Par Sihem Bounabi
Ces dernières semaines sont marquées par un recul du nombre de tests PCR, seuls fiables pour le diagnostic de la contamination à la Covid-19, malgré la disponibilité et la révision des prix, dont la flambée et la pénurie avaient suscité une forte polémique il y a à peine quelques mois.
En effet, après l’intervention des autorités, les laboratoires pharmaceutiques ont introduit une quantité importante de kits de tests PCR, mais la demande a nettement diminué. Face au constat de la forte baisse de l’affluence des citoyens pour les tests PCR, le Docteur Youcef Boudjedal, biologiste, chercheur en microbiologie, explique : «De plus en plus de personnes s’orientent vers les tests antigéniques, notamment à cause du prix.» Soulignant que certes, «les prix ont été plafonnés autour de 8 000 DA, mais l’érosion du pouvoir d’achat des citoyens pèse lourdement sur la balance. Les tests antigéniques sont plus demandés car moins chers et avec un certain degré de fiabilité».
Le biologiste souligne également que la «peur d’être contaminé par la Covid-19 constaté durant les moments forts de la propagation du coronavirus – où il y avait une forte demande sur les tests PCR – a disparu» et la majorité des Algériens considère aujourd’hui cette «maladie comme une simple grippe», surtout avec l’annonce de la campagne de vaccination. Il ajoute à ce sujet, justement «maintenant, la plupart des citoyens sont plus en demande de vaccin anti-Covid que de tests PCR».
Dr Youcef Boudjelal indique que même si les tests PCR restent les plus fiables pour le diagnostic de la contamination à la Covid-19, le nombre global des tests PCR a également beaucoup reculé sur le territoire national, car la plupart des laboratoires volontaires, privés ou universitaires, ont arrêté d’effectuer des tests PCR à cause de problèmes de gestion ou de manque de moyens. Les laboratoires recevaient de la part du ministère de la Santé des kits de tests PCR et effectuaient gratuitement ces tests pour les citoyens sur réquisition des Directions de la santé publique de wilaya. En ce moment, ces laboratoires ont arrêté de faire des tests parce que soit la tutelle ne leur distribue plus les tests PCR, soit il y a des problèmes de coordination avec les DSP.
Selon Dr Youcef Boudjelal, la véritable problématique aujourd’hui n’est pas dans le nombre de tests PCR effectué, mais dans le nombre de séquençages effectué sur le nombre de cas de contamination détectés, car les tests PCR ne détectent pas les variants de la souche originelle, tels que les variant anglais ou nigérien. Il explique qu’en Algérie, seul l’Institut Pasteur d’Alger est habilité à faire le séquençage des tests PCR positifs à la Covid-19 pour détecter la présence de variants. Le nombre de séquençages effectué est insuffisant pour avoir une visibilité sur les mesures à prendre telles que le confinement d’une ville ou d’une wilaya où sera détectée une forte présence de variants. Le biologiste précise à ce sujet qu’«avoir une cartographie précise et réelle de la propagation est cruciale pour juguler la propagation des variants qui sont six à sept fois plus contagieux que la souche originale de la Covid-19». Ajoutant que «malheureusement, nous n’avons pas les moyens matériels d’effectuer les séquençages nécessaires et pourtant nous avons les compétences humaines et l’Etat peut réquisitionner les professeurs de biologie qui ont le savoir-faire pour ce type d’opération». Youcef Boudjelal affirme qu’aujourd’hui, il devient plus que nécessaire d’accélérer la campagne de vaccination anti-Covid. «L’Algérie est très en retard par rapport au rythme de vaccination. Nous sommes autour de 600 000 doses qui ont été déjà distribuées, et c’est très loin des besoins nécessaires pour vacciner au moins la première catégorie de personnes ciblées, c’est-à-dire les personnes âgées et les malades chroniques». Il ajoute, certes, «une quantité importante de nouvel arrivage de doses de vaccin anti-Covid est annoncée pour la fin du mois de mai, début avril, mais il faut être conscient qu’il faudrait un minimum d’un million de nouvelles doses pour répondre à la demande et protéger les personnes les plus vulnérables, si on ne veut pas se retrouver dans une situation délicate avec la possibilité d’une troisième vague».
Une projection d’autant plus crédible, souligne Dr Youcef Boudjelal, que la majorité des citoyens ont abandonné le respect des mesures barrières comme le port de masque et la distanciation physique. L’Algérie en ce moment n’a pas l’efficacité des deux outils nécessaires de protection qui est la détection des variants et la vaccination en masse pour atteindre l’immunité collective. n