Les établissements hospitaliers enregistrent de nouveau une hausse continue des cas de contaminations et de décès par le coronavirus. La remontée de la courbe épidémique tient l’ensemble du personnel soignant en inquiétude.

PAR INES DALI
Les inquiétudes sur un risque de reprise de la pandémie de Covid-19 en Algérie ont été exprimées par les professionnels de la santé dès l’apparition des signes avant-coureurs pouvant avoir pour conséquence une quatrième vague de la pandémie. Ces inquiétudes se sont avérées justes au vu des bilans quotidiens diffusés par le ministère de la Santé, qui mettent en évidence une hausse continue aussi bien des cas confirmés que des décès. Depuis la fin octobre, les cas confirmés du nouveau coronavirus se sont inscrits en hausse et ont commencé à grimper pour dépasser la barre de 100 cas par jour le 29 du mois avec 110 cas. Par la suite, malgré une évolution en dents de scie, le constat était que les chiffres tendaient plus vers le haut, jusqu’à atteindre 163 cas vendredi dernier. La tendance haussière s’est confirmée tout le long de cette période, faisant dire au directeur général de l’Institut Pasteur Algérie, Fawzi Derrar, que «nous sommes entrés dans la 4e vague» et que «c’était attendu».
Les décès ont, également, connu une hausse constante durant cette même période, pour dépasser la barre de cinq cas par jour au-dessous de laquelle ils s’étaient aisément installés pendant un certain temps, avant d’entamer, à leur tour, une hausse constante en se rapprochant plus de la barre de dix cas, avec 8 décès par jour parfois.
Selon le principe de la proportionnalité, «plus il y a de cas confirmés, plus il y a de cas en réanimation et plus il y a de décès», ont indiqué les spécialistes à maintes reprises. Mais ce qu’il faut distinguer actuellement, c’est que «la vaccination atténue les cas graves de la maladie de Covid-19» et «plus il y a de personnes vaccinées, moins il y a de cas en réanimation et, donc, moins de décès», ont tenté d’expliquer les professionnels du secteur pour sensibiliser et convaincre quant à la nécessité, voire l’impératif de se faire vacciner pendant la période d’accalmie de la pandémie.
Mais le constat est que la vaccination continue de piétiner faute d’adhésion de la population qui, après l’engouement dont elle avait fait preuve quand il y a eu rebond de la pandémie l’été dernier lors de la meurtrière 3e vague, a fini par se détourner de l’acte vaccinal. Cet état de fait, conjugué à la courbe ascendante des cas confirmés ont fini par faire tirer la sonnette d’alarme de toutes parts dans le secteur sanitaire. «Il y a plus de raison de penser qu’il y aura une quatrième vague que de raisons de penser le contraire», a déclaré le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, la semaine dernière, en marge de la journée sur le diabète, en donnant comme exemple l’Europe et d’autres régions dans le monde où «les informations sont quand même inquiétantes», et où «certains pays sont à la quatrième vague et d’autres à la cinquième». Il a aussi averti que les vagues qu’il y a ailleurs arrivent en Algérie dans les «six à huit semaines» qui suivent.
Mais la différence est de taille entre les vagues vécues ailleurs et celle que l’Algérie appréhende à cause de la lenteur de la vaccination anti-Covid-19 à laquelle s’ajoute un relâchement quasi-total en matière de respect des gestes barrières et autres mesures de prévention. C’est ce qu’a mis en avant le Pr Kamel Senhadji, président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), affirmant que la vague que traversent les pays européens sera «moins virulente car le taux de vaccination chez eux est de 60 à 70%». Ce qui est loin d’être le cas en Algérie où on compte quelques 11 millions de vaccinés, dont 5 millions ont reçu les deux doses du vaccin. Un nombre que le ministre de la Santé a estimé «loin de l’objectif fixé de 20 millions de personnes à vacciner d’ici à la fin de l’année en cours».

La vaccination réduit de 90% les cas confirmés et les décès
La tendance du reflux de la population quant à la vaccination devrait être inversée en faveur d’une adhésion massive, d’autant plus que plusieurs études ont manifestement plaidé pour cela. Le Pr Senhadji a indiqué, à ce propos, que des études européennes ont établi que la vaccination a permis de «réduire de 90% le taux des cas confirmés et des décès durant la quatrième vague». Ce qui lui a fait dire que «les conséquences dans les pays bien avancés dans la vaccination ne seront pas aussi graves qu’avant, en raison des taux élevés de vaccination qu’ils ont pu réaliser». Ce n’est donc pas anodin que le président de l’ANSS ait lancé un appel pressant à la population de «se faire vacciner immédiatement», ce qui permettra d’«éviter une forte hausse des cas, des formes graves du Covid et des décès». Une récente étude révélée par l’Organisation mondiale de la santé a révélé l’importance de la vaccination. Cette étude a été réalisée en Grande-Bretagne et met en lumière qu’«une personne non vaccinée a 32 fois plus de risques de mourir qu’une personne vaccinée».
Le seul rempart qui permettra d’éviter une 4e vague meurtrière, c’est la vaccination, s’accordent à dire tous les professionnels de la santé qui ont expliqué que si les décès augmentent, c’est en raison de la non-vaccination. «Le plus grand nombre de malades qui arrivent en réanimation et qui finissent par décéder sont des personnes non vaccinées», ont-ils averti. D’où, seule «une couverture vaccinale importante peut éviter qu’il y ait plus de décès», ont-ils mis en exergue.
Si la situation de hausse des cas venait à perdurer, elle mettrait inéluctablement les services hospitaliers sous pression. Même si l’augmentation des contaminations n’a été enregistrée que dans les grandes villes d’Oran, Alger et Constantine, comme indiqué la semaine dernière par le directeur général de l’IPA, il n’en demeure pas moins que la propagation du nouveau coronavirus atteigne d’autres régions. L’exemple de l’Etablissement hospitalier public (EHP) de Boufarik (wilaya de Blida) en est un. Contacté à ce propos, le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses dans cet établissement, a indiqué qu’ils enregistrent «une légère augmentation pour le moment» et soulignant qu’«il y a «des wilayas qui sont un peu plus touchées que d’autres». Il n’a pas manqué de rappeler que «c’est toujours ainsi que ça commence, comme dans les autres pays du monde», précisant que ces derniers jours, il y a une progression en termes de consultants et de malades hospitalisés.