Le 15 juillet, un collectif de médecins a dans une libre et citoyenne initiative lancé un appel à l’opinion pour la prévenir des risques de contamination durant l’Aïd-El-kébir, un rituel durant lequel les regroupements humains sont inévitables et porteurs de risques. Dix jours après, d’autres praticiens, cette fois regroupés sous le sigle du Syndicat national des médecins libéraux (SNML), montent au créneau pour lancer un nouveau signal d’alarme sur la gravité de la situation sanitaire dans le pays et exhorter d’éviter «exceptionnellement» cette année le sacrifice rituel. Le Comité scientifique de suivi de la pandémie se réunit pour sa part aujourd’hui.

A quelques jours de la fête de l’Aïd, le corps médical continue d’abattre ses cartes de communication et d’alerte en émettant de nouveaux avertissements quant à la gravité de la crise sanitaire et dont le contexte de cette fête religieuse risquerait de corser la situation épidémiologique.
En effet depuis que le taux de contamination quotidien à la Covid-19 enregistre une perpétuelle hausse, on ne cesse de recenser des appels pressants de la part de différents organisations ou collectifs du secteur invitant les citoyens à faire preuve de vigilance et de respect des règles de prévention, notamment à l’approche des fêtes de l’Aïd el Fitr dont les rencontres et les visites familiales peuvent générer des situations douloureuses.
Surtout que les établissements de santé, particulièrement dans certaines wilayas les plus secouées par la pandémie, font face à une pression terrible au vue du nombre de contaminés et de suspects.
C’est manifestement dans cet effort collectif émanant surtout du corps médical et visant à convaincre les citoyens de la nécessité sanitaire de surseoir au rituel sacrifice du mouton que le Syndicat national des médecins libéraux (SNML) est monté au créneau pour mettre en exergue les risques de voir la célébration des fêtes se transformer en circonstances de malheur.
«Compte tenu des données scientifiques et sanitaires actuelles concernant l’épidémie de Covid-19 dont la fulgurance dans la contamination interhumaine n’est plus à démontrer, il est du devoir moral du médecin de mettre en garde ses patients et les citoyens des immenses risques encourus lors des évènements heureux tels que l’aïd», écrit le SNML dans un communiqué à la tonalité d’un avertissement.
Le SNML soutient dans ce sens qu’il «ne saurait cautionner les pratiques susceptibles de mettre en péril la santé des citoyens», affirmant qu’il approuve «pleinement» le principe de précaution en conseillant à nos concitoyens d’éviter «exceptionnellement» cette année le sacrifice rituel et tout ce que ce fait représente comme risques».
Cette alerte des médecins libéraux s’ajoute à celles déjà exprimées récemment et qui sont motivées, à juste raison, par la hausse plus que jamais inquiétante des cas de contaminations, mais aussi du relâchement constaté auprès de certains citoyens qui font preuve d’insouciance criminelle.
«Pendant cette fête, les citoyens doivent être conscients du risque qu’ils prennent s’ils n’appliquent pas les mesures barrières qui vont amener à diminuer le nombre des contaminations et par là même la transmission de ce virus», a insisté Djamel Fourar, porte-parole du comité de surveillance de l’épidémie de la Covid-19.
M. Fourar a recommandé, par la même occasion, de surseoir aux visites familiales «qui peuvent être une source de contamination et de reprise de l’épidémie», interpellant la «conscience citoyen» pour œuvrer à provoquer la rupture de la chaine de transmission du virus.
Pour sa part, le collectif des professeurs en médecine n’a pas hésité à alerter quant au risque de voir s’accélérer encore davantage l’activité virale dans le sillage de la célébration de la fête de l’Aïd, soulignant ce qui a été vécu lors du dernier mois de carême et les fête de l’Aïd el-Fitr quand le relâchement des citoyens avait généré une hausse des contaminations.
«La pandémie connaît actuellement une très forte hausse des contaminations et des décès qui va en s’aggravant depuis les relâchements du ramadan, de l’Aïd-el-fitr et du déconfinement. Ce qui nous impose à tous, aujourd’hui, le respect le plus strict des mesures barrières, notamment de distanciation physique», a recommandé le même collectif.
Ce collectif estime, à ce propos, que «quels que soient les conseils que l’on pourrait prodiguer, l’achat du mouton dans des marchés collectifs, son transport à plusieurs, son sacrifice et sa consommation sont toutes des occasions qui vont favoriser les fortes affluences et regroupements qui vont exacerber la situation pandémique».
Avant-hier (vendredi), c’est la Commission ministérielle de la fatwa qui a tranché sur la prière de l’Aïd El Adha qui «doit être accomplie à domicile, en groupe ou individuellement, et sans prêche (Khotba)».
Cette même commission n’avait pas cependant pu trancher – pour des raisons qui ne sont pas encore explicitées – l’embarrassante question de surseoir au rituel sacrifice du mouton entre l’aspect religieux de la pratique et l’impératif de la prévention sanitaire du contexte pandémique.
En construisant son prêche sur la nécessité de respecter les mesures de prévention lors du sacrifice, laissant ainsi la voie ouverte à l’égorgement du mouton, la commission de la fetwa n’avait pas manqué de susciter un agacement auprès des scientifiques pour qui l’urgence sanitaire recommandait une autre fetwa.
«La décision des religieux a primé sur l’avis et les recommandations des médecins, c’est une réalité», a déclaré le professeur Bekkat Berkani, membre du comité de suivi de l’évolution de la pandémie de la Covid-19.

Réunion «importante» aujourd’hui du comité scientifique
En tout état de cause, l’Algérie s’apprête à vivre une semaine cruciale dont dépendrait l’évolution de la situation épidémiologique. Mais en attendant, les regards sont visiblement braqués vers le comité de suivi de l’évolution de la pandémie de la Covid-19 qui va tenir aujourd’hui une réunion que présidera par le ministre de la Santé.
«La situation est inquiétante, ces derniers jours, on va se réunir demain (Dimanche), pour évaluer la situation, identifier les causes de la hausse des contaminations, établir un diagnostic et proposer des mesures», a indiqué, hier, M. Bekkat Berkani.
Relevant le caractère «important», voire urgent de cette rencontre compte tenue «l’explosion des cas de contamination, le même responsable a souligné que «la réunion sera aussi l’occasion de faire un point sur les recherches en cours dans le monde pour la découverte du médicament». <