La sanction prévue dans un nouveau texte de loi qui sera présentée au prochain Conseil des ministres est une peine de prison de 30 ans minimum qui pourrait aller jusqu’à la perpétuité, voire la peine capitale. La question est de savoir si cette mesure est à elle seule susceptible de permettre l’extinction des flambées des prix des produits de large consommation devenues de plus en plus périodiques.

Par Khaled Remouche
Le chef de l’Etat a de nouveau rappelé, lors d’une entrevue dimanche dernier avec des représentants de médias, sa décision de criminaliser la spéculation en matière de distribution des produits de large consommation. Lors de ses réponses, le Président de la République a précisé ses intentions concernant cette mesure, en un mot, pénalisation. «La décision est prise et j’en ai informé le ministre de la Justice et garde des Sceaux, la prochaine réunion du Conseil des ministres verra la présentation d’une loi incriminant les spéculateurs qui encourront une peine de 30 ans qui pourrait aller jusqu’à la perpétuité, voire la peine capitale. Ce durcissement des sanctions est lié, en fait, à la gravité de cette pratique qui est l’une des sources des récentes flambées des prix, notamment de la pomme de terre et du poulet, qui ont suscité la colère des ménages. Ces derniers interpellent les pouvoirs publics contre ces hausses de prix périodiques qui réduisent leur pouvoir d’achat déjà laminé ces dernières années.
En ce sens, le chef de l’Etat n’a pas mâché ses mots, pointant du doigt cette catégorie de commerçants : «L’acte de spéculation qui est commis par des intrus sans scrupules, exploités par des bandits aux fins de semer l’anarchie, des bandits animés par des motifs politiciens, sera criminalisé.» Le chef de l’Etat a ajouté que la spéculation est l’ennemi juré de l’économie nationale et du citoyen. Il a qualifié d’injustifiée la hausse récente de certains produits alimentaires. Le chef de l’Etat a cité la hausse des prix des produits alimentaires, alors que le prix de la semoule, qui est la matière première, n’a pas bougé, ainsi que l’eau et l’électricité qui entrent dans le processus de production sont toujours subventionnés.
De vrais problèmes d’organisation, de régulation et d’anticipation
Le chef de l’Etat s’est donc attaqué à ces spéculateurs eu égard aux risques que font peser ces commerçants sur la stabilité sociale, voire même la sécurité du pays. Mais il ne faut pas se leurrer, l’extinction de ces flambées des prix périodiques suppose, outre la lutte contre la spéculation, d’autres mesures aussi importantes. En particulier, il n’est pas normal qu’un kilo de pomme de terre, cédé à 40 dinars-50 dinars par l’agriculteur, soit vendu à 100 dinars-120 dinars au détail. Cette situation renvoie, rappelons-le, à la désorganisation actuelle du marché intérieur. Malgré une réglementation qui encadre les marchés de gros de fruits et légumes depuis au moins plus de deux décennies, ces enceintes commerciales sont le théâtre de maintes infractions commerciales et de la prédominance des intermédiaires dans le circuit de distribution sans que le ministère du Commerce combatte sérieusement ce phénomène.
Ces hausses de prix importantes sont également liées au problème de régulation. Les périodes de soudure en matière d’approvisionnement de la population en pomme de terre sont souvent marquées par l’incapacité du système de régulation, dit Syrpalac, du ministère de l’Agriculture, à régler le problème de déséquilibre entre l’offre et la demande. La capacité d’anticipation des crises de l’offre n’est pas en reste. Alors que des représentants de la filière avicole ont alerté à l’avance sur le risque de perturbation dans l’offre de viande blanche, les pouvoirs publics n’ont pas réagi à temps, entraînant une hausse des prix du poulet sans précédent, 500-520 dinars le kilogramme. Depuis plusieurs années, cette filière «agite le drapeau rouge» : la branche est dominée par l’informel et des aviculteurs occasionnels, sans que les autorités viennent remettre de l’ordre avec le concours des professionnels. Pourtant, une feuille de route du ministère du Commerce pour organiser la distribution de produits de large de consommation a été ficelée en décembre 2020 avec le concours des associations de consommateurs et de commerçants avec comme maîtres-mots, traçabilité et transparence dans les transactions commerciales, mais n’a jusqu’à ce jour cette dernière n’a pas connu de concrétisation sur le terrain. Il ne faut pas également occulter qu’une nouvelle culture de consommation chez les ménages pourrait améliorer les choses.
Finalement, cette situation d’anarchie, qui persiste depuis des lustres sur le marché intérieur, interpelle au premier chef le Président de la République dans un scénario où l’Etat veut réellement protéger le pouvoir d’achat des Algériens. <