Portée rapidement et quasi-unilatéralement au siège de l’Union européenne, par l’Espagnol Josep Borell, lui-même chef de la diplomatie de l’UE, la décision prise par l’Algérie de couper les ponts avec l’Espagne en suspendant le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération conclu entre les deux pays en 2002, s’est invitée à l’entretien que vient d’avoir le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, avec la ministre adjointe aux Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne, Katja Keul, en visite de travail en Algérie, ainsi qu’à l’appel téléphonique reçu de la part de la nouvelle ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna.

Par Feriel Nourine
Lors des discussions bilatérales qu’a eues le chef de la diplomatie avec des représentants de deux poids lourds au sein de l’UE, la crise algéro-espagnole a pu s’offrir une parenthèse à la dimension des préoccupations qu’elle serait en train de provoquer chez les Etats européens. Mais loin de la version de Borell et de sa démarche musclée à présenter la mesure algérienne comme un danger qui nuirait à l’ensemble de l’Union en portant un coup à l’accord d’association avec l’Algérie.
D’ailleurs, les échanges avec les deux responsables allemande et française ont permis à M. Lamamra de rassurer ses interlocutrices en rappelant que la rupture décidée par l’Algérie avec l’Espagne s’inscrit dans le relationnel bilatéral entre les deux pays et ne concerne en aucun cas l’accord de partenariat conclu avec l’UE. Axé principalement sur des relations algéro-françaises que les hauts responsables des deux pays continuent à reconduire à leur étape de normalisation, après plusieurs mois de froid, l’entretien téléphonique entre la nouvelle cheffe de la diplomatie française, qui s’est déroulé lundi, est un premier contact depuis la récente prise de fonction de Mme Colonna. Les échanges entre les deux ministres ont «permis de mettre en évidence la qualité et la densité des relations algéro-françaises ainsi que les échéances importantes qui s’offrent pour en assurer la stimulation dans plusieurs domaines», indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères. «A cet égard, les deux ministres ont souligné la nécessité de poursuivre les efforts en vue de traduire les orientations stratégiques des présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron visant à bâtir un partenariat équilibré et mutuellement avantageux basé sur le respect mutuel et la coopération fructueuse». Les deux chefs de la diplomatie ont, en outre, «évoqué les derniers développements des relations algéro-espagnoles», a indiqué le Quai d’Orsay, cité par l’AFP. A ce propos, M. Lamamra a souligné que «l’Algérie attache la plus grande importance à ce que les relations entre partenaires dans l’espace méditerranéen soient conformes à la légalité internationale et mises à l’abri de toute exacerbation à travers des fuites en avant irresponsables». Les crises «au Mali et en Libye» ont également été abordées lors du même entretien, a ajouté le Quai d’Orsay.

«Conformes à la légalité internationale»
Quelques heures avant son entretien téléphonique avec son homologue française, Ramtane Lamamra a reçu la ministre adjointe aux Affaires étrangères d’Allemagne. «La rencontre a été l’occasion de procéder à un examen de l’état des relations algéro-allemandes dans les différents domaines de coopération en prévision des prochaines échéances bilatérales», indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères, rappelant que les deux pays célèbrent cette année le 60e anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Les deux responsables ont également abordé le dossier relatif à «la consolidation du partenariat entre l’Algérie et l’Union européenne (UE)», ajoute la même source. Ce qui témoigne de l’interopération différente que peut avoir la diplomatie allemande. En effet, au moment où l’Espagne tente d’embarquer l’ensemble de l’UE dans son différend avec Alger, l’Allemagne met la coopération entre l’Algérie et l’Union sur la trajectoire de la consolidation, évitant, visiblement, de se laisser entraîner dans la thèse de Josep Borell.
Ce dernier s’était précipité, dès le lendemain de la décision algérienne, à affirmer, à partir de Bruxelles, que les mesures algériennes prises à l’égard de l’Espagne constituent carrément «une violation» de l’accord d’association UE-Algérie. Dans un communiqué commun avec le vice-président de la Commission en charge du Commerce, Valdis Dombrovskis, le diplomate espagnol a qualifié cette décision «d’extrêmement préoccupante» et que «cela conduirait à un traitement discriminatoire d’un Etat membre de l’UE et nuirait à l’exercice des droits de l’Union au titre de l’accord». L’UE «est prête à s’opposer à tout type de mesures coercitives appliquées à l’encontre d’un Etat membre», n’ont pas hésité à menacer les deux responsables.
Des déclarations auxquelles l’Algérie a vite riposté, par le biais de sa représentante au sein de la Commission européenne, déplorant, entre autres, «la précipitation avec laquelle la Commission européenne a réagi sans consultation préalable, ni vérification aucune auprès du gouvernement algérien».
Mais la réponse d’Alger à Borell ne s’est pas arrêtée à cette seule mise au point. A son tour, le ministère des Affaires étrangères est monté au créneau pour recadrer le chef de la diplomatie de l’UE. «La précipitation et le parti-pris de ces déclarations mettent en évidence le caractère inapproprié de leur contenu, s’agissant d’un désaccord politique avec un pays européen de nature bilatérale n’ayant aucune incidence sur les engagements de l’Algérie à l’égard de l’UE et ne nécessitant, par voie de conséquence, nullement le déclenchement d’une quelconque consultation européenne aux fins de réaction collective», a souligné le ministère des Affaires étrangères, après avoir rappelé que la décision de suspendre Traité algéro-espagnol d’amitié, de bon voisinage et de coopération, ainsi que les échanges commerciaux entre les deux pays «répond à des considérations légitimes, qui tiennent pour l’essentiel à ce que le partenaire se soit délié d’obligations et de valeurs essentielles inscrites dans ce Traité, prenant ainsi la responsabilité de vider cet instrument juridique de sa substance et de mettre en cause sa pertinence dans les relations entre les deux parties au dit traité».
Pour rappel, la crise entre l’Algérie et l’Espagne a connu un nouveau pic de crispation, mercredi dernier, suite à la décision d’Alger de rompre ses relations avec Madrid. Une mesure prise face à un gouvernement espagnol qui refuse de faire marche arrière dans son revirement de la question du Sahara occidental, à travers lequel le Premier ministre espagnol, Perdro Sanchez, cautionne ouvertement le sinistre plan d’autonomie marocain.