Plongées dans une forte inactivité, faute de plan de charges depuis au moins trois ans, les entreprises nationales du secteur du bâtiment, des travaux publics et de l’hydraulique (BTPH) ne risquent pas de reprendre du service de si tôt. Et pour cause. La crise sanitaire que traverse le pays mettant à l’arrêt des centaines de chantiers en cours d’exécution et l’effondrement des cours du pétrole poussant le gouvernement à réduire à sa portion congrue la commande publique dont dépend la quasi-totalité des entreprises du secteur. Une situation qui était prévisible si l’on se réfère au dernier rapport d’analyse sur la région Mena-Afrique du Nord et Moyen-Orient établi par la société Global Data. Et où Yasmine Ghozzi, économiste chez cette dernière, avance que « les pays dépendants du pétrole et du gaz seront confrontés à des difficultés de financement étant donné la baisse des prix. Ce qui aura un impact négatif sur l’investissement dans les grands projets de développement financés par les pouvoirs publics ». A propos d’impact, les auteurs du rapport indiquent que la prévision de croissance du secteur de la construction a été révisée à la baisse (-0,8%) par rapport à la projection précédente qui prévoyait une croissance de 1,4% à la mi-mars. En somme, selon cette même source, le secteur de la construction dans la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (Mena) fera face à un ralentissement en 2020, suite aux conséquences de la flambée des cas de Covid-19 dans la région et à la chute des prix du pétrole. Sur ce dernier point, Yasmine Ghozzi précise : « Bien qu’un accord historique sur les réductions de production ait été conclu, le 12 avril, entre les membres de l’Opep et les principaux alliés producteurs de pétrole pour réduire la production de 9,7 millions de barils par jour, les prix du pétrole devraient rester à des niveaux bas étant donné la forte baisse de la demande mondiale ». Dans ce contexte, le rapport a révélé qu’au moment où l’Arabie saoudite maintient toujours son élan dans le programme des énergies renouvelables et qu’Aramco lance des appels d’offres pour des travaux de construction offshore, d’autres parties du CCG, notamment le Qatar, Oman et le Koweït, révisent leurs dépenses et leurs pipelines de construction. Ghozzi rapporte en effet que le « ministère émirati des Finances a ordonné une réduction de 50% des dépenses en capital et a appelé à un gel des nouveaux projets de construction publics ». Toujours dans ce même registre, le rapport fait ressortir, concernant le gouvernement irakien, l’annonce que le Covid-19 a créé un climat d’incertitude dans le secteur de la construction. Il est aussi fait cas dans le rapport de la situation qui prévaut en Afrique du Nord, où l’épidémie menace de dévaster l’industrie touristique égyptienne de 12,5 milliards de dollars par an, qui représente 12% du PIB. « Cela aura probablement un impact sévère sur les travaux des bâtiments commerciaux, car les plans d’investissement dans le secteur hôtelier devraient être arrêtés, voire annulés », observe l’économiste de la société cité ci-dessus.
Notons que si le cas de l’Algérie n’a pas été cité dans le rapport, du moins dans son résumé, cela n’empêche de rappeler que notre secteur du BTPH s’est vu faire face, bien avant la crise sanitaire actuelle, à un ralentissement de son activité dû à une faiblesse de la commande publique dont restent grandement tributaires les entreprises du secteur. Une période de vaches maigres qui s’est installée dans le temps au point où des centaines de patrons d’entreprise ont fini, faute d’alternative pour se maintenir en activité, de mettre la clé sous le paillasson, en attendant des jours meilleurs. Et ce n’est pas l’apparition de la pandémie du Covid-19 qui va arranger les choses !