Par Sihem Bounabi
La situation épidémique est toujours «critique, grave et dramatique», a affirmé, hier, Dr Mohamed Yousfi, chef du service des maladies infectieuses à l’EPH de Boufarik et président du Syndicat national des praticiens spécialistes de santé publique (SNPSSP).
Depuis le début du pic épidémique il y a plus d’une dizaine de jours, le constat est qu’il n’y a toujours pas d’accalmie. Dr Mohamed Yousfi explique que «même si les chiffres annoncés par le ministère de la Santé ont légèrement diminués, il faut constater que ce sont des chiffres en yoyo et qu’ils sont toujours à plus de 1 000 cas par jour». Le président du Syndicat national des praticiens spécialistes de santé publique tient toutefois à préciser que ces chiffres ne reflètent pas la réalité de la situation épidémique, car seuls les malades hospitalisés avec un PCR positif sont comptabilisés», soulignant qu’«actuellement, beaucoup de malades sont renvoyés chez eux faute de place à l’hôpital. Il y a aussi des malades qui font des prélèvements au niveau du privé et qui ne sont pas comptabilisés, d’autres ne font même pas de tests et se soignent chez eux, il faut donc prendre conscience que le bilan du nombre de contaminations est supérieur aux chiffres annoncés officiellement».

Hôpitaux saturés depuis plus d’un mois
Dr Mohamed Yousfi ajoute que, d’autre part, sur le terrain, la réalité est que cela fait plus d’un mois que les hôpitaux sont saturés et affichent complet. Il se désole ainsi que «malheureusement, les quelques places qui se libèrent, c’est souvent à la suite du décès d’un malade Covid ou dans certains cas d’un malade guéri. Mais aussitôt, la place est occupée car nous avons de nombreux malades en attente dans les services des urgences d’être hospitalisés».
Concernant la disponibilité de l’oxygène médical, il affirme que «le manque d’oxygène se fait toujours ressentir cruellement. Nous attendons la venue du camion d’approvisionnement d’oxygène avec la peur au ventre. Si le camion n’arrive pas à temps ou que la pression diminue parce qu’il n’y a pas assez d’oxygène, alors que les malades nécessitent un haut débit d’oxygénation, c’est la catastrophe avec des décès à cause du manque d’oxygène».
Le chef du service des maladies infectieuses à l’EPH de Boufarik insiste sur la gravité de la problématique du manque d’oxygène, en confiant que «cela fait un mois que l’on subit la problématique du manque d’oxygène avec des conséquences dramatiques, comme vendredi dernier, avec le décès de 13 malades par manque d’oxygène. C’est dramatique et terrible comme situation, d’autant plus que cela se passe aussi dans la plupart des hôpitaux et même au niveau de la capitale. Ils continuent de souffrir de ce manque d’approvisionnement en oxygène». Il affirme ainsi que «tous les jours nous avons des appels de détresse de malades qui ne trouvent pas de place dans les autres hôpitaux, c’est dramatique !»
A propos d’accalmie, l’infectiologue souligne que «scientifiquement parlant, le pic des contaminations n’a pas encore été atteint. Il faudra attendre la fin de cette semaine ou la semaine prochaine pour dire que le pic est atteint à condition que les Algériens respectent strictement les mesures barrières et que les pouvoirs publics intensifient les contrôles pour les faire respecter». Il insiste sur le respect strict de ces mesures, notamment la distanciation physique et l’interdiction des rassemblements, en soulignant que «même s’il y a un confinement partiel le soir, il faut que les mesures barrières soient respectées dans la journée, soit pendant les 14 heures où les gens continuent de circuler et donc de faire circuler le virus aussi sachant que le variant Delta est très contagieux».
Il enchaîne qu’il faudrait attendre au moins deux semaines et à condition que les mesures barrière soient strictement respectées pour que le nombre de contaminations et de malades qui développent des formes graves puissent enfin baisser. Concernant la problématique du manque d’oxygène : «Je pense qu’il faudrait encore patienter au moins une semaine pour voir concrètement sur le terrain les résultats des nouvelles mesures».
Dans le contexte actuel, Dr Mohamed Yousfi conclut qu’aujourd’hui, «la solution radicale reste l’accélération de la campagne de vaccination massive, en ouvrant plus d’espaces en dehors des structures de santé et en mobilisant le personnel compétant en dehors du personnel de santé publique, afin d’atteindre l’objectif de vacciner au moins 200 000 à 300 000 personnes par jour». <