Le recteur de l’Université «Saad Dahlab» de Blida Mohamed Benzina a affirmé que l’opération d’enseignement à distance approuvée par les autorités publiques pour contribuer à freiner la propagation du nouveau coronavirus se déroule à un «bon rythme», tout en soulignant la nécessité de satisfaire à quelques exigences, notamment le débit élevé d’internet, pour obtenir la pleine réponse des enseignants et étudiants à ce type d’enseignement. Durant cette période de confinement total imposé à la wilaya de Blida pour mettre un frein à la propagation de la pandémie du nouveau coronavirus, M. Benzina a déclaré que son université avait lancé l’opération d’enseignement à distance suite à la correspondance du ministre de l’Enseignement supérieur, reçue en mars dernier, précisant que les choses allaient «bon train» et que la plateforme numérique dédiée à l’opération est quotidiennement actualisée. «Nous procèderons, à partir de la semaine prochaine, au suivi des étudiants, tous niveaux et spécialités confondus, et nous songeons même à introduire, au courant du mois d’avril, les travaux pratiques (TP) et permettre ainsi aux étudiants de suivre les leçons sous forme de vidéos sur youtube par exemple», a-t-il expliqué. Affirmant que l’université était en contact permanent avec les enseignants pour s’assurer de la publication des cours et travaux dirigés (TD) sur la plateforme numérique, M. Benzina a estimé que le taux de participation dépassait les 60% pour les profs, et se situait au-delà de 50% pour les étudiants. Des étudiants de l’université Saad Dahlab, contactés par l’APS, étaient d’accord à considérer que ce type d’enseignement est «la seule solution» pour «éviter une année blanche» en cette période de confinement pour se lutter contre la propagation de l’épidémie. A ce titre, l’étudiant à la faculté de médecine, Mounir Bacha a estimé que l’enseignement à distance comporte «plusieurs avantages nous permettant d’éviter une année blanche et de profiter du temps libre afin de bien réviser les cours, tout en nous épargnant le calvaire du transport».
Le succès de l’enseignement à distance tributaire
de certaines conditions
Pour sa part, l’enseignant chercheur au sein de la même université, Abderrahmane Bouteldja, estime que l’adhésion à cette méthode, à des degrés divers, des enseignants, ainsi que l’appréhension exprimée par certains étudiants s’expliquent par plusieurs raisons, dont essentiellement, «la nouveauté de cette technique dans notre pays, d’autant plus que la majeure partie d’entre eux s’est habituée aux cours à la méthode traditionnelle, de même que la maîtrise modeste de cette méthode, par certains enseignants, en raison de leur formation insuffisante dans le domaine. Pour M. Bouteldja, le manque de moyens indispensables à l’enseignement à distance et le faible débit d’internet, sont entre autres, parmi les causes qui impactent même l’efficacité de cette méthode. En dépit des difficultés, poursuit le même enseignant, «nous devons saisir l’aubaine de cette conjoncture, pour développer et généraliser l’enseignement à distance», et ce, a-t-il ajouté, «bien que nous n’attendons pas à ce les résultats de cette méthode soient optimaux, au vu de ses difficultés, notamment dans les spécialités scientifiques et technologiques qui se caractérisent par les travaux dirigés et pratiques», car, explique l’enseignant-chercheur, «nous n’avons d’autres choix que d’œuvrer au développement de nos universités dans ce domaine, notamment à long-terme». Pour M. Megateli Smain, maître de conférence au département agronomie, l’enseignement à distance et la numérisation du système de l’enseignement, «sont excellente idée», d’autant plus que, a-t-il ajouté, «notre pays accuse un certain retard en la matière», insistant sur l’importance de «réunir, à l’avenir, toutes les conditions pour mener à bien l’enseignement à distance et le généraliser». Le même enseignant affirme même avoir consenti de grands efforts en publiant un ensemble de cours via la plateforme, mais la faible connexion internet empêche les étudiants, de consulter les documents et de télécharger les cours, a-t-il déploré avant de relever l’inexistence de contact direct entre les deux parties (enseignants et étudiants), rendant difficile la compréhension par les étudiants, de certains programmes. Toutefois, ceci n’a pas entamé la détermination de M. Megateli qui a, tout de même, créé une page facebook dédiée aux étudiants (en dehors de la plateforme),et qui a rencontré, «un grand engouement de la part des étudiants», s’en est-il félicité. Les étudiants partagent les mêmes préoccupations que leurs professeurs concernant le manque d’accès à Internet et le faible débit de la connexion, en particulier pour les étudiants qui vivent dans des zones d’ombre ou qui n’ont pas les capacités financières pour acheter un ordinateur ou un smartphone ou payer les frais de la connexion. L’étudiante en sciences informatiques, Soumaya s’est plainte, d’ailleurs, des coupures récurrentes du réseau Internet lorsqu’elle suivait ou téléchargeait les cours à partir de la plateforme, ce qui lui a rendu difficile cette méthode d’enseignement qui nécessite, selon elle, «davantage de préparation à l’avenir». Le recteur de l’université, Mohamed Benzina, a rassuré les étudiants que l’université de Blida a contacté, à travers la tutelle bien entendu, les opérateurs téléphoniques et leur a proposé de concevoir la plateforme en application téléchargeable gratuitement sur mobiles. L’opération est en débat et sera probablement bientôt mise en place, a-t-il poursuivi. Invitant l’ensemble des universitaires à accéder à la plateforme, d’autant plus que l’enseignement à distance est très récurrent dans les pays développés, alors que l’Algérie demeure à la traîne, le recteur considère qu’il est temps de se rattraper et de faire de l’enseignement à distance une option évidente tant en périodes de crise qu’ en circonstances ordinaires. n