Il est un peu plus de 16H quand les passagers du vol TK 1411 de la Turkish Airlines Istanbul-Constantine se présentent samedi aux formalités de la police des airs et des frontières de l’aéroport Mohamed-Boudiaf. Depuis l’apparition du coronavirus au mois de décembre, qui prendra le nom de Covid-19, toutes les dispositions nécessaires au contrôle sanitaire d’un vol ont été prises au niveau de tous les aéroports algériens, des dispositions qui ont souffert de quelques retards, mais qui ont été prises quand même.
Sur le vol en question, il y a, outre des Algériens, des étrangers, dont des Chinois, des Sud-Coréens, des Turcs et des Iraniens. C’est parmi ces derniers que l’œil alerte du médecin et le thermomètre à distance détecteront un cas suspect. Un Iranien présentait des symptômes de grippe. Personne ne pouvait dire laquelle, mais c’était une grippe à coup sûr ou quelque chose qui y ressemble…
La sueur abondante et le 40 de fièvre suffiront pour déclencher le plan prévu à cet effet. Le passager venait d’un pays durement touché par le Covid-19, l’Iran, et, en plus, a transité par Turin, un autre pays avec plusieurs cas avérés et des décès, puis Istanbul et enfin Constantine, pour une visite professionnelle d’un laboratoire de médicaments, apprendrons-nous plus tard. Le malade sera transféré par une ambulance «spécialisée» vers le CHU de Constantine. Nous n’en saurons pas plus sur la spécificité de cette ambulance. Il subira néanmoins quelques auscultations et palpations au niveau du «bunker» sanitaire prévu à cet effet à l’aéroport de Constantine, auparavant.
Nous aurons l’information vers 19H. C’était trop tard pour creuser un peu plus. Tous les téléphones des personnes qui pouvaient nous renseigner étaient bizarrement éteints. De ceux de la direction de la Santé à ceux du CHU.
Ce n’est que le lendemain, 1er mars, qu’on pourra joindre le chargé de communication du CHU de Constantine. Effectivement, il y avait un
Iranien soupçonné de porter le Covid-19, mais notre interlocuteur était plutôt surpris que nous ayons l’information plutôt que par le fait que le malade était en quarantaine, sous analyses, au service d’infectiologie, alors que les directives de l’OMS et du ministère de la Santé sont claires, car, entre autres, tout confinement d’une personne suspectée porteuse d’un virus doit se faire dans un édifice sans aucun contact avec un autre. Là, il y a quelque chose qui cloche, car l’espace réservé à une éventuelle quarantaine est une partie du service d’infectiologie du CHU, donc toutes les personnes n’ayant aucun rapport avec la maladie pourront être à tout moment en contact avec un élément infectant.

La longue attente
Le professeur Zoughailech, notre «collaborateur» en épidémiologie es qualité trouvera surprenant aussi le choix d’une partie d’un service de l’hôpital où travaillent quelque 4 000 personnes, avec un afflux quotidien de malades qui dépasse les 1 500 quotidiennement. Quoi qu’il en soit, il nous apprendra, après s’être informé, que le malade avait subi quelques analyses sur place qui n’ont donné aucun résultat positif. D’autres analyses, pour mettre en évidence, ou non, le Covid-19, ont été envoyées à l’institut Pasteur d’Alger dès les premières heures de la matinée du dimanche, d’où les résultats seront attendus en fin d’après-midi. Un médecin du service d’infectiologie nous rassurera quand même en évoquant « une très large probabilité une grippe saisonnière, une des séries des HN».
La messe était dite, et il ne restait plus qu’à attendre le verdict de l’Institut Pasteur. Nous essayerons d’en savoir un peu plus du côté du CHU et la DSP, mais encore une fois nos appels sonneront dans le vide, quand ce n’est pas une réunion, comme par hasard, de tous nos interlocuteurs et ce, en même temps au CHU et à la direction de la santé.
Encore une fois, ce sera le professeur Zougahilech qui sauvera la mise en nous informant, comme promis, du verdict de l’institut Pasteur. Négatif. Il nous apprendra aussi que le citoyen iranien, et après les soins pour les symptômes de sa maladie, finalement une grippe, repartira l’après-midi même, sans doute plus soulagé encore que le corps médical qui l’avait pris en charge. Notre interlocutrice du service d’infectiologie soupirera longuement et déclarera sa satisfaction eu égard à l’issue heureuse de l’affaire de l’Iranien. «Cela reste une expérience en direct que nous aurions vécu, une sorte de bataille avec des balles à blanc. Nous allons en tirer les conséquences, revoir certains aspects de la prise en charge d’éventuelles personnes contaminées et surtout essayer de trouver un autre lieu de confinement».
Nous ne terminerons pas notre «film» comme qualifié par un médecin indélicat du CHU, sans rendre un hommage appuyé à la brigade sanitaire au niveau de l’aéroport Mohamed-Boudiaf, entre médecins et aides-soignants, pour le travail remarquable qu’ils effectuent à chaque alerte épidémiologique. Nous avons eu à l’observer lors de l’épisode du SRAS en 2003 et 2004. Nous avons eu à le vérifier cette fois pour le Covid-19. «Si un virus réussit à s’introduire en Algérie, ce ne sera pas à partir de notre aéroport», nous dira pleine d’assurance une des médecins, soulagée que «leur» malade ne portait pas le virus tant redouté.