Dans une analyse publiée vendredi, l’économiste en chef de la Banque mondiale pour la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), Rabah Arezki, estime qu’il est temps d’investir dans la transparence et dans une meilleure gouvernance pour rétablir la confiance avec les citoyens.

« Partout dans le monde arabe – en Algérie, en Égypte, en Jordanie, au Koweït, au Liban et en Irak – des citoyens sont de nouveau descendus dans la rue. Bien que les événements déclencheurs des manifestations varient d’un pays à l’autre, de même que leur intensité, la cause fondamentale commune est une méfiance généralisée à l’égard du gouvernement », estime, d’emblée, l’économiste en chef de la Banque mondiale, soulignant la nécessité d’importants changements économiques et sociaux pour stimuler la croissance économique et créer les centaines de millions d’emplois nécessaires pour employer les jeunes qui entreront sur le marché du travail au cours des prochaines décennies.
« Pourtant, peu a été fait pour répondre à ces besoins », estime Rabah Arezki, jugeant que la croissance en 2019 a été « médiocre (2,2%) » et loin de répondre aux défis auxquels sont confrontés les pays de la région MENA. Au plan politique, compte tenu de la méfiance qui règne actuellement à l’égard des gouvernements arabes, les principales priorités devraient être d’éliminer la corruption par une transparence radicale au sein du gouvernement. « Les aspirations croissantes d’une population arabe très instruite et jeune contrastent avec la piètre performance des gouvernements à moderniser leur économie et à créer des emplois. L’incapacité des gouvernements arabes à fournir des services publics de qualité et abordables, conjuguée au phénomène de la corruption, exacerbe la méfiance des citoyens », estime Rabah Arezki. Cet expert de l’institution de Bretton Woods recommande une nouvelle approche en matière de réformes, étant donné que les approches testées jusqu’ici ont été accompagnées par des oppositions, quelquefois violentes. « Une nouvelle approche de la réforme est donc nécessaire pour tenir compte de la dynamique du contrat social en constante évolution entre les élites (politiques et économiques) et le peuple. La réforme des subventions à la consommation ne peut être envisagée indépendamment des subventions implicites aux producteurs, y compris aux entreprises publiques inefficaces et à l’accès exclusif aux marchés publics par les copains », fait constater l’économiste. Concernant la détérioration du paramètre de confiance envers les gouvernants, l’économiste de la Banque mondiale estime que l’incapacité de nombreux gouvernements arabes à fournir des services de base fiables tels que l’électricité, l’eau, la gestion des déchets, les transports publics et les télécommunications est au cœur de la méfiance. « Alors que les subventions universelles devraient être réformées rapidement, il convient que le gouvernement améliore d’abord ses performances et encourage la concurrence dans les secteurs clés dont dépendent les citoyens. De telles réformes amélioreraient la qualité des services, ce qui permettrait de justifier plus facilement auprès des consommateurs les tarifs plus élevés qui résulteraient de la réduction des subventions ». Pour venir à bout de cette crise de confiance entre gouvernés et gouvernant, Rabah Arezki estime que la transparence et la divulgation des données sont essentielles pour réformer le secteur public et créer des mécanismes de responsabilisation pour limiter la corruption. Par exemple, le manque de transparence des marchés publics et l’incapacité à numériser les paiements et les recettes publiques encouragent les formalités administratives et la conquête des marchés par les élites ayant des liens avec le gouvernement. « De plus, une divulgation inadéquate des données et des statistiques empêche l’élaboration de politiques fondées sur des preuves et limite la capacité des gouvernements à s’autocorriger et à éviter les grosses erreurs », souligne-t-il également. En d’autres termes, le fardeau des réformes dans les pays arabes devrait incomber en premier lieu aux gouvernements pour garantir que les citoyens acceptent les charges occasionnées par les réformes transformatrices.n