Le nouveau Premier ministre libanais désigné, Najib Mikati, a promis hier mardi de former un nouveau gouvernement dans les plus brefs délais dans un pays en plein effondrement économique, à l’issue d’une journée marathon de concertations avec les principaux blocs parlementaires.

Avec une fortune estimée à 2,7 milliards de dollars selon le magazine Forbes, M. Mikati, un homme d’affaires de 65 ans, est perçu par beaucoup au Liban comme l’un des symboles d’un pouvoir accusé de corruption et de népotisme et est soupçonné d’enrichissement illicite. Le Liban est géré depuis près d’un an par le gouvernement de Hassan Diab chargé des affaires courantes après avoir démissionné dans la foulée de l’explosion gigantesque au port de Beyrouth le 4 août 2020, qui a tué plus de 200 personnes et alimenté la colère de la rue contre la classe dirigeante. Le vide institutionnel a entravé jusqu’ici tout éventuel plan de sauvetage financier pour le pays, qui a fait défaut sur sa dette en mars 2020 et a depuis sombré dans ce que la Banque mondiale qualifie d’une des crises les plus graves au monde depuis 1850. A l’issue d’une première journée de concertations, Najib Mikati a dit vouloir multiplier ses réunions avec le chef de l’Etat «afin d’aboutir à la formation du gouvernement le plus tôt possible».
«Consensus»
M. Mikati a ajouté avoir décelé «un consensus parmi tous les blocs (parlementaires) sur la nécessité d’accélérer le processus de formation du nouveau gouvernement (…) surtout dans les circonstances difficiles» actuelles. «Les droits élémentaires sont devenus désormais la priorité des revendications citoyennes, à savoir une vie décente, l’accès à l’électricité, au carburant, aux médicaments et au pain», a-t-il déploré, en allusion aux pénuries en tout genre et à l’hyperinflation. M. Mikati a rencontré les principaux partis, notamment le puissant mouvement chiite armé Hezbollah et son allié le Courant patriotique libre (CPL) de M. Aoun, un chrétien. Le député du Hezbollah, force incontournable au Liban, Mohammad Raad, a déclaré que son parti était prêt à «coopérer sérieusement» avec M. Mikati. Le CPL a lui affirmé qu’il ne participerait pas au prochain gouvernement mais qu’il ne bloquerait pas sa formation. Nommé déjà deux fois Premier ministre par le passé, Najib Mikati a été désigné lundi, quelques jours après la récusation de Saad Hariri. Il s’agit depuis fin août 2020 du troisième Premier ministre désigné pour former un gouvernement de «mission» réclamé à l’international, notamment par la France, qui a proposé l’an dernier un plan de réformes économiques et de lutte anticorruption en contrepartie d’un déblocage d’une aide financière cruciale.
Difficultés énormes
En 2019, M. Mikati a fait l’objet d’une enquête libanaise pour «enrichissement illicite». Mais celle-ci est restée sans suite. «Comment pourrai-je faire confiance à un voleur qui m’a volé et a volé l’avenir de mes enfants?», a lancé lundi Mohamad Dib, un habitant de Beyrouth âgé de 57 ans, en allusion à M. Mikati. «Tant que cette caste est toujours au pouvoir, rien ne changera.» Une grande partie de la population accuse la classe politique, inchangée depuis des décennies, de corruption, d’incompétence et d’inertie. Malgré l’urgence d’un gouvernement censé lancer des réformes pour une sortie de crise, les dirigeants ont persisté dans leurs querelles politiciennes qui ont entravé jusque-là la mise en place d’une équipe ministérielle. Et ils sont accusés de livrer la population à elle-même face à des difficultés énormes: flambée vertigineuse des prix, dégringolade historique de la monnaie nationale, paupérisation inédite, restrictions bancaires draconiennes sans précédent et graves pénuries de médicaments, de carburant, d’eau et de courant électrique. L’Electricité du Liban, symbole de la défaillance des services publics, ne peut aujourd’hui fournir qu’une poignée d’heures de courant par jour et peine à s’approvisionner en carburant, faute d’argent. Sa réforme fait partie des demandes pressantes de la communauté internationale dans le cadre d’un vaste programme d’aide. S’il réussit là où ses deux prédécesseurs ont échoué, M. Mikati devra conduire le pays vers les élections législatives prévues en principe l’an prochain. (AFP)