Les prémices étaient là. La tendance haussière des contaminations à la Covid-19 se confirme de jour en jour. Alors que l’Algérie enregistrait moins de cinq cas quotidiens durant les derniers mois, avec parfois seulement une ou deux contaminations, l’alerte est donnée avec un nombre ayant dépassé le seuil de 70 contaminations.

Face à ce rebond inattendu, la prudence est le bouclier que préconisent la plupart des professionnels du secteur sanitaire. «On est en train de voir que le nombre de cas Covid est en train de connaître une certaine croissance quotidiennement. C’est ce que nous constatons d’ailleurs dans les structures hospitalières, où il y a beaucoup de cas positifs comparativement aux semaines précédentes», a déclaré le Pr Kamel Djenouhat, président de l’Association algérienne d’immunologie.
Mais il y a deux faits «très importants» à noter concernant la nature des cas actuels de la Covid-19, largement dominés par le sous-variant d’Omicron BA.5. Le premier, «c’est que la plupart des malades ont des symptomatologies qui ne nécessitent pas d’hospitalisation», a-t-il fait savoir, indiquant qu’il aimerait bien attirer l’attention sur le fait qu’il y a «beaucoup de personnes qui font des tests PCR parce qu’elles ont une symptomatologie digestive, croyant qu’il s’agit d’un symptôme de Covid», alors qu’en réalité, «le constat, cette fois, est que le BA.5 ne donne pas cette symptomatologie». Notre interlocuteur explique qu’«il n’y a donc pas de gastro-entérite en rapport avec le sous-variant en circulation, mais celle-ci est plus en rapport beaucoup plus avec l’alimentation».
En revanche, il faut savoir que c’est la même symptomatologie qui se manifeste généralement chez une personne infectée, et elle reste la plus fréquente. «C’est toujours le syndrome pseudo-grippal qui revient avec une fièvre très élevée, des maux de tête, une asthénie, une faiblesse musculaire», selon le Pr Djenouhat, qui estime que «ce sont, là, des points rassurants par rapport à la situation épidémique actuelle».
Le deuxième «fait important» noté par l’immunologiste est qu’il y a «vraiment très peu de malades qui nécessitent des soins intensifs». Ce qui lui fait dire que cela est rassurant et que l’Algérie est dans une situation où le nombre de nouveaux cas augmente, mais avec une plus grande proportion de cas présentant une forme légère de Covid et très peu de formes nécessitant une hospitalisation. Malgré cela, les hôpitaux restent en alerte puisqu’une instruction a été donnée par la tutelle de maintenir l’état de veille et de mobiliser les moyens humains et matériels pour se tenir prêt à toute éventualité.
Il va de soi que la prévention doit toujours rester de mise, le virus étant toujours en circulation et présentant une forte contagiosité, selon le président de l’Association algérienne d’immunologie. «Mais cela n’est pas toujours chose facile», estime-t-il. «Il est très difficile, dans une conjoncture où la symptomatologie est plutôt bénigne et pas très dangereuse, d’imposer des mesures restrictives», a-t-il affirmé à ce propos, relevant que «néanmoins, il ne faut pas oublier que nos frontières aussi bien aériennes que terrestres sont ouvertes, et pas seulement en Algérie. C’est le monde entier qui a ouvert ses frontières».

Le port du masque «surtout pour les malades Covid»

En matière de prévention, il insiste sur le port du masque car le risque d’une plus forte propagation est là. «Même si on a parlé de cette symptomatologie qui n’est pas grave, il y a toujours cette frange vulnérable de la population, composée de sujets âgés et de sujets ayant des maladies chroniques. Ces derniers peuvent faire des formes graves de Covid lorsqu’ils contractent le virus», a-t-il prévenu, soulignant que «cette population doit tout de même respecter les mesures préventives, et plus particulièrement le port du masque, surtout dans les endroits fermés». Il insiste sur le port du masque également pour les sujets jeunes qui ont une symptomatologie légère, relevant qu’il vaut mieux qu’ils mettent une bavette et respectent les autres mesures préventives pour ne pas contaminer d’autres personnes, notamment les personnes âgées et les malades chroniques.
«Actuellement, il s’agit de protéger beaucoup plus les sujets vulnérables. C’est pour cela que je dis qu’il faut que les personnes atteintes de la Covid-19 portent un masque afin qu’elles ne transmettent pas le virus. Car je sais que sur le plan psychologique, et cela est valable partout dans le monde, il n’est pas aisé d’imposer encore des mesures restrictives dans la conjoncture actuelle», a soutenu le Pr Djenouhat.
Concernant la variole du singe à propos de laquelle l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a lancé le «plus haut niveau d’alerte» avant-hier samedi, il a indiqué : «C’est comme pour la satiation épidémiologique de la Covid-19 en Algérie. Nous sommes en train de constater que l’Algérie n’est pas dans la même situation que les pays européens. Et je dirai que c’est quasiment la même chose pour la variole du singe.» Au début, a rappelé le Pr Djenouhat, c’était une maladie qui ne pouvait pas faire de cluster parce que la symptomatologie était beaucoup plus les lésions cutanées au niveau du visage, «on peut donc les constater et éviter le contact avec la personne infectée». Mais, a-t-il fait remarquer, «avec cette nouvelle variante, les lésions cutanées sont localisées au niveau de l’appareil génital externe chez l’homme, donc on ne les voit pas». Selon l’OMS, «la variole du singe n’est pas une maladie sexuellement transmissible mais, en dehors des zones endémiques, elle touche des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes à de rares exceptions près». Le constat du Pr Djenouhat est que «la plupart des clusters ou de groupes infectés sont dans cette population cible de la maladie, notamment lors des différentes festivités». Ce qui lui fait conclure qu’«il se pourrait qu’il y ait quelques cas sporadiques chez nous, mais jamais un nombre inquiétant».