Au fil des jours, les bulletins quotidiens officiels du nombre de contaminations au coronavirus confirment une décrue de la pandémie de la Covid-19 en Algérie, qui se traduit notamment par une baisse du nombre de lits d’hospitalisation des malades Covid dans les hôpitaux. Toutefois, il est à noter que le nombre de malades dans les services de réanimation ainsi que celui des décès incitent les spécialistes à lancer des appels à la vigilance et des alertes afin d’anticiper une 4e vague qui frappe déjà plusieurs pays à travers le monde.

Par Siham Bounabi
En effet, face au malheureux constat d’un relâchement des Algériens du respect des gestes barrières et une nette diminution du nombre de personnes se présentant dans les centre de vaccination anti-covid, de plus en plus de professionnels de la santé montent au créneau pour tirer la sonnette d’alarme sur le danger imminent que les chiffres du nombre de contaminations repartent rapidement à la hausse, «car le virus circule toujours et le virulent variant Delta est toujours présent».
Le Pr Yacine Kheloui, spécialiste en pneumologie, a déclaré au journaliste Ahcène Chemache de la Chaîne III de la Radio nationale que «si on veut vraiment éviter une 4e vague, il faudrait appliquer les mesures barrières avec rigueur et surtout les mesures de distanciation, qui est la plus importante à l’heure actuelle».
En effet, depuis l’allègement des mesures de confinement partiel, il est malheureusement constaté une densité de rassemblement de personnes sans aucun respect des geste basiques de prévention que ce soit au niveau des plages, des espaces de loisirs ainsi qu’à l’occasion des rassemblement familiaux lors des enterrements ou des fêtes de mariage.
Le pneumologue estime ainsi que la virulence de la 4e vague «dépendra de nous tous et de notre capacité à maintenir et à consolider les mesures préventives. J’insiste sur le respect strict de la distanciation et des mesures barrières» ; et «même si on arrive à 10 cas par jour, il est crucial de maintenir ces mesures».
Le Pr Yacine Kheloui tient à alerter que même si en ce moment malgré une lente décrue du nombre de contaminations, «le virus est toujours présent avec un fort risque d’apparition de nouveaux variants tout aussi virulents et contagieux que le Delta». Il précise à propos de la mutation du virus que «plus il se transmet, plus il se multiplie, plus il y a des chances d’avoir de nouveaux variants plus ou moins dangereux, surtout si on n’a pas vacciné massivement».
Justement, à propos des variants et à la veille de la rentrée sociale et scolaire, Dr Bendjaballah Sihem affirme, dans une intervention sur les ondes de Radio Sétif, que «lors de cette 3e vague, nous avons perdu un grand nombre de jeunes» et a souligné la nécessité de prévenir et de prendre toutes les mesures pour éviter une quatrième vague dangereuse. Elle a indiqué que dans le système de santé, nous avons besoin de plus de moyens et d’équipements afin de mieux prendre en charge les patients. Elle a, également, souligné la découverte d’un lien très fort entre la contamination par coronavirus et les douleurs osseuses. «Les douleurs ressenties au niveau des vertèbres L4 et L5, et qui peuvent se propager aux membres inférieurs, peuvent être des symptômes criants de la Covid-19», précise la spécialiste.
Dr Bendjabbalah recommande aux gens de consulter le service Covid dès que ces douleurs apparaissent. Elle rassure, en outre, qu’il n’y a pas de contre-indications lors du traitement de la Covid-19 pour les malades suivant des traitements de ces maladies. Il suffit juste de réajuster légèrement le traitement par le médecin-traitant.

Appel à la reprise en charge des malades hors Covid
Par ailleurs, face à la décrue constatée dans de nombreux centres hospitaliers, le Professeur Mohamed Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales de l’hôpital Mustapha-Bacha d’Alger, a lancé un appel pour la reprise officielle des activités de santé hors Covid, notamment la prise en charge des patients qui attendent de se faire opérer depuis des mois. Il déclare à ce propos à Ahcène Chemache que «nous sommes en train de tout faire pour la reprise de nos activités chirurgicales, notamment dans nos services de neurochirurgie et d’orthopédie, ainsi que le service de chirurgie cardiaque».
Il ajoute également : «Il s’agit d’assurer une formation des résidents en médecine, mettant en exergue l’importance de la formation pratique pour former d’excellents médecins spécialistes.»
Même si les cours théoriques ont été assurés grâce aux cours par distance, la formation en médecine a cette particularité qui est la pratique pour acquérir une expérience professionnelle sur le terrain.» Il insiste sur la nécessité de reprendre en charge les malades hors covid en martelant : «Nous sommes obligés de rouvrir nos services, moralement, scientifiquement et déontologiquement.» Face à la crainte d’une 4e vague, qui risque d’engorger les hôpitaux, le responsable à l’hopital Mustapha-Bacha affirme : «Nous avons acquis une expérience de gestion durant ces 18 mois. Et on sera prêts, tous les mécanismes sont rodés pour le redéploiement du système pour une organisation optimale pour la prise en charge des malades Covid en cas d’une 4e vague.»
Sur le même sujet, le Pr Abderhamne Sidi-Saïd, président de la Société algérienne de neurochirurgie et vice-président de la Fédération mondiale de neurochirurgie, soulève le fait que «la crise covid a éclipsé toutes les autres maladies, et notamment, certaines urgences chirurgicales». Enchaînant qu’«il est impératif de concilier aussi bien la prise en charge des malades covid mais, également, celle des malades hors covid». Il cite ainsi l’exemple des cancéreux, dont le diagnostic n’est pas établi à temps, au moment où il y a une chance de guérison, mais également des risques de complications plus lourdes pour la prise en charge du malade. Pr Abderhamne Sidi-Saïd estime ainsi que «le véritable défi, aujourd’hui, est de prendre en charge les malades covid tout en continuant à prendre en charge les maldes hors covid dont le nombre est beaucoup plus important».