Tout en faisant part de leur inquiétude quant au relâchement dans le respect des gestes barrières qui pourrait conduire à une propagation du variant britannique après la découverte des deux cas, les professionnels de la santé évitent de verser dans l’alarmisme et en appellent à la prise de conscience collective ainsi qu’à plus de fermeté de la part des autorités. Ils mettent toutefois en garde contre le risque d’une troisième vague si les mesures préventives ne sont pas respectées.

Les mises en gardes contre le relâchement se sont multipliées hier et les spécialistes ont attiré l’attention sur les particularités de variant britannique, surtout sa rapide propagation, sachant que de nouvelles personnes sont déclarées comme susceptibles de porter le variant britannique. «Cinq personnes soupçonnées d’être porteuses du variant du coronavirus sont placées sous observation, en attendant les résultats de leurs analyses qui seront connus aujourd’hui (hier, ndlr)», a annoncé le directeur de de l’Institut Pasteur d’Algérie, Fawzi Derar, tout en appelant à redoubler de vigilance et à renforcer les mesures de prévention pour faire barrage à la propagation de la pandémie. Cet appel a été également lancé par le Pr Kamel Djenouhat, président de la société algérienne d’immunologie qui a d’abord tenu à donner quelques éclaircissements sur la dangerosité du variant britannique.
«Ce virus a des particularités dont la plus importante est sa grande transmissibilité. Il se transmet très rapidement. Il touche aussi les sujets jeunes. Au début, on disait qu’il n’était pas plus mortel que la souche originelle, mais les dernières études ont démontré qu’il présente un taux de létalité plus élevé», a tenu à souligner le Pr Djenouhat. «Nous ne sommes heureusement que dans une situation de cas sporadiques, nous n’avons pas de clusters, mais ça démarre toujours ainsi», a-t-il mis en garde lors de son passage à la Radio nationale. Il n’a pas caché son inquiétude quant au non-respect des mesures de prévention, affirmant que «depuis l’ouverture, il y a un relâchement total de la part des citoyens, mais j’interpelle aussi les autorités qui doivent être fermes». Il estime que «même si parfois on ne peut pas appliquer la distanciation physique, le port du masque doit être obligatoire».
Avec l’apparition de nouveaux cas soupçonnés de porter le variant britannique, est-il possible d’aller vers des mesures telles que le reconfinement ? Pour le Pr Djenouhat, on ne peut pas confiner tant qu’il n’y a pas de cluster, mais ce qui est plus important à son avis, c’est que ses confrères épidémiologistes entreprennent «une tâche très importante en faisant le traçage ou le contact tracing». Il suggère également que tous les malades qui ont des symptômes de ce variant soient hospitalisés car, dit-il, «la plupart ne portent même pas de bavette lorsqu’ils sont dehors».

Une source d’inquiétude
«Les épidémiologistes doivent connaitre avec qui les deux cas de variant britannique ont été en contact, ensuite aller sur le terrain et faire des enquêtes approfondies. Il faut absolument tester toutes les personnes qui ont été en contact avec les deux cas». C’est un avis que partage le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, selon lequel «la réactivité des autorités sanitaires doit être rapide à travers l’enquête épidémiologique des personnes atteintes pour situer, tracer et isoler les éventuels cas contacts».
Les deux spécialistes estiment que le séquençage est assez faible et souhaitent le voir pratiqué sur l’ensemble de tests PCR positifs, tout en reconnaissant que cela n’est «pas rentable sur le plan épidémiologique». Abondant dans le même sens, le Pr Lyès Rahal, membre du Comité scientifique de suivi de la pandémie de coronavirus, a fait savoir que «le séquençage a été élargi à des personnes qui présentaient un doute et les résultats ont prouvé qu’elles n’avaient pas le variant britannique».
Le Pr Rahal a, lui aussi, affirmé qu’il est démontré que «le variant britannique se propage plus rapidement que la souche originelle» et que «si les mesures de prévention ne sont pas respectées rigoureusement, ça peut être réellement une source d’inquiétude». C’est pour cela, poursuit-il, que «les spécialistes continuent à dire que le port du masque, la distanciation physique et le lavage des mains sont toujours d’actualité et ce sont eux qui nous permettent de nous prémunir contre le variant». Il n’omettra pas de noter que «ces mesures doivent être, bien entendu, renforcées par la vaccination qui se poursuivra de façon progressive, et ce, jusqu’à la fin de l’année». Il appelle les citoyens à se faire vacciner et, surtout, à ne pas faire preuve de relâchement. Relevant que la situation épidémiologique est «stable» actuellement, il réitère son appel à tous les Algériens «préserver cet acquis en à se conformer aux gestes barrières et à une prise de conscience collective».

Les symptômes du variant
Le Pr Djenouhat a, par ailleurs, fait savoir que le variant présente «quelques particularités par rapport à l’expression clinique même s’il n’y a pas de symptômes nouveaux». «Les patients infectées par le variant britannique font plus de toux, plus de fièvre, plus de douleurs musculaires et plus de maux de gorge», a-t-il révélé, indiquant qu’ils font, en revanche, «moins de diminution ou de perte de l’odorat et du goût».
Selon lui, «le variant britannique n’est pas plus dangereux que le variant préexistant, mais plus dangereux par rapport au nombre de cas en soins intensifs». «Le variant se transmet plus vite, on aura alors beaucoup plus de nouveaux cas, donc bien plus de cas qui nécessitent une prise en charge en réanimation et, malheureusement, on aura beaucoup plus de décès. Finalement, on peut dire que le variant tue plus, car le nombre de décès est proportionnel au nombre de cas», a expliqué le président de l’association algérienne d’immunologie.
Pour éviter une telle situation, «ce sont les mêmes mesures préventives que nous devons suivre : le port du masque, le lavage des mains mais avec une distanciation physique plus grande», a-t-il dit, donnant l’exemple dans d’autres pays où «on est passé de 1,5 m à 2 m. Ce sont des mesures qui ont montré leur efficacité», a-t-il soutenu, tout en écartant l’éventualité d’un retour au confinement total de la wilaya d’Alger suite à l’apparition du nouveau variant britannique.
«L’objectif, maintenant, c’est de prévenir la troisième vague en maintenant les mesures de prévention. Car si on l’aura, ce sera une 3e vague des nouveaux variants qui se transmettent beaucoup plus vite et peuvent être à l’origine d’un nombre de décès beaucoup plus élevé», a encore averti ce spécialiste en immunologie. Un avertissement que le Dr Bekkat Berkani a également émis, affirmant qu’«il peut y avoir une troisième vague épidémique si les mesures préventives ne sont pas respectées».