Par Nadir Kadi
Le professeur Reda Djidjik, chef de service d’immunologie au CHU de Beni Messous, a appelé hier les autorités sanitaires à mettre en place des indicateurs «vrais et solides» en vue de limiter les conséquences d’une éventuelle quatrième vague de contamination. Le responsable, interrogé par la Chaîne III, déclare en ce sens : «Je confirme que les indicateurs sont aujourd’hui au vert (…) mais nous devons profiter de cette baisse pour mieux nous organiser. Pour nous préparer à un éventuel rebond qui causerait une quatrième vague.»
Reda Djidjik estime dans cette même logique que les «chiffres» communiqués jusque-là par les autorités n’ont pas toujours étaient exacts : «La réalité du terrain était tout autre (…) J’avais dit que nous étions proches de 20 000 à 30 000 cas par jour, les données me confortent. Aujourd’hui, nous savons qu’il y a eu entre 17 000 et 20 000 hospitalisations durant la 3e vague. Si on estime que l’on a hospitalisé 5% des cas (…) on peut imaginer que nous avons eu entre 400 000 et 500 000 contaminés durant cette période.»
En effet, le spécialiste déclare en substance que la propagation du virus a été sous-estimée. Le professeur Reda Djidjik, tout en soulignant hier que toute «prévision» en matière d’épidémiologie reste aléatoire, a par ailleurs appelé à éviter de reproduire les mêmes erreurs : «Aucun spécialiste dans le monde ne peut prédire l’arrivée d’une quatrième vague (…) mais on n’est pas à l’abri d’une quatrième ou d’une cinquième vague.» Ainsi Reda Djidjik demande que la baisse actuelle du nombre de contamination et d’hospitalisation soit l’occasion de renforcer les capacités de réponse sanitaire avec la mise en place d’outils capables de donner des «indicateurs vrais et solides» quant à l’intensité et la gravité d’éventuelles nouvelles vagues. Des données qui permettraient pour le professeur de «confiner» la population : «Il faut avoir des indicateurs vrais et solides (…) Ils nous permettront de réagir rapidement. Il faut avoir cette capacité de réagir le plus vite possible pour freiner une recrudescence des cas de contamination (…) en faisant des confinements très stricts de la population.»
Une recommandation du «spécialiste» qui apparaît toutefois en totale contradiction avec le discours des autorités de santé pour qui la seule solution est la vaccination. Et à ce titre, Reda Djidjik qui reconnaît, quelques phrases plus loin, qu’actuellement, «la vaccination est le seul moyen que nous avons entre les mains pour contrôler l’épidémie», a également expliqué que «tous les vaccins» disponibles sont «sûrs et efficaces». Et cette efficacité serait avant tout individuelle «contre les formes graves» et dans une moindre mesure «contre la transmission (…) Un sujet vacciné contamine moins, il a une charge virale moindre, mais le virus continue à circuler». Et ce dernier point remet en partie en cause l’hypothèse de «l’immunité collective» qui a longtemps été défendue par les plus «grands» noms de la communauté scientifique. En ce sens, Reda Djidjik déclare : «L’objectif suprême que nous voulions est d’atteindre cette immunité collective (…) cela aurait demandé 85% de la population vaccinée pour essayer d’éradiquer la transmission du virus. Malheureusement, on s’est rendu compte que même à 85% le virus continuerait à circuler.» L’efficacité du vaccin est, dans ces conditions, en premier lieu individuelle : «La vaccination évite les formes graves de la maladie, elle empêche d’avoir des morts (…) il est démontré que les malades vaccinés ne font pas de formes graves. C’est ce que nous appelons ‘immunité individuelle’». Et cette évolution des connaissances poserait également un «problème éthique» quant à l’élargissement de la vaccination aux enfants : «La vaccination des enfants va probablement être proposée, même s’il est compliqué de l’accepter sur le plan éthique». Et plus concrètement, Reda Djidjik souligne que la vaccination de l’enfant est à l’heure actuelle «une vaccination altruiste, elle n’est pas totalement pour l’intérêt de l’enfant parce que l’on sait que les enfants ne font pas de formes graves (…) son intérêt est collectif, pour limiter la transmission aux adultes». Quant aux éventuelles nouvelles vagues que redoute le professeur, elles pourraient être causées par l’apparition de nouvelles mutations. Un processus toutefois naturel et prévisible pour ce type de virus, explique Reda Djidjik : «Dès qu’un virus ARN prolifère dans les cellules humaines, il mute de façon continue. Des milliers de contaminations surviennent, mais n’ont aucune répercussion.» Cependant, certaines de ces mutations peuvent être considérées comme «préoccupantes» dès qu’elles provoquent des «changements caractéristiques du virus (…) c’est ce type de variant qui est suivi par l’OMS». En ce sens, Reda Djidjik fait savoir que plusieurs variants sont actuellement «sous surveillance» dans le monde : «Actuellement, nous avons 4 ou 5 qui sont préoccupants», il s’agit de surveiller les changements dans leur «capacité de contagion», mais aussi leur virulence et leur capacité à «échapper à l’immunité (…), c’est-à-dire a échapper aux anticipes» naturels ou produits suite à une vaccination. <