La pression monte en Espagne sur le gouvernement Sanchez à propos de la crise provoquée avec l’Algérie, en raison du revirement historique de sa position sur le statut du Sahara Occidental sous occupation marocaine. L’opposition espagnole, qui a déjà reproché au Premier ministre Pedro Sanchez d’avoir pris une décision unilatérale, sans consultation d’aucune partie, est revenue sur ce chaud dossier. Cette fois, c’est au niveau du Parlement qu’elle s’est exprimée.

L’opposition a encore fait entendre sa voix par l’adoption d’une motion non contraignante appelant le gouvernement espagnol à revenir sur sa décision de soutien à la position marocaine. «La motion a été adoptée avec 214 voix pour, 120 contre et 10 abstentions», a indiqué le site espagnol RTVE, jeudi, précisant que ladite motion a reçu le soutien du Parti populaire de droite (PP), Vox, Cs et des partenaires de la coalition, United We Can, et des alliés parlementaires, ERC, Bildu, PNV, Más País, Compromís et PDeCAT. En fait, le Parlement espagnol demande «le retour de l’Espagne à sa position de neutralité sur le Sahara occidental et le rétablissement d’une relation amicale avec l’Algérie».
Le représentant du Front Polisario en Espagne, Abdellah El-Arabi, a déclaré à l’APS qu’«un projet de motion sur la politique extérieure de l’Espagne, comportant 15 points, a été présenté par le groupe parlementaire du Parti populaire (PP). Le 13e point concerne le rétablissement des relations entre l’Espagne et l’Algérie et le respect de la position historique de l’Espagne vis-à-vis du Sahara occidental dans le cadre du droit international et des résolutions des Nations unies».
La crise algéro-espagnole, née suite à l’annonce, à la surprise générale y compris dans son pays, par Pedro Sanchez de son soutien à la position marocaine d’autonomie du Sahara Occidental a été vivement critiquée en Espagne où, a-t-on estimé, «rarement dans l’histoire de la diplomatie espagnole, une initiative de politique étrangère a eu des résultats aussi désastreux». La première réaction de l’Algérie suite au revirement de Sanchez le 18 mars a été de rappeler son ambassadeur à Madrid. Après avoir attendu près de 3 mois, l’Algérie a annoncé, le 9 juin, la suspension du Traité d’amitié avec Madrid. Les critiques ont alors redoublé envers Sanchez pas seulement de la classe politique mais, également, des hommes d’affaires et de patrons de sociétés espagnoles qui ont été touchés de plein fouet. L’Algérie est un partenaire économique important qui achète à l’Espagne entre 2 et 3 milliards de dollars de marchandises par an et qui est son principal fournisseur de gaz, à hauteur de 45% de ses besoins. Une situation que n’a pas manqué de relever l’ancien Premier ministre, José Maria Aznar, quelques jours avant le vote de la motion non contraignante. Il a fustigé le gouvernement actuel et mis en garde l’Espagne qu’elle allait «payer cher» la crise provoquée avec Algérie.
Les pertes seraient grandes pour la partie espagnole suite à l’annonce par des médias que l’Association des banques et établissements financiers (Abef) ait émis une note demandant aux banques de geler les transactions commerciales avec l’Espagne. Une note qui n’a pas été annoncée officiellement par l’Algérie, mais qui a suscité la réaction de l’Union européenne. Cette dernière a, en effet, réagi pour apporter son «soutien» à Madrid dans sa brouille avec Alger qui a répondu en dénonçant «le parti-pris de Bruxelles». L’Espagne a exporté vers l’Algérie pour 1,8 milliard d’euros de marchandises en 2021, contre près de 3 milliards par an avant la crise sanitaire de Covid-19. Le gouvernement espagnol est revenu à la charge, le 29 juin, par la voix de sa secrétaire d’Etat au Commerce qui a fait état d’une «paralysie quasi-totale» des opérations commerciales avec l’Algérie, tant à l’importation qu’à l’exportation, à l’exception des produits énergétiques, tout en remettant en cause les mesures prises par Alger sans en remettre les raisons qui ont conduit à la situation de crise entre les deux pays.
Il semble que ce timing ait été bien choisi pour attaquer, encore une fois, l’Algérie et faire oublier, ou du moins tenter de faire passer au second plan, le drame des migrants africains tués à la frontière maroco-espagnole à Melilla. Une sorte de «diversion» voulue au moment où des demandes d’enquêtes sur le meurtre de ces migrants fusent d’un peu partout dans le monde, de la part de gouvernements, de la classe politique et d’associations de la société civile, y compris au Maroc et en Espagne. Rabat et Madrid ont choisi de désigner l’Algérie comme bouc-émissaire dans cette affaire, Une accusation à laquelle Alger a répondu, par la voix de son ambassadeur, envoyé spécial chargé du Sahara occidental et des pays du Maghreb. Amar Belani a reproché aux autorités marocaines de n’avoir pas, entre autres, le courage «d’assumer leurs propres turpitudes» et d’être «constamment à la recherche de boucs émissaires pour se défausser de leurs responsabilités».