Des troubles nocturnes et actions de violence ont été remarqués dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes tunisiennes, Tunis, Sousse et Kairouan, et plusieurs autres de l’intérieur du pays, quelques heures après l’annonce par le chef du gouvernement tunisien Hichem Mechichi d’un vaste remaniement de touchant douze ministères ceux de l’Intérieur, de la Justice et de la Santé, particulièrement.

D’autres sources avancent l’explosion sociale qui couvait depuis quelques mois, et que des brutalités policières envers un berger il y a deux jours avaient accélérée. Un remake de l’immolation de Bouazizi en octobre 2010, après que sa charrette de légumes fut saisie, le prélude à la révolution du jasmin qui allait emporter dans son sillage le président Benali et ouvrir le bal des printemps arabes qui permuteront des dirigeants et la donne dans plusieurs régimes et pays arabes.
En plein couvre-feu en raison de la situation sanitaire due à la Covid-19, des jeunes ont provoqué les forces de l’ordre brulant des pneus, fermant les routes, en lançant des pierres contre les policiers et en s’attaquant et saccageant des magasins et commerces privés ou établissements publics.
Ainsi, des affrontements entre des jeunes de quartiers Ettadhamen et Al Intilaka relevant respectivement des gouvernorats de l’Ariana et de Tunis, et les forces de l’ordre ont éclaté. Partout, les unités sécuritaires ont riposté en jetant des gaz lacrymogènes. Ces actions se sont passées simultanément aux gouvernorats de Tunis, Kairouan, Sousse, Monastir, Siliana et le Kef.
Quinze personnes ont été arrêtées et une dizaine de cocktails Molotov, des récipients de carburant ainsi que des armes blanches ont été saisis, rapportent les sources sécuritaires locales.
Ces troubles étaient prévus et devaient faire suite au bras de fer entre les chômeurs de la région de Tataouine qui durent depuis plusieurs mois. Les fermetures des sites économiques de la région, notamment les mines de phosphate, «ne seront rouverts qu’après que les jeunes de la wilaya aient leur part dans le travail» distribué à des jeunes d’autres régions de la Tunisie.
Un des nombreux aspects de la crise économique, politique, puis sociale que traverse notre voisin de l’Est, dix ans après la chute du président Zine El Abidine Ben Ali, le 14 janvier 2011 sous la presse de la rue.

Liberté d’expression et ventre vide
D’ailleurs, le gouvernement avait, dans un souci de contrer l’explosion des cas de contamination au coronavirus, interdit tout rassemblement pour fêter la chute du régime de Benali. Faux, rétorquera l’opposition et la rue, estimant que l’interdiction des rassemblements a été décidée dans le but d’éteindre la colère qui grondait chez les jeunes où l’on enregistre jusqu’à 35 % de chômage.
La classe politique décimée, après que les cadres de l’ère Benali fut vouée aux gémonies, le terrorisme qui a porté un sérieux frein au tourisme occidental, la crise sanitaire qui l’a achevé en même temps que toute l’économie, et une inflation qui a fini par éroder le faible pouvoir d’achat des Tunisiens. Ce sont là autant de raisons qui ont fait que la Tunisie, fière de sa révolution de jasmins, qui a abouti à une liberté d’expression jamais enregistrée dans le pays, mais aussi à ce que les Tunisiens ne survivent pratiquement plus que par les emprunts auprès de divers organismes financiers et pays frère comme l’Algérie. «On peut dire ce qu’on veut, mais le ventre vide» est un leitmotiv qui revient souvent dans les discussions entre les Tunisiens et les journalistes de la presse étrangère. Le président Kais Saied, élu contre toute attente en 2019, jouit encore d’une période de grâce accordée par la population tunisienne. Mais jusqu’à quand ? Le président, «trop honnête pour faire de la politique» qui ne dispose pas d’un parti pour l’épauler et voit ses gouvernements sauter l’un après l’autre, ne voit pas un bout de tunnel salvateur.
Mardi passé, le président, en visite officielle en France, a été pris à partie à Paris par des dizaines des partisans des protestataires tunisiens, scandant “Tataouine ne baissera pas les bras”, selon des vidéos partagées sur les réseaux sociaux. Saïed leur a proposé de recevoir des émissaires des contestataires au palais présidentiel à son retour. Toutefois, et dans une interview accordée mardi à France 24, le président tunisien est revenu sur l’ébullition sociale dans son pays en excluant la «gestion sécuritaire» des manifestations. Il avait aussi appelé les jeunes chômeurs des agglomérations du Sud à proposer des «projets que l’État veillera à accompagner». De son côté, dimanche, la vigoureuse centrale syndicale tunisienne, UGTT, s’est dite, par contre, offusquée par les violences policières contre les manifestants qui «réclament légitimement leur part de développement local».