La polémique suscitée en France par les récentes déclarations d’Emmanuel Macron sur les crimes coloniaux en Algérie, qu’il a qualifiés «de crimes contre l’humanité», ne s’est toujours pas estompée.

En pleine campagne pour la présidentielle, le sujet fait toujours polémique et provoque des réactions de part et d’autre. Ainsi, pour la droite, les déclarations de Macron «sont populistes» et versent «dans le révisionnisme». Le concerné, par contre, n’en démord pas. Il persiste et signe quant à la nature barbare et inhumaine de la colonisation, et ce, en porte-à-faux avec le texte voté en février 2005, par l’Assemblée nationale française, louant les bienfaits de la colonisation. Si le qualificatif de «crime contre l’humanité» est précisé dans un texte voté à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n’en demeure pas moins qu’en France, le passé colonialiste demeure toujours un sujet de débat public. Dans un dossier consacré aux déclarations de Macron par le Figaro, le candidat à la présidentielle et chef de file du mouvement En Marche riposte et souligne dans le Figaro que «cette polémique dit beaucoup de l’état dans lequel la France s’enferme : une espèce de passion mauvaise pour l’Histoire, qui consiste à n’en voir qu’une partie». Macron explique qu’il n’est «ni dans la repentance ni dans le refoulé», car, «il faut nommer ce qui a été fait de mal et reconnaître ce qui a été fait de bien». «Je ne veux pas faire d’anachronisme ni évidemment comparer cela avec l’unicité de la Shoah, mais la colonisation a bel et bien comporté des crimes et des actes de barbarie que nous qualifierions aujourd’hui de crimes contre l’humanité», insiste-t-il. Ajoutant, toutefois, que «cela ne veut pas dire que celles et ceux qui vivaient en Algérie et servaient dans l’armée française étaient des criminels contre l’humanité, car le seul responsable, c’est l’État français». Emmanuel Macron a tenu à rappeler que dans un débat public lors de sa visite en Algérie, «j’ai aussi parlé des harkis. J’ai dit ce qu’ils avaient apporté et la place qu’ils avaient en France». «Nous devons réconcilier des mémoires fracturées, celle des harkis, celle des pieds-noirs, celle des Français d’origine algérienne, celle des binationaux…», a-t-il plaidé. Soulignant que «la France est aujourd’hui bloquée par les passions tristes de son histoire». Il a estimé que cela «nous empêche d’avancer. Je revendique de ne pas être hémiplégique. La France ne l’est pas. Si on veut pouvoir la remettre en mouvement, il faut savoir la réconcilier». Interrogé toujours par le journal si ses déclarations ne risquent pas de créer de la division, notamment dans les banlieues, il a estimé qu’au contraire, «c’est la seule manière de réconcilier». «On ne peut pas expulser ce qui nous dérange. C’était exactement la même chose lors du débat sur la déchéance de nationalité. Vouloir expulser le mal de la communauté nationale et de notre Histoire, c’est quelque part vouloir se travestir soi-même», a-t-il encore dit. Il faut rappeler qu’Emmanuel Macron était en visite de deux jours, la semaine écoulée à Alger. Il a été reçu par plusieurs ministres et le FCE. Lors de sa visite, le candidat d’En Marche a multiplié les rencontres et les déclarations à la presse. Elles ont porté, principalement, sur les relations algéro-françaises, auxquelles il s’engage à donner «un caractère» exceptionnel.