Avec 53 cas supplémentaires le 1er aout, la wilaya d’Ouargla a été classée 2e après la wilaya d’Oran (71 cas), atteignant un total de
1 006 cas enregistrés depuis le début de la pandémie. Face à cette recrudescence de l’épidémie, les habitants ont recours à l’utilisation des plantes et herbes pour, pensent-ils, soigner la Covid-19. Clou de girofle, gingembre frais, citron, armoise, verveine, thym, graines et huile de nigelle, qui été réputés en Afrique et dans le Moyen-Orient pour soigner la malaria, soulager la toux et les inflammations des voies respiratoires et combattre le cancer, on leur prête, ces derniers temps, une nouvelle vertu, prévenir ou guérir le nouveau Coronavirus. Limité jusqu’ici dans les zones rurales éloignées, où les systèmes de soins sont défaillants, le recours à la phytothérapie et la médecine traditionnelle s’est largement répandu dans les grandes villes du pays. Les boutiques spécialisées en herboristerie et plantes médicinales sont saturées. Le prix de certains produits s’est envolé, ces deux dernières semaines, comme on l’a constaté sur terrain. Dans certaines herboristeries, les prix du clou de girofle a atteint 450 DA les 100 g, du jamais vu. Un déchainement collectif a provoqué une rupture de stock de ce produit, devenu subitement le remède miraculeux contre le coronavirus, et le plus recherché par les citoyens. Les prix de l’armoise (chih) et de l’huile de nigelle ont aussi triplé, le citron, également, est à plus de 600 DA. Les herboristes et les phytothérapeutes accentuent, en cette période de pandémie leur publication et intervention pour contribuer à apporter des remèdes face à l’augmentation spectaculaire des cas de contamination. Beaucoup de personnes croient en le pouvoir miraculeux des plantes, renforçant leur système immunitaire face à la Covid-19. Des astuces alternatives qui consistent à traiter préventivement ou curativement cette maladie par les plantes médicinales. Des recettes traditionnelles sont publiées et partagées sur les réseaux sociaux par des herboristes, naturopraticiens et citoyens. Sur le site SciDev.net (Science et développement), Amel Bouzabata de la faculté de médecine d’Annaba, dans un rapport publié le 1er avril 2020, lève l’équivoque sur la capacité ou non de certaines plantes à prévenir ou guérir la Covid-19. Un rapport sur la réalité et les croyances en se référençant à 25 études et rapports publiés dans le monde. «Malgré le succès de toutes ces thérapies comme moyens préventif et curatif des maladies infectieuses, aucune recherche scientifique n’a prouvé leur efficacité dans le traitement de la Covid-19», a-t-elle souligné. Amel Bouzabata a cité aussi quelques exemples de plantes très connues pour leur propriétés immunostimulantes et anti-infectieuses, telles que l’échinacée, très utilisée par les tribus indiennes pour ses propriétés anti-infectieuses, et a confirmé scientifiquement ses propriétés empiriques. Elle est très employée pour renforcer le système immunitaire et efficace en prévention ou en début d’infection respiratoire. Elle a cité également, entre autres, le ginseng, l’ail, le gingembre, les huiles essentielles d’eucalyptus, de ravintsara, ainsi que d’autres médecines alternatives, à savoir l’oligothérapie, l’aromathérapie et la médecine traditionnelle chinoise. Devant l’adoption populaire de ces pratiques, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a répliqué en publiant, en mars 2020, des conseils en ligne pour mettre fin à des idées, selon elle, fausses, perçues comme moyens de guérison. L’OMS a cité l’exemple de l’utilisation de l’ail pour prévenir l’infection par le nouveau coronavirus. Elle a précisé, à ce sujet, que l’ail est un aliment sain qui peut avoir certaines propriétés antimicrobiennes. Cependant, rien ne prouve que sa consommation protège contre le nouveau coronavirus. Mais dans une autre publication le 26 juillet 2020, l’OMS et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) appuient la recherche de thérapies de médecine traditionnelle en Afrique. Ces derniers ont lancé un comité consultatif d’experts chargé de fournir un soutien et des conseils scientifiques indépendants au pays sur la sécurité, l’efficacité et la qualité des thérapies de médecine traditionnelle, face à la Covid-19. «L’intérêt pour la médecine traditionnelle en tant que traitement potentiel contre la Covid-19 est croissant en Afrique. Au moment où le monde se lance à la recherche de traitements et de vaccins contre le virus, la recherche sur les médecines traditionnelles et orthodoxes en tant que thérapie potentielle de la Covid-19 doit être fondée sur la science et ce jour marque une étape importante dans le soutien de ces efforts», a déclaré Dre Matshidiso Moeti, Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique. Le Comité régional d’experts sur la médecine traditionnelle de la Covid-19 appuiera les pays dans un effort de collaboration pour mener des essais cliniques de médicaments traditionnels en conformité avec les normes internationales. Il regroupera les compétences au sein du continent, accélérant ainsi le rythme et élevant les normes de la recherche, en particulier la recherche clinique sur les nouvelles thérapies issues des médecines traditionnelles contre la maladie du nouveau coronavirus (Covid-19). Ce comité, se chargera ainsi notamment de surveiller la conduite des essais cliniques et de renforcer la capacité des chercheurs. Son apport permettra également de faciliter l’enregistrement des médicaments issus de la pharmacopée traditionnelle jugés sûrs et efficaces, explique l’OMS. «Etant donné que les membres du comité sont des chercheurs de renommée internationale et des autorités réglementaires nationales, les résultats des essais cliniques seront reconnus au niveau international», a précisé lors d’une interview avec ONU Info la Conseillère régionale chargée de médecine traditionnelle pour le bureau régional de l’OMS en Afrique, Dre Ossy Kasilo. Pour les médecins et le personnel soignant, la maladie est sérieuse et la complaisance n’est pas sans conséquence. Ils disent qu’«il faut prendre le coronavirus au sérieux». C’est avant tout au citoyen à prendre en charge sa santé et son hygiène pour contrecarrer la propagation du virus. <