Après la mise au point adressée, vendredi, par la mission de l’Algérie auprès de l’Union européenne, c’est au tour du ministère des Affaires étrangères de monter au créneau et de riposter à l’attitude de l’UE face à la décision d’Alger de rompre ses relations avec Madrid en suspendant le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération conclu entre les deux pays en 2002.

Par Feriel Nourine
Une suspension qui répond au gouvernement espagnol dans sa détermination d’assumer jusqu’au bout son revirement dans la question sahraouie et de continuer à soutenir le plan d’autonomie concocté par l’occupant marocain.
Les déclarations du chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, et du vice-président de la Commission en charge du Commerce, Valdis Dombrovskis, jugeant que les mesures algériennes prises à l’égard de l’Espagne constituent carrément «une violation» de l’accord d’association UE-Algérie, sont «hâtives» et «infondées», a répondu le département de Ramtane Lamamra, soulignant que la décision algérienne rentre dans le cadre du bilatéral et ne peut avoir aucun impact dans l’accord signé avec l’Union.
«La précipitation et le parti pris de ces déclarations mettent en évidence le caractère inapproprié de leur contenu, s’agissant d’un désaccord politique avec un pays européen de nature bilatérale n’ayant aucune incidence sur les engagements de l’Algérie à l’égard de l’UE et ne nécessitant, par voie de conséquence, nullement le déclenchement d’une quelconque consultation européenne aux fins de réaction collective», souligne le MAE dans un communiqué rendu public samedi. Le document rappelle que «la décision de suspendre le Traité algéro-espagnol d’amitié, de bon voisinage et de coopération répond à des considérations légitimes, qui tiennent pour l’essentiel à ce que le partenaire se soit délié d’obligations et de valeurs essentielles inscrites dans ce Traité, prenant ainsi la responsabilité de vider cet instrument juridique de sa substance et de mettre en cause sa pertinence dans les relations entre les deux parties audit traité».
«Parti pris» et «intrusion douteuse»
Au vu de ce constat, «le Gouvernement algérien a pris soin de préciser publiquement la portée de la mesure conservatoire qu’il a été amené à prendre pour préserver des intérêts suprêmes, d’ordre moral et stratégique du pays face à des actes attentatoires à l’objet et à la finalité du Traité», poursuit la même source.
Concernant les jugements émis par les responsables de l’UE pour donner à la décision algérienne des retombées à dimension européenne, le ministère des Affaires étrangères réagit fermement. «D’évidence, la prétendue suspension des relations commerciales et d’investissement avec l’Espagne, étalée dans lesdites déclarations officielles européennes, y est précipitamment invoquée sans aucun fondement, et les instances communautaires européennes ne disposent en l’occurrence d’aucune base juridique pour établir leur compétence en la matière», lit-on, à ce propos, dans le communiqué.
En réalité, le commissaire européen aux affaires étrangères, l’Espagnol Josep Borrell, use du statut de son pays en qualité de membre de l’UE, mais pour défendre les intérêts de l’Espagne et non ceux de l’UE, relève la même source. «Cette intrusion malencontreuse est le fait d’une personnalité manifestement commise à l’amplification des thèses de sa diplomatie nationale au détriment de la préservation des intérêts bien compris de l’UE au sein de laquelle l’Algérie s’honore de compter». Et de poursuivre que «cette intrusion est d’autant plus douteuse et paradoxale qu’elle prend la consistance d’une vaine tentative de pression sur un pays du Sud, jaloux de son indépendance nationale, lorsqu’on la compare avec la posture circonspecte de la Commission européenne dans le cas récent d’un contentieux commercial majeur concernant un Etat-clé de l’Union qui a été amené à rappeler ses ambassadeurs auprès de deux Etats développés non-européens avec lesquels il était en conflit d’intérêts».
En dépit des déclarations de Josep Borrell et de Valdis Dombrovskis, visant à mettre en alerte l’ensemble des pays de l’UE et de les entraîner dans la crise entre Alger et Madrid, le ministère des Affaires étrangères se montre rassurant, affirmant qu’«en tout état de cause, l’Algérie qui a toujours tenu ses engagements dans le cadre de son Accord d’association avec l’UE, s’attache légitimement à promouvoir tous les volets pertinents de ce cadre, dans la transparence, en dépit du caractère asymétrique de la structure des échanges commerciaux entre les deux parties et des déséquilibres empêchant le développement d’un partenariat économique mutuellement avantageux».
Dans le même sens de discours rassurant, le MAE confirme, une nouvelle fois, que les livraisons de gaz pour l’Espagne ne seront pas impactées par la décision de suspendre le traité, rappelant les engagements pris par les plus hautes autorités du pays sur ce registre.

A ce propos, «l’Algérie rejette également, comme fantaisistes et malveillantes, les insinuations et interrogations relatives à la question de l’approvisionnement de l’Espagne en gaz, alors même que le président de la République lui-même a eu à affirmer solennellement la détermination de la partie algérienne à s’acquitter de ses obligations contractuelles y afférentes», rappelle-t-on.

Les assurances d’Alger
Avant de préciser que cette question «concerne des entreprises des deux pays sur des bases strictement commerciales et ne se pose nullement dans le contexte des relations énergétiques avec les autres acquéreurs de gaz algérien dans l’espace euro-méditerranéen qui s’acquittent de leurs obligations contractuelles avec la même bonne foi que l’Algérie». Pour rappel, la décision prise mercredi dernier par l’Algérie de suspendre le Traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec l’Espagne, suivie du gel de toutes les domiciliations bancaires des opérations commerciales de et vers l’Espagne, à partir de jeudi 9 juin, a fait réagir le chef de la diplomatie de l’UE et le vice-président de la Commission en charge du Commerce, à travers un communiqué commun qualifiant cette décision d’«extrêmement préoccupante». «Nous évaluons les implications des actions algériennes», notamment l’instruction donnée aux banques «d’arrêter les transactions entre les deux pays, qui semblent être en violation de l’accord d’association UE-Algérie, en particulier dans le domaine du commerce et de l’investissement», ont-ils précisé dans le communiqué publié vendredi «Cela conduirait à un traitement discriminatoire d’un Etat membre de l’UE et nuirait à l’exercice des droits de l’Union au titre de l’accord», ont souligné les deux responsables européens, après une réunion à Bruxelles avec le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares. L’UE «est prête à s’opposer à tout type de mesures coercitives appliquées à l’encontre d’un Etat membre», ont-ils menacé. Des déclarations auxquelles l’Algérie a vite riposté, dans la soirée, déplorant «la précipitation avec laquelle la Commission européenne a réagi, sans consultation préalable, ni vérification aucune auprès du gouvernement algérien». La mission de l’Algérie auprès de l’UE a regretté que la Commission «ne se soit pas assurée que la suspension d’un Traité politique bilatéral avec un partenaire européen, en l’occurrence l’Espagne, n’affecte ni directement ni indirectement ses engagements contenus dans l’Accord d’association Algérie-Union Européenne». «S’agissant de la prétendue mesure d’arrêt par le Gouvernement des transactions courantes avec un partenaire européen, elle n’existe en fait que dans l’esprit de ceux qui la revendiquent et de ceux qui se sont empressés de la stigmatiser», a ajouté la représentation algérienne à l’UE.