière, plusieurs sources de l’Opep ont déclaré à Reuters que le groupe pourrait augmenter ses approvisionnements de 800 000 barils par jour ce mois-ci.
L’industrie pétrolière victime de sous-investissement
Cependant, le groupe a décidé de garder inchangés ses niveaux de production. Selon certains analystes, l’une des raisons à l’origine du refus de l’Opep+ de relever son offre au-delà de la hausse de 400 000 barils par jour initialement décidée serait la difficulté d’obtenir un consensus quant à la mise en œuvre d’une nouvelle hausse. Celle-ci pourrait à nouveau remettre en cause la cohésion au sein du groupe, d’autant plus que certains producteurs, dont le Nigeria et l’Angola, peinent à atteindre leurs propres quotas.
L’analyste du marché, Vortexa, a signalé le mois dernier qu’il existe une disparité considérable dans la capacité d’exportation des différents membres de l’Opep+. Alors que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont augmenté leurs exportations combinées d’environ 1,9 million de barils par jour au cours des trois mois précédents, tous les autres producteurs du groupe ont enregistré une baisse des exportations depuis le début de l’année.
Les données de Vortexa suggèrent que certains membres de l’Opep ne disposent pas de capacités nécessaires pour augmenter leur production, en raison de l’état de désinvestissement que connaît leur industrie pétrolière. Ce n’est pas un hasard que le secrétaire général de l’Opep, Mohamed Barkindo, a déclaré la semaine dernière que le monde ne peut pas se permettre de sous-investir dans le pétrole. Selon lui, la récente crise énergétique devrait être une preuve suffisante que le monde dépend toujours des combustibles fossiles. «La crise énergétique en Europe et dans de nombreuses régions du monde est un signal d’alarme», a déclaré Mohamed Barkindo, cité par The Wall Street Journal, soulignant que «tout revient à la question des investissements dans le secteur pétrolier et gazier».
Cela suggère que de nombreux membres de l’Opep souffrent d’un sous-investissement chronique, aggravé par les conséquences de la pandémie de l’année dernière.
Les banques sont devenues moins disposées à financer des projets pétroliers et gaziers et plusieurs compagnies se sont déjà engagées sur la voie de la transition énergétique. La situation actuelle du marché fait craindre à certains pays consommateurs un hiver difficile compte tenu de la baisse des volumes stockés en gaz. L’Opep juge pour l’instant qu’il faille attendre et voir l’évolution de la situation avant d’intervenir.