À peine rassemblés dans une fédération nationale que les distributeurs du lait passent déjà à l’offensive ! Depuis jeudi dernier, en effet, ils observent un sit-in devant la laiterie Colaital, filiale à Birkhadem du groupe Giplait. Un sit-in qui risque très rapidement de prendre l’allure d’une grève nationale.

C’est ce que le président de la Fédération nationale des distributeurs du lait, Farid Oulmi, a signalé hier devant la laiterie de Birkhadem. Même si le problème qui oppose les deux parties ne concerne pas uniquement la crise actuelle du lait en sachet, les conséquences, elles, sur le consommateur ne sont pas des moindres, puisque la disponibilité en est affectée. Il s’agit d’une affaire plutôt interne entre les deux parties liée au bonus que la laiterie avait coutume d’attribuer aux distributeurs et qu’elle a décidé de supprimer.
D’après les distributeurs, ce bonus est une forme de remboursement des sachets de lait abîmés pendant la production. «Ce n’est pas à nous de supporter les frais des sachets de lait endommagés en raison de défauts de fabrication. C’est au producteur de le faire.
Le groupe a non seulement annulé ce bonus dans une convention établie sans nous consulter, mais de plus, il refuse tout dialogue avec nous», déplore le président de la fédération, expliquant, qu’en fait, il s’agit d’un sit-in forcé. La direction, selon lui, refuse de laisser entrer les 120 distributeurs à la laiterie tant qu’ils n’ont pas signé la convention.
«On nous refuse l’accès de la laiterie nous empêchant de prendre notre quota habituel pour le distribuer à Alger. Le groupe a même dépêché des distributeurs des filiales régionales pour alimenter la capitale en lait en sachets. Seulement, le manque en lait s’aggrave», fait-il savoir.
Il compte saisir l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) par le biais de laquelle il transmettra les revendications des distributeurs au ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche et au ministère du Commerce. «Si ces deux départements ne réagissent pas au cours de cette semaine, on ira vers une grève nationale des distributeurs de lait», menace-t-il, assurant que les distributeurs sont déterminés à faire le guet devant la laiterie le temps qu’il faudra. Ce litige avec la laiterie de Birkhadem est une occasion pour la fédération pour rebondir sur la problématique des marges bénéficiaires des distributeurs.
Elle figure, en fait, en tête de liste des revendications que les distributeurs comptent soumettre à leurs tutelles. «La première des choses que nous allons évoquer avec les pouvoirs publics en tant que fédération, est la révision de notre marge bénéficiaire, qui ne dépasse pas 0,90 centime sur un litre de lait depuis plus de vingt ans. Ce problème se pose avec plus d’acuité pour les distributeurs inter-wilayas», a-t-il signalé lors du lancement officiel, il y a une semaine, de la fédération.
Il a donné l’exemple du distributeur de Constantine qui doit parcourir plus de 100 km pour distribuer le lait à Tébessa en ne touchant que 0,90 centime par litre, «cela ne couvre même pas les frais de transport. Comment pourrait-il payer ses employés ?». C’est ainsi que, profitant de ce mouvement de protestation, il a suggéré d’augmenter la marge bénéficiaire à 2 DA. En contrepartie, les distributeurs adhèreront à la suppression du bonus et signeront la convention.