Par Hakim Ould Mohamed
Pour que le gouvernement décide de relancer l’ouverture du capital des banques publiques, cela témoigne de l’absence de solutions face à la fois à la baisse des liquidités et aux créances désormais pesantes que les banques détiennent sur les grandes entreprises publiques. L’un dans l’autre, ces deux risques font peser sur les banques les risques de faillites, alors que certaines d’entre elles étaient sauvées de justesse d’une faillite presque certaine n’était l’apport de la planche à billets en cash-flow. Il y a quelques jours, le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, annonçait à l’Assemblée la volonté de l’Etat d’ouvrir le capital de certaines de ses banques pour diversifier les ressources financières. Le plan de diversification des ressources financières inclut, selon le ministre, «des réformes visant le développement et l’amélioration des produits de la finance et des assurances islamiques, la redynamisation de la Bourse d’Alger, la promotion du rôle des banques dans l’accompagnement de l’investissement et des entreprises et l’ouverture du capital des banques publiques ainsi que l’ouverture de nouvelles banques privées». C’est la troisième fois que depuis 2000 la question de la privatisation, partielle, des banques publiques est évoquée. La première remonte à 2005 lorsque le Crédit populaire d’Algérie (CPA) devait être privatisé à hauteur de 51%, alors que la BDL devait ouvrir son capital à hauteur de 30%. Cette procédure a été aussitôt abandonnée après qu’un long chemin procédural ait été accompli. La deuxième fois que l’ouverture du capital du CPA est évoquée remonte à 2015 lorsque le gouvernement de l’époque criait sur tous les toits sa volonté d’introduire huit des entreprises publiques à la Bourse d’Alger, dont le CPA. Cependant, s’agissant de cette nouvelle annonce, faite par Aymen Benabderrahmane, le contexte est bien évidemment différent et le gouvernement y va, cette fois-ci, le couteau à la gorge. Car, après avoir suspendu la production monétaire au moyen de la planche à billets ; celle-ci avait permis d’ailleurs de renflouer nombre de banques, dont la BNA, à hauteur de 545 milliards de dinars, lui permettant d’éviter la faillite, le gouvernement se trouve au pied de mur, pris en tenailles entre l’impératif de sauver les banques publiques qui sont aussitôt retombées dans le piège de la sous-liquidité après l’arrêt de la planche à billets et les besoins de financement de l’économie, à l’heure où les disponibilités financières se réduisent comme peau de chagrin. Le gouvernement sait que la planche à billets, même si elle venait à être à nouveau actionnée, ne pourrait offrir qu’un répit de court terme face à la crise que connaît le secteur bancaire. D’où l’idée de privatiser partiellement certains des établissements publics. Cette situation que traversent les banques publiques est due essentiellement à la baisse des liquidités bancaires que même les dernières mesures de la banque centrale n’étaient en mesure d’enrayer. Dans sa dernière note de conjoncture pour le 1er trimestre de l’année, la Banque d’Algérie a indiqué que la liquidité bancaire s’est contractée de plus de 180 milliards de DA à fin mai 2020 par rapport à la fin 2019, pour passer sous le seuil de 1.000 milliards de DA. «La liquidité globale des banques a poursuivi sa baisse en 2020, passant de 1.557,6 milliards de dinars à fin 2018, à 1.100,8 milliards de dinars à fin 2019, pour atteindre 916,7 milliards de dinars à fin mai 2020, soit une contraction de la liquidité bancaire de 184,2 milliards de dinars par rapport à son niveau enregistré à fin 2019», a précisé la banque centrale dans un communiqué sur la situation économique durant le premier trimestre 2020 et les perspectives d’évolution. Cette situation de crise que traversent les banques est liée également aux rapports macro-financiers qu’ont développés les banques publiques avec certaines entreprises publiques. Ces liens au sein du secteur public ont exacerbé les risques budgétaires et de liquidités. Ainsi, les difficultés rencontrées par les entreprises publiques ont donné lieu à une contagion qui a affecté le secteur bancaire à travers la hausse des crédits non performants et des créances. <