PAR INES DALI
Les contaminations au nouveau coronavirus (Covid-19) en Algérie sont au plus bas et les décès oscillent entre un et 2 cas depuis plusieurs jours. Ce qui ne signifie absolument pas que l’épidémie est derrière nous, comme l’ont expliqué avec insistance les professionnels de la santé, recommandant prudence et vigilance à tous les niveaux. La raison est que l’Algérie n’est pas déconnectée du reste du monde où de nombreux pays font état d’une certaine inquiétude quant à une hausse des cas confirmés après la levée de pratiquement toutes les mesures de prévention.
En Algérie, la levée des restrictions sanitaires n’est pas totale et continue de se faire progressivement avec, notamment, la reprise de plusieurs vols vers l’étranger après deux ans d’arrêt. Si les professionnels de la santé se sont déclarés pour cette ouverture, il n’en demeure pas moins qu’ils ont affirmé que le contrôle aux frontières devrait se faire avec une grande fermeté, relevant que les pays qui ont levé les restrictions contrôlent leurs frontières avec rigueur.
La reprise épidémique est actuellement ressentie dans plusieurs pays. Nombreux d’entre eux ont levé les restrictions sanitaires et dans certains même le masque n’est plus obligatoire dans les lieux clos. Résultat : le Covid-19 regagne du terrain. Ainsi, alors que le monde commence à peine à souffler et que certains pays vont jusqu’à assouplir les mesures anti-Covid, les prémices d’une reprise épidémique refont surface. Mais la situation n’est pas la même partout. Si l’épidémie poursuit son reflux en Amérique et en Afrique ce n’est plus le cas en Europe. Dans plusieurs pays, il est fait état d’une reprise des cas même si celle-ci est considérée «légère pour l’instant». Il s’agit, entre autres, de la France, la Suisse, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, le Portugal, le Royaume-Uni, l’Irlande, la Finlande, selon les agences de presse.
Mais pas seulement puisque dans certains pays du monde, notamment en Asie, la situation est encore critique. La Chine a fait état, hier, de 5.280 cas de Covid-19 au cours des dernières 24 heures, soit le décompte le plus élevé depuis la toute première vague épidémique au début de 2020. «Si ces chiffres restent modestes en comparaison des bilans enregistrés ailleurs dans le monde, ils sont élevés pour la Chine qui n’a comptabilisé qu’environ 120.000 cas de Covid en tout et pour tout depuis le début de l’épidémie, dont 4 636 mortels», selon l’AFP. Depuis quelques jours, des dizaines de millions d’habitants du pays le plus peuplé du monde sont placés en quarantaine à domicile, notamment à Shenzhen et Hong Kong. Dimanche dernier, Hong Kong a enregistré près de 30.000 nouveaux cas et 190 morts. Elle a recensé en moyenne 243 morts par jour la semaine dernière. «Proportionnellement à la population, c’est de loin le plus fort taux enregistré dans le monde depuis le début de la pandémie. Les malades décédées sont majoritairement des personnes âgées, non-vaccinées dans la plupart des cas», a indiqué la même source.
Les raisons de la hausse des cas
En France, plus de 58.000 cas positifs ont été enregistrés le 10 mars, soit une augmentation de 16,5% en l’espace d’une semaine, imputée essentiellement au sous-variant BA.2 d’Omicron. Au cours de la semaine du 28 février, il représentait 52% des séquences d’Omicron. «BA.1 cède actuellement sa place à son successeur BA.2 qui prend la relève à vive allure pour constituer une nouvelle vague qui s’apprête à déferler (…) sur l’ensemble de l’Europe», a expliqué l’épidémiologiste Antoine Flahault. Pour d’autres spécialistes, le sous-variant BA.2 n’est pas le seul responsable de la reprise épidémique. Le virologue Jacques Izopet, impute davantage ce phénomène «à la levée des mesures barrières, parfois anticipées par la population».
Au Royaume-Uni, il est fait état de moins de personnes testées. Mais la reprise des cas se confirme au vu des hospitalisations signalées avec «1.200 personnes hospitalisées en moyenne chaque jour et 11.000 au total en une semaine, soit une augmentation de 16%». Le Royaume Uni, qui a renoncé même à la vaccination obligatoire de ses soignants, s’est justifié en expliquant que l’obligation a été levée après que le variant Omicron qui est devenu majoritaire avec des formes moins graves de la maladie. Dans ce pays, seul 5% du personnel soignant n’est pas vacciné. Le directeur de l’Institut de santé globale à l’Université de Genève avance encore une autre explication concernant la hausse des cas. «On peut penser que l’immunité de la population vaccinale ou liée aux infections guéries passées diminue avec le temps qui passe», a-t-il déclaré.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé 10 millions de cas confirmés de Covid dans le monde et son patron avait alors mis en garde, le 9 mars, que la pandémie était «loin d’être terminée», notant que 6 millions de personnes sont décédées deux années après avoir déclaré la maladie de Covid-19 comme pandémie. L’Organisation a mis en garde contre le fait que «plusieurs pays ont drastiquement réduit leurs tests», car «cela nous empêche de voir où se trouve le virus, comment il se répand et comment il évolue», a expliqué son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus. «Le virus continue d’évoluer et nous continuons à faire face à des obstacles majeurs dans la distribution des vaccins, des tests et des traitements partout où le besoin s’en ressent», a-t-il insisté.
Cette poussée épidémique à travers le monde pousse l’Algérie à rester sur ses gardes et ne pas encore procéder à une levée totale des restrictions sanitaires, surtout que le relâchement en matière de respect des gestes barrières est bien visible et que la vaccination n’avance pas.
Face au risque en Algérie, «la solution c’est la vaccination»
S’exprimant à ce propos, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a réaffirmé la posture de prudence prônée par le pays. «Même si les chiffres sont au plus bas ces derniers jours, nous devons tenir compte des données que nous avons ici en Algérie mais aussi de celles qui nous parviennent du reste du monde, car c’est un virus mondial», a-t-il affirmé avant-hier dans une déclaration à la presse, ajoutant que ce qui est constaté, c’est une hausse dans certains pays. «Nous avions pensé que la première vague était la dernière, que la deuxième était aussi la dernière… nous avons eu ensuite la troisième et la quatrième.
Ce qui nous intéresse le plus, c’est de nous préparer par rapport aux médicaments, à l’oxygène, ainsi que par rapport à nous équipes médicales et aux lits d’hospitalisation», a-t-il dit. De la sorte, «nous serons bien mobilisés et pourrons faire face à une éventuelle prochaine
vague si celle-ci venait à déferler, car personne ne connait vraiment comment peut évoluer
ce virus», a poursuivi le ministre, tout en lançant un énième appel à la population à aller se faire vacciner. «Nous avons un nombre important de vaccins, et les campagnes de sensibilisation en faveur de la vaccination se poursuivent. La solution c’est la vaccination», a insisté le Pr Benbouzid. <