La pénurie de lait risque de devenir plus grave à moins d’une prise en charge rapide de la problématique par les autorités publiques.

Par Bouzid Chalabi
A en croire Abdelwahab Ziani, président de la Confédération des industriels et des producteurs algériens (CIPA), à laquelle adhère un nombre élevé de patrons de laiterie et autres transformateurs, la crise sur la poudre de lait est profonde «au point où il y a urgence à trouver une issue avant qu’il ne soit trop tard», lance-t-il. Interpellant ainsi à nouveau les pouvoirs publics.
Faut-il encore savoir qu’au sein de la corporation de producteurs de lait et dérivés, on ne sait plus à quel saint se vouer depuis que les nombreuses doléances adressées au ministère de tutelle sont restées lettre morte. De ce fait, et à la lumière de ce qui a été soulevé lors d’un point de presse organisé par la CIPA en son siège, jeudi dernier, les opérateurs concernés sont plongés dans l’incertitude depuis que leur activités ne cessent de régresser par manque de matière première, c’est-à-dire la poudre de lait.
Non seulement le prix de la poudre de lait a connu une hausse ininterrompue, cette année, sur les marchés internationaux, passant de 2 200 euros la tonne à 3 300 euros/t, c’est aussi le film plastique servant à l’emballage du lait pasteurisé en sachet (LPS) qui est passé de 1 Da l’unité à 3 DA. Deux facteurs qui ont rendu le coût de revient au litre de lait produit plus élevé, alors que son prix est fixé par les pouvoirs publics à 25 DA. De ce constat, le patron de la CIPA s’est interrogé : «Qui va payer ce différentiel ? Qui va supporter toutes ces augmentations ?» En clair, les laiteries ne peuvent plus continuer à produire dans de telles conditions. Si elles ont continué de travailler à perte depuis le mois de septembre dernier, période où leur stocks ont commencé à s’amenuiser de façon alarmante, «c’est par souci de ne pas priver les populations d’une denrée indispensable» se rejoignent à dire les gros producteurs qui font dans le HUT (Tetrapack) du lait, petit-lait et lait caillé. Ces derniers confiant que leurs chaînes de production tournent depuis quelques semaines à 50% de leurs capacités. «Un taux appelé à fléchir considérablement dans les jours qui viennent dans l’attente d’un l’arrêt complet si, d’ici là, un dispositif d’approvisionnement n’est pas mis en place dans l’urgence», alerte-t-on du côté des sociétés Soummam et Candia. Il faut savoir dans la foulée que si ces dernières se sont maintenues en activité tant que bien que mal, c’est pour la simple raison qu’elles usent du lait cru qu’elles récoltent auprès des éleveurs bovins laitiers. Ceux-là même en baisse de production par l’effet de la cherté de l’aliment indispensable à la bonne conduite de leur élevage et surtout garantir un niveau de traite rentable». En résumé, la «conjugaison simultanée du manque de poudre de lait et du lait cru pousse au désarroi les opérateurs qui se consacrent à la production de lait et dérivés», affirme le président de la CIPA. Abondant dans ce sens, «en dépit de leurs appels adressés au ministère de l’Agriculture pour lever la suspension de la dérogation sanitaire d’importation (DSI) dans les plus brefs délais, la tutelle a promis mais jusqu’ici rien de concret n’est venu apaiser leurs inquiétudes», a-t-il déploré. Et de poursuivre que «devant ce constat amer et dans l’objectif de se faire entendre, nous avons décidé de saisir le ministère des Finances, seul habilité, à allouer un budget spécial pour financer les importations d’urgence».
Notons enfin que la CIPA compte prendre attache avec le ministère pour débattre la question de la crise de la poudre de lait et, le cas échéant, prendre les mesures qui s’imposent. C’est du moins ce qu’espèrent les producteurs, car au-delà de leur reprise d’activité à des niveaux appropriés, ce sont des centaines d’emplois qui sont en jeu, sans parler d’autres désagréments notamment chez les familles dans le besoin de lait infantile sont impératifs. La balle est donc dans le camp du gouvernement. Et donc à l’Exécutif d’intervenir dans les délais.