En trois interventions, la Banque des banques a mis à la disposition du marché bancaire au total 700 milliards de dinars en vue de permettre aux banques commerciales de souffler et de pouvoir financer les entreprises impactées par la crise sanitaire.
Le marché financier va pouvoir mieux respirer avec la décision de la Banque des banques de réduire le taux de réserves obligatoire le portant de 6% à 3%. «Avec cette mesure, la Banque d’Algérie va pouvoir libérer 300 milliards de dinars au profit des banques commerciales. Les dépôts bancaires représentent 10 000 milliards de dinars, ramenant le taux de réserve obligatoire de 6 à 3%, veut dire permettre aux banques de conserver 300 milliards de dinars pour financer et soutenir l’économie, c’est-à-dire les entreprises, au lieu de les verser à la Banque d’Algérie», explique un spécialiste financier qui a requis l’anonymat. Il faut savoir que les banques sont tenues de verser une portion de l’argent collecté à la Banque d’Algérie. L’institut d’émission fixe le taux. Avec la pandémie Covid-19, ce taux a été ramené de 10 à 8% puis de 8 à 6% et enfin à 3%. Ce qui veut dire que la Banque d’Algérie est intervenue jusqu’ici à trois reprises pour accroître le niveau de liquidités bancaires en baisse à cause de la pandémie. Cet instrument de politique monétaire a été utilisé comme l’une des mesures de sauvegarde de l’économie et de réduction de l’impact de l’épidémie sur les banques. L’autre mesure décidée par la Banque d’Algérie en ce sens est l’activation des opérations principales de refinancement à un mois. «Avec cette décision, les banques commerciales en manque de liquidités peuvent recourir à la Banque pour se procurer des ressources financières et pouvoir rembourser par la suite à une échéance d’un mois», explique le même spécialiste. Un expert bancaire, lui, commente ainsi ces mesures : «Ces décisions vont pouvoir permettre la respiration du marché financier par de la liquidité issue des réserves obligatoires. C’est pour soutenir l’activité économique. Elles dégagent de la liquidité pour les banques, mais le problème n’est pas là. Il est plus profond. Il est structurel. Le problème de fond est comment capter l’argent de l’informel. Ce financier suggère l’introduction d’un nouveau dinar pour drainer cet argent de l’informel.» Mais l’Inde a tenté cette opération et a été un échec ? «Cela dépend de la manière dont elle a été menée. En tout état de cause, il convient d’organiser un débat de spécialistes pour identifier les voies et moyens de mobiliser cette manne et de rendre formelle l’économie parallèle», répond-il. Il fait savoir que c’est actuellement l’informel qui favorise le manque de liquidité aujourd’hui, en asséchant les ressources financières à travers leur obtention dans le circuit bancaire formel et leur détention hors du circuit bancaire, notant au passage que la Poste a la possibilité de profiter des décisions de la Banque centrale en recourant à la Banque d’Algérie pour faire face à son manque de liquidités. Dans ce registre, le ministre des Finances Aymen Ben Aberrahmane avait indiqué que ce problème de liquidité sera réglé en octobre prochain. Il convient de rappeler à cet égard que le Premier ministre Abdelaziz Djerad avait donné des instructions fermes pour régler ce problème des liquidités, sans résultat. Puisqu’en août, plusieurs localités du pays enregistraient un manque de liquidités. Espérons que cette fois la promesse sera tenue. La question est de savoir enfin si ces liquidités mises à la disposition des banques seront bien utilisées, quand on sait les limites du système bancaire national. Le problème de fond est donc également la mise en oeuvre de la réforme bancaire. Cette dernière permettra le retour à la confiance en nos institutions financières et donc d’améliorer et la collecte des ressources bancaires et l’intermédiation bancaire. Le problème aujourd’hui est que nous n’avons pas une feuille de route précise avec un agencement des étapes et un échéancier en la matière, reportant à plus tard la véritable modernisation des banques. Ce qui contribue à gripper davantage la machine économique. A très court terme, en attendant des changements profonds, il convient de débureaucratiser les banques publiques pour permettre aux entreprises d’accéder aux crédits d’exploitation afin de régler leurs problèmes de trésorerie accrus avec les effets de la pandémie Covid-19, si on veut sauver les entreprises en difficultés et préserver l’emploi. Sans cela, il est clair que le climat social sera loin d’être serein d’ici à la fin de l’année. <