«Nous sommes dans une impasse monétaire.» C’est en ces termes que Farouk Nemouchi, économiste et expert financier, a qualifié la situation actuelle après les tentatives de la Banque centrale de libérer la liquidité bancaire à coups de plusieurs artifices mis en place courant 2020.

Par Hakim Ould Mohamed
Lors d’un Webinar organisé, lundi en fin de journée, par l’Ecole supérieure de comptabilité et de finances de Constantine, le conférencier a estimé qu’«on ne peut pas continuer indéfiniment à solliciter la Banque d’Algérie pour financer nos déficits», étant donné qu’à court terme, «nous avons épuisé tous les moyens dont disposait la Banque centrale». Pour substituer à la planche à billets, suspendue courant 2019, et quêter ainsi d’autres sources de financement sur fond de résurgence des problèmes de liquidités, a indiqué Farouk Nemouchi, «la Banque d’Algérie a versé au profit de l’Etat des dividendes pour pouvoir atténuer le déficit budgétaire». Pour faire face aux tensions apparues dès la fin 2019, le dinar a subi de nouvelles dépréciations tout au long de l’année 2020, une manière de tenter «d’augmenter les recettes libellées en dinars». Malgré la mise en veilleuse de la planche à billets, courant 2019, au profit des artifices monétaires usités durant le précédent exercice pour libérer la liquidité bancaire, «nous sommes toujours dans l’esprit de la planche à billets, car ces artifices monétaires sont destinés à faire augmenter une ressource sans contrepartie économique». «Ceci pour dire que la crise de liquidité n’est pas conjoncturelle et la Covid-19 n’a fait que l’amplifier. Malheureusement, les mesures de la Banque d’Algérie, prises courant 2020, n’ont pas amélioré la situation, ce qui appelle à une réforme globale du système financier et monétaire», estime le conférencier.
Pour expliquer les origines de la crise de liquidités que traverse le pays depuis maintenant plusieurs mois, voire plusieurs années, Farouk Nemouchi a expliqué que trois «facteurs autonomes» déterminent le niveau des liquidités sur le marché bancaire. Il s’agit, d’après lui, des réserves de change converties en monnaie nationale, les dépenses publiques de l’Etat ainsi que le mouvement des billets de banque. Le conférencier estime que les premiers signaux de la crise actuelle de liquidités sont apparus en 2016, simultanément avec la baisse des réserves de change. «Cependant, en 2017, alors que les réserves de change continuaient de baisser, les liquidités ont augmenté sous l’effet de la décision d’adopter la planche à billets comme moyen de financement», fait constater l’économiste. La décision de mette en veilleuse la planche à billets, courant 2019, a fait resurgir les tensions sur les liquidités, «ce qui a contraint l’Etat de quêter de nouveaux moyens de financement, dont la mise en place de certains artifices monétaire dès 2020 pour tenter de libérer la liquidité bancaire». Les mesures de la Banque d’Algérie prises courant 2020 aux fins de libérer la liquidité n’ont été que d’un faible impact, estime le conférencier, suggérant d’emprunter une troisième voie, à savoir le recyclage des capitaux de l’économie informelle. Pour dire l’ampleur du secteur informel, Farouk Nemouchi a fait appel aux dernières statistiques de la Banque centrale qui évaluait à 34% la part des quantités de monnaies circulant hors banques de l’ensemble de la masse monétaire. Pour pouvoir drainer ces capitaux vers les banques, Farouk Nemouchi appelle au développement de l’intermédiation bancaire et l’inclusion financière, ne sous-estimant point la contribution de la digitalisation et la bancarisation des populations et des activités économiques. «Nous avons des problèmes économiques structurels auxquels il faudra apporter des réponses structurelles à travers des réformes profondes et ambitieuses», estime l’invité de l’Ecole supérieure de comptabilité et de finances de Constantine, mettant en garde contre cette impasse monétaire et économique à laquelle est confronté le pays. «Nous sommes coincés ! La hausse des prix du pétrole peut offrir un répit, mais il est indispensable de lancer des réformes de grande ampleur», conclut-il.