C’est avec beaucoup d’émotion que le Premier ministre a répondu aux voix accusant le gouvernement de vouloir exploiter l’épidémie du coronavirus pour interdire le Hirak. Abdelaziz Djerad a qualifié d’«absurdes» ces accusations, se demandant comment des gens peuvent trouver le moyen pour avancer de tels scénarios alors que le pays fait «face à une pandémie».

«Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise face à l’absurdité ?», a réagi, hier, le chef de l’Exécutif, invité de la Chaîne III de la Radio nationale. Pour lui, entre le sublime et le ridicule il y a un pas, appelant au passage les Algériens qu’il estime «très conscients» à «faire très attention aux manipulations et aux voix qui souhaitent mener le pays vers le chaos». Se défendant, Djerad, qui se réclame d’avoir fait partie du Hirak le 22 février, pour «reconstruire ce pays», explique qu’il a accepté des responsabilités «dans des moments difficiles». Pour cela, «dire que le peuple est contre ses dirigeants est un mensonge», a-t-il appuyé.
Le Premier ministre va jusqu’à remettre en cause d’ailleurs le Hirak d’aujourd’hui comparativement à ce qu’il était au début. «Les Algériens le savent, le Hirak du 22 février n’est plus le Hirak d’aujourd’hui», a-t-il lâché, relevant «une évolution» que chacun devra «apprécier». «L’invité de la rédaction», qui dit comprendre «la fougue» des jeunes d’aller vers des ruptures, soutient cependant qu’«il faut y aller de manière sereine et intelligente». Et c’est là qu’il commence à développer les axes du programme que veut appliquer son gouvernement suivant les orientations du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Abdelaziz Djerad estime comme une «chance» d’avoir un programme politique qui, selon lui, «permet de passer à cette phase».
«Absurdité»
Au lieu de se battre à couteaux tirés, le Premier ministre, qui parle du chantier «extraordinaire» de la nouvelle Constitution, s’adresse aux élites politiques qu’il appelle à «prendre conscience et assumer leurs responsabilités» et surtout travailler «pour que notre pays devienne une réelle démocratie, un pays de libertés où chaque citoyen trouve son bonheur». C’est là, a-t-il affirmé «mon objectif en tant que Premier ministre et les objectifs du Président de la République». Il assurera sans ambages, en ce qui le concerne : «Le jour où je terminerai cette mission, je retournerais à l’université pour enseigner.»
S’agissant du bilan de l’épidémie du Covid-19 et des dispositions de prévention prises, le Premier ministre a parlé de 45 cas confirmés dont 3 décès (bilan arrêté à hier matin). La situation est en constante évolution, a-t-il déploré, rappelant que «nous sommes face à un virus incontrôlable qui évolue très rapidement». Retraçant les mesures prises depuis le 17 février, notamment à Blida et à Boufarik, Djerad n’a pas caché «la réalité» des défaillances. Cependant, il rassurera quant aux capacités de lutte contre cette pandémie notamment en termes de matériel. En une semaine, a-t-il fait savoir, l’Algérie a importé de France, du Danemark et de Norvège pour «plusieurs millions de dollar» de matériels, de caméras thermiques, de kits et de gangs pour pallier les insuffisances. Outre un avion qui est arrivé des Emirats arabes unis. En tout, un budget de 4 000 milliards de centimes est alloué pour lutter contre le nouveau coronavirus.
4 000 milliards de centimes pour lutter contre le coronavirus
S’agissant de la pénurie de bavettes et de gels hydro-alcooliques, Djerad a reconnu l’existence d’une «spéculation» sur le marché, appelant le citoyen à y pallier en ayant «des comportements sanitaires sur le plan de l’hygiène». Quant aux décisions prises jusque-là pour prévenir du Covid-19, l’invité de la radio a affirmé que le trafic maritime a été suspendu alors que pour l’aérien, «une bonne partie» l’est déjà. Il expliquera cela par le fait qu’il y a encore «des concitoyens à l’étranger que nous devons rapatrier car si on les abandonne la responsabilité est double». Suspendre tous les vols ? À cette question, Djerad se montre prudent. «Nous prendrons la mesure adéquate au moment voulu», car il s’agit d’une décision qui «sera basée sur une étude minutieuse objective et réaliste». Idem pour l’état d’urgence sanitaire qu’il exclut pour le moment. «Il ne s’agit pas d’ameuter l’opinion et de réagir de manière intempestive, mais d’être mesuré et de prendre ses responsabilités, face à une crise mondiale qui risque de se répercuter sur notre pays», a répliqué le Premier ministre appelant les citoyens à «comprendre» que lorsqu’il leur est demandé de rester chez eux, de ne pas sortir surtout dans les lieux de regroupement public, «c’est pour essayer de limiter un tant soit peu la propagation du virus».
«Il ne s’agit pas d’ameuter l’opinion»
Insistant sur le fait qu’il n’ira pas jusqu’à demander aux citoyens de ne pas manifester notamment les jours du Hirak, l’orateur dira «faites attention» car «il s’agit de leur vie, de leur santé, de la santé de leurs parents et celles de leurs voisins». L’équation est simple : «A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles». Excluant aussi la mise en quarantaine de tous les passagers en provenance de l’étranger, Djerad a assuré qu’au niveau des aéroports, toutes les mesures ont été prises avec des caméras thermiques, des médecins sur place, des kits de prélèvement. «Il ne faut pas aller vers la panique», a-t-il insisté sur cette question.
Pour le sujet polémique de la suspension de la prière du vendredi, le chef de l’Exécutif a déclaré qu’il allait appliquer les décisions qui sortiront d’une réunion avec des savant musulmans pour étudier et examiner les fondamentaux de la charia et rédiger une fetwa.
Economie : une LFC et d’importantes décisions
Lors de son passage à la Radio algérienne, le Premier ministre a répondu à diverses questions notamment en relation avec la crise économique que vit le pays avec la chute drastique des revenus du pétrole. Une LFC devra être élaborée est des «décisions importantes» devraient être prises, a-t-il indiqué, assurant que ce texte va marquer la rupture avec tout ce qui a été fait pour empêcher l’Algérie de construire une réelle économie.
S’appuyant sur «la forte conviction» du Président Abdelmadjid Tebboune, raison pour laquelle il dit avoir accepté sa mission, Djerad assurera sur le volet des investissements que «tous les verrous qui empêchent les investisseurs étrangers et nationaux vont disparaître». En parallèle, la lutte contre la corruption va continuer «d’une manière sereine» en faisant confiance à la justice. Pour les entreprises, le Premier ministre a été très clair, expliquant qu’elles feront l’objet d’études au cas par cas. «Il y a des entreprises qui méritent d’être renforcées. D’autres, si elles n’arrivent pas à évoluer, nous verrons comment on peut les reprendre ou les céder», a-t-il déclaré. n