Le Conseil national d’études économiques et sociales (Cnes) a organisé, mardi, à l’Ecole nationale supérieure de management (ENSM) de Koléa une rencontre sur la prévention sanitaire, un sujet d’actualité eu égard à la pandémie de la Covid-19, et ce, dans le cadre du lancement du programme de la convention signée le mois dernier entre les deux parties.

Animée par les professeurs Mohamed Belhocine, président de la cellule de suivi des enquêtes épidémiologiques et de lutte contre la Covid-19, de Mustafa Khiati président du Forem, de Houria Ahcène-Djaballah, spécialiste en psychologie, et de Bouziane Mustafa, la rencontre s’est déroulée en présence de représentants de l’OMS et de la délégation de l’ONU ainsi que de la nouvelle wali Labiba Ouinez.
Les communicateurs ont abordé, tour à tour, la question de règles sanitaires et la politique de prévention et le comportement des citoyens en situation de crise comme cela est le cas aujourd’hui avec le nouveau Coronavirus, car, diront les animateurs, au-delà de la crise, il s’agit de drames humains qu’il faut comprendre pour mieux juguler les effets latéraux. Le professeur Belhocine, «faute de temps pour préparer une communication qui colle au sujet de la rencontre», évoquera son expérience de lutte contre le virus Ebola en Afrique noire, tout en axant son intervention sur la communication qui est, selon lui, primordiale en temps de crise. Il développera les six clefs nécessaires à une bonne communication en cas de crise sanitaire qui sont la nécessité de proclamer l’incertitude, de valider les émotions, de partager les dilemmes, de suggérer les choses à faire, de reconnaître ses erreurs et s’en excuser, tout en évitant d’être hyper-rassurant. Le professeur Khiati Mustafa, parlant de la crise sanitaire induite par le Covid-19, a expliqué le hiatus entre les recommandations des médecins et le comportement irrationnel des jeunes qui font le contraire de ce qui leur est demandé ainsi que l’attitude de certains citoyens en parlant d’échec relatif.
Houria Ahcène-Djaballah, la spécialiste en psychologie, proposera à la réflexion «le nécessaire apprentissage d’une leçon de vie», partant du principe que la pandémie vécue est un bouleversement dans tous les domaines, sanitaire, économique, social, culturel, financier, etc. Pour l’universitaire, il s’agit là d’un problème à résoudre par le biais d’une stratégie basée sur le choix, qu’on soit «du camp du virus ou celui de la vie».

Hiatus entre les recommandations des médecins et le comportement citoyen
Face à cet événement traumatique, la spécialiste expliquera à l’assistance qu’il fallait réagir, circonscrire, traiter et parer aux lourdes conséquences citées plus haut.
Les conséquences de cette épidémie ont été longuement développées par le docteur Houria Djaballah, qui propose que dans ce genre de situation, il faut reprendre la main, se recentrer, s’adapter à l’événement, ajuster son comportement pour y faire face et sauvegarder sa santé pour mieux rebondir sans trop de dégâts. Concernant la question du déni de la maladie, comme cela est le cas chez nous face à la Covid-19, la spécialiste expliquera que cette attitude est une façon de se protéger contre l’insupportable. Elle ne manquera pas de faire une remarque pertinente concernant le vocabulaire utilisé dans le cadre de la campagne de sensibilisation pour se protéger contre le virus, en proposant de parler de mesures «de protection» et non pas de mesures «barrières» qui a une connotation négative d’où, peut-être, son rejet par certains citoyens. Pour illustrer son idée, le professeur Houria Djaballah rappellera le succès connu par l’opération de sensibilisation sur le port de la ceinture de «sécurité» qui fait appel à une connotation positive, d’où l’adhésion d’un grand nombre à celle-ci.
La quatrième communication du docteur Benziane a abordé la question de la prévention sous tous ses aspects en soulignant que celle-ci est le parent pauvre de la recherche en Algérie, étant donné que celle-ci n’a pas été abordée depuis très longtemps dans des rencontres de ce type, en soulignant que la pandémie a fait prendre conscience de la nécessité de revenir à cette problématique.

La prévention meilleur moyen de protection
Pour illustrer ses propos, il développera les différentes étapes de la politique de prévention sanitaire en Algérie en citant plusieurs dates, celles des années 60 (campagne de prévention sur la malnutrition et la qualité de l’eau), celle des années 80 (consacrée à la nutrition), dans les années 90 avec le changement du régime alimentaire (le HTA, le stress, le cancer, etc.) sans oublier les nouveaux défis face aux AVC, à la pollution, aux risques chimiques induits par les pesticides…
Le communicateur conclut son intervention en rappelant que la prévention induit l’arrêt de la propagation et est le meilleur moyen de protection qui vaut mieux que la précipitation sur la recherche d’un vaccin qui est une mauvaise idée, selon lui.
Les responsables du Cnes et de l’ENSM ont promis d’autres rencontres axées sur le comportement des citoyens face aux catastrophes naturelles entres autres. Selon eux, il est impératif de conférer davantage d’intérêt à l’aspect humain dans l’élaboration des politiques publiques, afin de lutter contre les aspects négatifs dans le comportement des individus et favoriser son implication dans les décisions et initiatives prises dans différents domaines.
Il faut rappeler, qu’en début semaine, le nouveau directeur de l’Ecole nationale supérieure de management, le professeur Sahel Sidi M’hamed, a été installé comme successeur de Mme Hasna Amina Masaïd, partie à la retraite à sa demande.
L’ENSM a signé, le 06 août dernier, une convention de coopération avec le Cnes, pour la création d’une plateforme de dialogue, de concertation et de discussion entre les deux organismes, afin d’organiser des ateliers thématiques liés aux enjeux économiques et sociaux qui intéressent la société algérienne. La convention a été signée par le président du Cnes, Redha Tir, et l’ex-directrice de l’ENSM, Hasna Amina Mesaïd. «Cette plateforme sera, en premier lieu, abritée par l’ENSM, pour englober ensuite les autres pôles universitaires du pays, sur des ateliers thématiques dans le cadre du groupe de réflexion comportementale, impliquant des universitaires, des académiciens, des étudiants, des membres de la société civile, des professionnels de médias et des spécialistes étrangers issus de cercles de réflexion d’élite».
Les initiateurs de cette convention avaient expliqué, lors de la signature, que parmi les sujets qui seront abordés lors de ces rencontres, ceux ayant trait à la réflexion sur le comportement de la société et de l’individu algérien seront privilégiés en raison de leur impact direct ou indirect sur la vie économique, sociale et environnementale du pays, tels que la protection de l’enfance, la lutte contre la corruption sous toutes ses formes, la sécurité routière, la préservation de l’environnement, le gaspillage et la prévention sanitaire ainsi que l’évasion fiscale.
Ces rencontres périodiques seront dédiées et organisées en hommage posthume à des intellectuels et chercheurs algériens décédés, en reconnaissance à leurs travaux et contributions dans les domaines de leur spécialisation et ce au profit du développement et de la prospérité du pays.